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HISTOIRE
DE
JACQUE-AUGUSTE
DE THOU
TOME QV ATOKZIEME,
H I s T O IRE
UNIVERSELLE
DE
JACQUEAUGUSTE
DE THOU,
Depuis 1543. jufquen 1607.
TRADUITE SUR L'EDITION LATINE DE LONDRES.
TOME QUATORZIEME.
1601.
1607.
A LONDRES,
M. D C C. XXXIV.
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SOMMAIRES
DES LIVRES
CONTENUS DANS CE QUATORZIEME VOLUME.
SOMMAIRE DU LIVRE CXXVII.
Nouvelle Préface de r Auteur, Suite des ^^^u erre s de '~ Flandres, Continuation dU' fié^e d'Oftende. Ajfaut jy donné ci la place. Combats divers entre les Espagnols is* les \ co 2, ajfiégés, Islouyeaux Forts bâtis par les deux partis. Ten- tative du comte de Berghe fur Breda, Prife de Grave par le comte Maurice, T)ijferentes machines inventées contre OJiende, Mutinerie des troupes Efpagnoles a Hamont, Mau- vais fuccès des Efpagnols fur mer. Ils firpremie?ît Wach^ tendonck y ^ en font chaffe^ fur le champ. Différend des comtes de Frtfe avec la ville d'Emden, Suite de la guerre de Hongrie. Mort du duc de Mercœur à Nuremberg, Son caraSîere, Voyage de Charle de Gon^ague duc de NeVers en Hongrie. Prife d'Albé Royale par les Turcs, ^li Bâcha. pris par les Heyduques, Les Chrétiens afiégent Bude fans fucc}s. Exploits du Général Bafte en Tranfylvanie. Il fe rend maure de Btftric^. Battory fe met entre fes mains. Affaires de Livonie. Prife de Karkus par le Prince de Sué- de, Exploits de Ead^evviL Suite des conijukes des Suédois, Tome XIV, a
îj SOMMAIRES.
' Ils attaquent Kokenhaujen, Exploits de Sichiski Défaite des H E N R I ^ff^^QJj^ Levée du Jïe^e de Kokenhaujen. Aniyéede Jean de \ 6 02 ^^l/fi"^^ auprès de Charle duc de Sudermanie , qui le déclare Généraliffime de fes troupes, Re^lemens militaires faits par ce Générai Jalou(îe de Charle contre lui. Siège de Riga par les Suédois , levé en defordre fur laVis de l'approche du rot dePûlog}ie, Arrivée de ce Frince à Seelbourg avec ^amoyskiy Généraltffime de fes armées. Ecrit injurieux envoyé au Frince de Suéde par ^amoyski 6^ les autres Seigneurs Folonois. Re- ponfe du Frince de Suéde. Réplique de ^amqysh. Le roi de Pologne écrit aux Livonicns pour les détacher de Charle, Frife de Wolmar par les Folonois. Retour de Charle en Suéde Divers exploits de ZamqysKt. Retour de ISlaffaVV dans fa patrie. Expédition des chevaliers de Malte en Afrique, Ils s'emparent de Mahomette, Defcente des Turcs fur les cotes dLtalie. Ils pillent Reggio. Sédition des Janiffaires à Conflantinople. Cruauté du Grand Seigneur, Les Efpa^ gnols s'emparent de Final <i7* de Milefimo. Jean André Doria deflitué. Car donne mis a fa place. Morts illuftres , de Ija^are Soran^p ) de Margunio ^ de Meliffus y de Rulandy de Feucer y de Dujong , (JT de Fafferat,
SOMMAIRE DU LIVRE CXXVIII.
Continuation des ajfaires de France, Fêtes données à la Cour au commencement de tannée. Voyage du Roi en Fcrigord. Difpute de ce Frince avec le duc de Bouillon, Abolition de t impôt de la Pancarte. Retour du Roi a Fon^ tainehleau. Affaire des Avocats. Arrivée du fieur de Lafin ci la Cour. Ses dépojïtions contre le maréchal de Biron, Ce
c^
SOMMAIRES. ^ 5!j
Seifftsur fe rend à 4a Cour, Opiniâtreté du Maréchal km rien allouer. Le Roi le fait arrêter ayec le comte d'Auyer- Henri gne. Ils font conduits â la Baftille. Mowvenîens que Je don- Z. ' ne la famille du Maréchal auprès du Roi , pour obtenir fa grâce. Difcours de M, de la Force au Roi a cette occajïon. On fait le procès au Maréchal, On l'interroge fur fes liai^ fons ayec le duc de Sayqye, Charges contre lui, Dépoftions des témoins, Cojifrontatwn des témoins ayec ce Seigneur, Il prête interrogatoire au Parlement. Ses défenfes. Sa Condam^ nation. Il eft exécuté par ordre du Roi dans la Ba/lille, Pourfuites faites après fa mort contre fes complices, Lespuif fances alliées du Roi le complimentent fur la découverte de cette conjuration. Gui Eder de Fontenelles efl condamné 4 une mort honteufe pour ayoir eu des intelligences ayecles Efpagnols. Autres traîtres punis a^>ec lui, Monharot Gou^ yenieur de Rennes eft arrêté. Le comte d'Auyergne <ts^ le haron de Lux obtiennent du Roi leur pardon. Le duc de Bouillon fe pre fente a la chambre de Caftres, Lettre de ce Seigneur au Roi , pour lui rendre compte de fa retraite. Il demande à être jugé par la chambre de Caftre, Le Roi in* terdit à cette chambre la connoiffance de fon affaire. Requête des Proteftans en faveur de ce Duc. Il fort de France y O*' paffe à Gene'Ve. Sentimens de la reine Elifabeth fur cette ajfaire. Mamfefte publié en fa^^eur du duc de Bouillon, Claude de Lor aine prince de JoinVille ^ frère du duc de Guife, accufé <tT convaincu d'avoir fait des menées avec Philippe d'Anglure Comtois, Le Roi lui pardonne en confideration do fa famille.
a?j
îi^ SOMMAIRES.
""iv."' SOMMAIRE DU LIVRE CXXIX.
REnouyellement de V alliance ayec les Suijfes. Defcrip* tïon de cette cérémonie, Edit contre les duels. Chan* gement pernicieux introduit dans la monnoye. Découverte de différentes mines dans le Royaume, Editdonjiéd cefujet. Différend de F archevêque de Bordeaux avec le Farlement de cette ville. Procès en Dauphiné entre le tiers état d'un coté -, le Clergé <(sr lalSIobleJJe de Vautre , terminé au confeil du Roi, Plaintes du Peuple co?itre ce jugement. Entreprife de léVeque d'Angers , pour abolir tous les anciens livres d'Eglife, Naijjance d'une princejfe de France, Tentative ' ■ du duc de SaVoye fur Ge?îeVe , (ty fes fuites. Légitimation
^ ^' de Gafton de Foix , que le Roi avoit eu de Henriette de Balfac, Voyage du Roy <tjr de la Reine à Met^,- Dépu- tatton des Jefuites au Roi , pour demander leur rétahlijfe^ ment. Harangue de leur Provincial Ignace Armand, Let- tre de lélecleur Palatin au Roi en faveur du duc de BoUiU ion, Réponfe de Sa Majefîé. Le Roi Va Voir Catherine de Bourbon fa fœur a, IS^ancy, Son retour a Paris. Il fonge à pro" fter de la paix pour enrichir fon Royaume, Etabliffcmens de diverfes manufacîures , «ir entre autres des Soyeries. Mort d'Elifaheth reine d'Angleterre. Son caraSlere. Jacque roi d'EcoJfe proclamé roi d'Angleterre. Arrivée de ce Prince à Londres, Requête prefentée par les Catholiques à l'avene^ ment de ce Prince, jS/ouVelle confeffion de foi publiée. Ob^ feques de la reine Eltfabeth, Ambaffade du marquis de Rofny a Londres, Succès de ce Voyage. Différend entre le comte de Soiffons <S le marquis de Rofny, Sacre du roi <r
SOMMAIRES. V
de la reine d'Angleterre. Conjuration contre ce Prince dé- — -
couverte, arrivée de Taxis amhajjadeur d'Efpa^ne à Lon* Henri dres. Synode des Froteftans à Gap , Henri de Kohan fait ^ ' ■ Duc i^ Pair. Morts illujlresy de l'impératrice Marie d Au- triche y du marquis d'Anfpach Brandebourg , de Chrijlophle Rad^iyvil y de F électeur de Mayence , de Jacque Monau , d'André Cefalpini , de François Fiete y de Gui Coquille y de Muley-Hamet fils d' Ah dalla , roi de Fe\ , de Maroc (jr de Su^a. Guerre entre fes enfans.
SOMMAIRE DU LIVRE CXXX.
1 ^Roubles dangereux en Turquie. Gajfi Be^ fie rend maître de Tauris is" la liyre au roi de Perfie. L'Hor- loger repoujfie l'armée du Sophi, Expédition heureufie des che- valiers de Malte. Mort de Mahomet 111. Traité des Vé- nitiens ayec les Grifions, Guerre de Hongrie. Exploits de Rufivyorm. Moyfie fiurprend dans la Tranjyhanie Alba Ju- lia : il efi yaincu par George Ba/ia. Diète de "Ratishonne, Différend entre l'éleHeur de Saxe , <^ les princes d'A?îhalt, Suite dufiége d'Ofiende. Combat nay al entre les E/pagnols (^ les Hollandois. Frédéric Spinola eft tué : les Efipagnols fiont battus. Les habitans de Bojîeduc chajfent la garnifion de la Ville. Frédéric comte de Berghe "Veut réduire fians au^ cune condition les foldats qui s'étoient reyoltés l'année précé- dente. Ils traitent ayec les Etats généraux. Maurice afifié- ge inutilement Bofileduc. Suite du fiiége d'O [tende. Spinola ~ ~~7~ yient à Oftende. Les Etats généraux , craignant léyene^ ment du fiege y leyent une armée. Mouyemens du comte Mau- rice, Il arriye ayec une flotte dans le canal de Flefiingue,
aiij
/}
vj SOMMAIRES.
I ■ Mefures que prend Albert pour empêcher le débarquement.
If E N R I Frtfe d'Ifendick par Maurice, Il affilie tEclufe, Dejcrip-
-fV- tion de cette ytlle. Vains ejforts de SpinoU pour empêcher
i6q^. ]\f^^Yice de lajfté^er. Les ajjïégés réduits à ï extrémité ,
fe rendent. Mort de Louis Gonthier de Najfayy. Maurice
Je VaVis des Etats généraux , rétablit les fortifications de
ÏEclufe iT en bâtit de nouvelles. Il fortifie Ifendick Suite
du fiége <iS prife d'O [tende. Albert ^ l'Infante viennent
yoir les ruines de cette ville. Retour de Spifiola en Efpa-
^ne 5 ou Philippe le comble d'honneurs. Les Etats généraux
lèvent des troupes iT de l'argent pour continuer la guerre.
Etat florijjant de la République de Hollande : elle établit
une compagnie des Indes. Differens voyages des Hollandois
aux Indes Orientales. George Spilberg , <tjr Corneille ]S[eek ,
après un Voyage de trois ans , retournent heureujement dans
leur Patrie. Mœurs des Sauvages , <s leur religion. Def-
cription de leurs villes , (UT des arbres <iy plantes qui croifi*
Jent dans leur payis.
SOMMAIRE DU LIVRE CXXXI.
As/emblée du Parlement à Londres. Difi:ours du Roi Jacque I. L'Angleterre iT l'EcoJfe font reunies <Ù^ ne font plus appellées que du nom de la Grande Bretagne, Reglemens pour la dfcipline Eccléjîaftique. ISfégociaîions pour la paix entre lEfpagne <tsr I Angleterre. Ferdinand de Ve- lafico arrive en Angleterre avec une grande fuite. Le Roi jure fur les Evangiles d'obferver le Traité de paix. Ar- ticles de ce Traité. Velafco arrive en France 5 honneurs quil J reçoit* Impôt de trente pour cent fur les marchandfes,.
Henri
SOMMAIRES. vîj
'Affaires d'Allemagne, Conjuration découverte ir puyiie à BrunfvVick en Saxe. Souleyement a Emden dans l'O- ^^ iv' ojifrife, Jean frère d'Enno s'empare de Faderhon au nom i 6 o ±> de rEve(]ue, La conteftation entre le cardinal de Lorraine y tsr Jean-George de Brandebourg , au fujet de Ihkhé de Strasbourg , eft appaifée. Les Vdles Anféatiques enyojent des députés aux Princes de l'Europe pour renowveller les pri^ yileges de la Société, Affaires de Suéde. Les Etats , après ayoir dépofé Sigifmondy donnent la Couronne d Charle duc de Sudermanie, Troubles dans la Hongrie <sr dans la Tran^ Jyhanie au fujet de la Religion, Séyérité outrée de Bajla, Pe/l prife par les Infidèles, Le comte de Serin défait les Turcs près de 2^igeth. Le Grand Vifir Serdar Vient cani" per devant Gran, Le comte de Dampierre , après ayoir dé- fait Bethléem Gahor , s' avance a Weiffembourg. Le Grand Vifr preffe inutilement la conclufion de la tréye. Les Turcs lèvent le fiége de Gran, Le comte de Belgioiofo , à tinfti- - gation de Bafta , traite ayec rigueur les Prote/ians de Caf foVie, Etienne Boftkai marche contre lui ^ir le met en fuite. Bafta marche avec des troupes du coté de CaffoVie. Boftkai eft profcrit par un écrit public. Il enyqye à l Empereur des Députe^ pour juftifier fa conduite. Troubles dans laStirie au fujet de la Religion. Horrible famine en Tranjyhanie. Grande difette de blé en Sicile y en Languedoc is en Pro- yence. Phénomène fingulier s diyers jugemens a ce fujet. Le Grand duc de Tofcane^ équippe des galères pour brider la flotte Turque qui étoit dans le port d'Alger i mais inutile-- ment Jon deffein ayant été découvert par les Juifs, Promo- tion de Cardinaux à Rome, Propofitions avancées par les Jefuites. On parle enVain de la Canonifation d'Ignace de Loyola» Emeute a Rome au fujet d'un malfaiteur qui fe
viij SOMMAIRES.
' fauye dans le palais du cardinal Farnefe. Morts d'hom^
Henri jj^,^ illuftres : de Jean de Bavière fils aîné de Wolfang : ^ ' de/on frère Othon Henri : de Louis Landgrave de HeJJe: d'Erneft Frédéric inarquis de Bade : de F terre ErJieJl de Mansfeldt : de Claude de la Trimouille : de Janus Dou^a : de Chriftophle Caler : d'Ohert Cy'ifan : de Jérôme Mercurial: di Arnaud d'OJfat, Htftoire de Gaultier éyèque de Poitiers» TSlaiffance du comte de Soijjins.
SOMMAIRE DULIVRE CXXXII.
LEs J e fuites follicitent leur rkablijfement. Leurs in-- triques a la Cour, Fondation du Collège de la Flefcbe. Lettres patentes envoyées au Farlement. Le Roi fut dé- fendre d la Cour les Remontrances par écrit, Réponfe du premier Fréfident, Le Farlement ya au Louvre, Haran^ gue du premier Fréfident au Roi, Réponfe du Roi, Réfle- xions fur ces difcours. Les gens du Roi mandés au Lou- vre. De Maiffes envoyé au Farlement pour preffr lenre- giftrement. Les Lettres patentes font enfin enregiftrées. Con- tenu des Lettres patentes, Cenfure de la Faculté de Théo- logie condamnée par la même Faculté, Le Farlement cite plujieurs DoSîeurs pour leur faire des réprimandes. Il les interroge , <S^ fupprime les aSles du décret. Cérémonie de lOr^ dre de Malte donné à Alexandre fils naturel du Roi, Mort de Catherine de Bar fœur du Roy, Divers projets qui avoient été faits pour fon mariage, Complimens de condoléance faits au Roi, Ferplexité du Nonce, Ohféques de Catherine, Com^ mencement du canal de Briare. Fondation de divers Mo- naflereSf Sourdes (pratiques des Efpagnols, Trahtfon de
SOMMAIRES. îx
V Hojle fecretaïre da Villeroy. Elle eft décowverte t3" punie, Conféquences quelle eut à l égard de Villeroy, Intrigues de Henri la Marquife de Verneuil ^ de fon frère le Comte d'Awver- ,
r -A U 1 ■ r 1 VA I <^0^.
gne. Le Kqy découvre les pratiques Jecrettes du comte d Au- vergne iT de d'Entragues avec les Efpagnols, Le Comte ejl arrêté. Il eft conduit <S" enfermé a la Ba/lille, D'Entragues ç^ la marquife de Verneud aufft arrête^. Chambre du Juf- tice révoquée. KétahliJJemcnt de la Paulette, Concours qui fe fait a Adrienne de Frefne , qui paffe pour poffedée. Lifte des que fiions faites par le P, Coton à la poffedée. Réflexions du public au fujet de cette lifle ridicule, Dijferens "Voyages en Amérique, Le fleur de Mons prend la route du Canada, Defcription de lifle de Sable. Di^erfes décoiA^ertes jufqui lifle Sainte Croix. De Mons s'établit dans lifle Sainte Croix. Diyerfes cour f es de de Mons jujquà fon retour en France, Arrivée de deux yaiffeaux en Zelande après un yoyage de trois ans. Relation abrégée du "Voyage de Sebalt de Wee\. Son arrivée k lifle de Ter\, Conti?iuation du "Voyage jufquà lifle de Ceylan, De JFee^ "va à Ceylan s comment il eft reçu du Roi de Candy. De Wee^ retourne à Âchin, CaraSîere du Roi d'Achin <ts^ de fon fils. Célébra* tion du Ramadan. Entrcyné des Hollandois i^ du roi de Maticalo, Danger que courent les Hollandois à Achin. Avantages des Hollandois fur les Portugais, De W^ee^ tué en trahifon par ordre de Fincala. Embarras des Hollandois après ce meurtre. Les Hollandois retournent à Sumatra, Ils fe remettent en mer ^ arrivent en ^elande. Préparatifs des Portugais. TSlpwvel armement des Hollandois.
Tome XIV.
SOMMAIRES.
"Iv."' SOMMA IRE DU LIVRE CXXXIII.
1 5 0 ^,
LEyees de troupes en Flandre, Dhers mowvemens des Efpa^nols ir des Hollandois, Arriyée de lambajfa^ deur d'Angleterre en Flandre, Réception faite en Efpa^ne â r amhajpideur d'Angleterre. Fêtes iT prefens donnés à VAmbaJfadeur, Mauyais fucces de tentreprife des Etats fur Ai^yers, Les deux armées fe retirent fans ayoir rien fait. Avantage des Hollandois fur mer. Les Efpagnols paffent le Rhin, Maurice s'achemine Vers le Rhin, Onpro^ pofele fîé^e deLingen, Préparatifs pour le jîége, Prife d'Ol- denfel. Etat ou fe trouyoit Lingen, Capitulation de Lin^ gen, Maurice garnit fes places, Spinola répare les for- tificattons de Lingen, 'Double entreprife inutile fur Berg- Op - Sont. Marche de Spinola, Le Jîége de JFachtendonck réfolu. Combat de Mulem, On commence le fiége de Wach" tendonck, Entreprife inutile de Maurice fur la yille de Gueldres, Frife de Wachtendonck, Expéditions de Frédéric de Berghe, Prife de Krakoyy, Spinola retourne à Bruffel- les (ir part pour l'Efpagne. Fwicontre de Grobbendonck ^ de Bracx, Combat donné pris de Dunkerque , ou les Hol- landois ont t ayant âge, Adreffe de ceux de Bruges, Diyer- fes proportions de paix. Libelle répandu en Flandre en fd" yeur des Archiducs, Conditions de paix propofées dans le Libelle, Autre Libelle en fayeur du roi de Frojîce. Autre écrit pour la liberté des Payls-bas, Réponje a un Libelle fayorahle aux Archiducs, Diligences de t Empereur pour procurer la paix, Réponfes des Etats aux lettres de F Em- pereur» Araires d'Mx la Chapelle, Requête des Protefians
S.OMMAIRES. xj
au fujetde V Arrêt prononcé conti eux, Réponfe a la Requête. ^^"^ Rigueur dont on ufe a l'égard des Frote flans. Ils font ban- ^ ^ n Ps. i nis £Aix la Chapelle, Divers Edits contreux. Quelques^ ^ ' uns des profcrits fe founiettent ^ demandent pardon. Mur- mures de leurs confrères. Affront que les hah'itans d'Aix font au duc de Cleyes, 'Dernier Edit de l Empereur, Occa- fion des troubles de Religion arrivés à Marfpurg, Sédition^ excitée <t^ punie, Deffein du duc de BrunfvVtck fur la yille du même nom, Mefures que prend le Duc pour furprendre la Ville, Commencement de l'attaque. Les habitans fe dé- fendent avec Vigueur. Courage des habitans. Le Duc ejl obli^ gé de fe retirer. Il reVient Vaffiéger dans les formes. Les habitans obtiennent un Edit de l'Empereur ^ ?nais fans au^ cun effet. Le roi de Dannemarck Vient aufecours de Jules fon beau-frere, Plujteurs villes ^nfeatiques fe déclarent pour Brunfvvick. Accommodement propofépar le roi de Dan^ nemarck ^ rejette par les habitans. Progrés des Turcs en Honnie. Divers ravans des mécontens de H.Gnsrric, Gran
O O CD
fe rend aux Turcs, ISI euh au fel donné en garde aux Hon-^
grois. Divers fucces des mécontens. Démarches de Boftkay» Amhaffadeurs de Perfe a la cour de r Empereur. Lettres de l'Empereur au roi de Pcrfe. Ravages en Hongrie. Ou^ Verture de la négociation entre l Empereur ^ Bo/îkay, Plain-' tes des mécontens de Hongrie. Manifefte des mécontens adref-
fe aux Princes chrétiens. Affaires de Pologne. Le Général Polonais marche au fecours de Riga allégé par le Roy de Suéde, Ils fe préparent tous deux au combat, Difpofition des deux armées. Vicloire des Polonois, Suite de la vic- toire. Affaire de Rufvvorm, Son procès <ur fa mort, Eclip^.
Jes arrivées cette année.
bij
xi| SOMMAIRES.
IV. SOMMAIRE DU LIVRE CXXXIV.
M On de Clément FUI y isr [on éloge. La faSlion Ef* pagnole dans la crainte que le cardinal Baronius ne %foit élu y forme une accufation contre lui. Election d'Alexan" dre de Medicis^ qui prend le nom de Léon, Sa mort. Le cardinal Camille Borghefe lui fuccede , ^ fe fait appeller Paul V. Mouyemens du comte de Fuentes en Italie. Il hatit un nouveau fort. Il fait citer prefque tous les princes d'Italie devant un nouveau tribunal érigé a MUan. Les viarquis Malafpini quon attaquoit particulièrement publient un manifefte , i!?* fur les remontrances faites au roi d'Ep pagne par les Ambajfadeurs des Princes , «ifT les feigneurs Italiens y on obtient une furféance , qui fait entièrement ou^ hlier cette affaire. Mort de Jean Sarius ^amoyskj/ , chan- celier de Pologne s de charle de Lorraine duc d'Elbœufs de Guy comte de Layal s de Pontus de TJjyard Sieur de BiJJ) éyèque de Chalons s de Théodore de Be^e S de Robert Con- flan tin ^ <s* de Simon Marion. La duchejfe de Montp enfler accouche le l'y d'OSlobre d'une Princeffe , qui fut dans la fuite fiancée au duc d'Anjou. Le Parlement de Paris con- tinue les informations commencées des l'année précédente co?i^ tre le comte d' Auvergne , le (leur d'Entragues , la marquife de Ver neuil fa fille y <S^ Thomas Morgan. Interrogatoires O* déclarations des accufés. Arrk de la cour de Parlement qui les condamne. Le Roi empêche ! exécution de cet Ar- rit. Sa clémence enyers les criminels , i^ particulièrement à ï égard de la Marquife. Différens jugemens quon porte fur la conduite dn Prince dans cette affaire. Les Jcfuites
SOMMAIRES. xiii
Je ferment de r autorité du Roy , pour détruire une piramide qui étoit élevée devant la grande porte du palais. Ecrits Henri pleins de liberté ^ qui paroijfent à ce fujet. Mariage de Fran-' ^ ' fois de Bourbon prince de Conty ayec Louife de Lorraine fœur du duc de Guife, La reine Marguerite Vient à Paris^ Le Roi fe prépare a ajjiéger Sedan ^ ^ cependant "Va en Guienne y pour s'oppofer aux dejjeins du duc de Bouillon. On ote les Sceaux au Chancelier de Belliéyre , pour les donner à Sillery. La prefence du Roi dijfipe les Rebelles^ Le Roi nomme Commijfaire pour faire leur procès Jean Jac^ que de Mefme (leur de RoiJJy, Jugement rendu cont/eux. Le Roi découvre une entreprife formée fur Marfeille par Merargues y de concert avec les Efpagnols. Merargues <6r, Brème au fecretairede 2^uniga ambaffadeur d' Efpagne , font arrêtés. Conteflation à ce fujet entre le Roi it^ le jniniftre Efpagnol, Le Roi fait rechercher l'origine des roites conflit tuées fur r Hôtel de "ville de Paris, Les difficultés quony trouve font abandonner cette affaire. Affemblée du Clergé À Paris s remontrances au Roi y <J^ réponfes de fa Majejlé, Examen des comptes des receveurs des Finances.
SOMMAIRE DU LIVRE CXXXV.
GRande révolution en MofcoVie. Borit^ qui après la mort de Théodore s' étoit emparé du throne^fait affaffiner le prince Demetrius. Dijférens fentimens jur cette mort. Affai- re du faux Demetrius, Les Jefuites l'aident de leur crédit aU" pris du Pape <^ du roi de Pologne. Le Palatin de Sandomir prend le parti de Demetrius , a condition que celui-ci époujera
fa fille s'il reufjk dans f es deffeins, J^cmetrius eft admis à
biij
i6q 6*
BnaS^SSBBH
xW SOMMAIRES.
- r audience de Sipfmond. Il leye une armée en Folo^ue , <zj7*
H F N R I y^ jfiet en marche pour recouvrer F Empire. Il engage les Co^
Jaques dans fin parti. PluJteurSy ennuyés de la Tyraiinie de
Borit^, fuiyent leur exemple, Borit^ marche audeyant de
Demetrius <ty 7net fon armée en fuite. Demetrius ayant ra^
7najp de nouyelles troupes , remporte une grande "viBoire
fur Borit\ pris de Rillesk. Plujîeurs yilles fe rendent à lui.
Mort de Borit^. Bufmani pajfe dans le parti de Demetrius,
La yeuye de Borits^y fon fils ^ fa fille font mis en prifon
iT empoifonnés. Demetrius efl reconnu empereur de Mof
coyie. Il entre dans Mofcoyy, Sa conduite au commence^'
7nent de fon règne. Cérémonies de fon couronnement. Pane^
gyrique de Demetrius par un Jefuite, Le nouyeau C^ar
enyoye une amhaffade en Pologne (^ fait demander en ma"
riage la fille du Palatin de Sandomir, Les Fiançailles fe
font à Cracoyie, Sigifmond èpoufe lafœur de fa femme. Ce-
rémonies du mariage. Conjuration des poudres en Angleterre*
Henri Garnet Jefuite efl pris ^ conduit dans la tour de Lon--
dres , ^ condamné au dernier fupplicc. Suite des affaires
de Mofcoyie. Mariage de Demetrius. Conjuration contre
ce Prince. Maffacre des Polonois à Mofcoyy. Demetrius
ejl tué ir traité indignement après fa mort. Frayeur de la
C'^trine. Plujîeurs marcharids font maltraités ((SP jnajfacres.
Les Boiares tiennent confeil. Harangue de Zehuishy : il
e(i élu C^ar. Ecrits contre le prétendu Demetrius. Le noH-'
yeau C^ar enyoye des Amhajfadeurs en Pologne.
SOMMAIRES. xy
Henri
SOMMAIRE DU LIVRE CXXXVI. ly.
1606,
LE Palatin de CracoVie ijr Janufft Rat^iyyil excitait des troubles en Pologne. Ils indiquent une ajjemblée 7nahré le Roi. Le Roi attaque les Rebelles, Les Je fuites font chajps du Monaftere de Jainte Brigite y <jr de Thorn. Ajfaires de Hongrie. V Archiduc Matthias y après ayoir appaifé les troubles de Hongrie , fofige à faire la paix ayec le Turc. Ajfaires de Turquie à la mort de Mahomet IIL Les plénipotentiaires de l'Empereur isr du Grand Turc ar-^ riyent a Comorre. Articles du Traité de paix entre l'Em^ pire iT la Porte. Suite des affaires de Hongrie. Mort de Boftkay. Siège de Brunfyyich Leyée du fiége. Guerre des Payis-bas. Fent furieux. Spinola de retour d'Ef pagne eft confulté fur les opérations de la guerre. Tentative inu" file fur FEclufe. W'oude iT Hoocflrate font déniant elées> Exploits du marquis de Spinola. Prife de Lochem , de Groll iT de Rhinberck Maurice reprend Lochem. Spinola t obli- ge à leyer le fiége de Groll. Les troupes font mifes départ O* d'autre en quartier dhi'Ver. Les EJpagnols , fous la con- duite de Santa-Cru^général des galères ^fe rendent maîtres de Dura^^o O^ de la Mahomette. Les Hollandois en'ïiqyent enyain une flotte pour infefter les cotes d'Efpagne ^ ((s" enleyer la flotte des Indes. Le Vice - Amiral de la flotte HoUandoife périt» Les Hollandois par les conjeils de Jean Vjfelinex y entreprennent une navigation aux Indes Occi^ dentales. Etabliffement d'une compagnie des Indes. Expedi^ tion malheur eufe des Anglois dans la Guyane. Le diffe^ rend d'Emden e/l accommodé. Mort de Philippe de Hohenloy
Scvj SOMMAIRES.
- de Jean de 'bjajfau , <jr de Jean ^ndri Doria. Vropojîtions
^^^^^ de paix entre l'Archiduc (ùr les Etats généraux. Réjouif^ 1606 f^^^^^^ ^'^ France. La Reine accouche d'une fille. Maximilien d eBethune ejl créé duc de Sully, Le Roi fe prépare à faire le Jïé^e de Sedan, Il arrive à Donchery. Reconciliation du duc de Bouillon ayec le Roi ? Lettres patentes envoyées ati Tarlement i ce fujet le Roi fe rend à Saint Germain en Laye, Danger quil court en retenant à Paris, Procès en^ tre Marguerite de Valois iS" le comte d'Awvergne. Le Dau^ fhin i^ les Princejfes font haptifées à Fontainebleau, Arrêt du Parlement de Toulouje contre les Prêtres qui ohmett oient les prières pour le Roi dans le canon de la Meffe, Chambre de Juftice, Le Clergé demande envain la publication du Concile de Trente, Arrêt du Parlement de Bordeaux contre ïabus de la jurifdiBion Ecclefiaftique. Le prince Philippe de Tslaffau époufe Eleonore de Bourbon, Mort de Sojfrede de Calignon s de Philippe des Portes s de Renaud de Beaune i de Jufte Lipfe s 15* iElie Putfchius.
SOMMAIRE DU LIVRE CXXXVII.
LE Roi nomme le cardinal de Joyeufe fon Plénipoten^ tiaire en Italie, Caufes du démêlé de Paul V ayec la République de Venife, Le Sénat fait mettre deux Prêtres en prifon. Plufleurs décrets faits contre le Clergé. Paul V fe plaint de la conduite du Sénat, Remontrances faites au Pape par ï Ambaffadeur de Venife, Réponfe du Pape, Se- condes remontrances faites au Pape. Les Cardinaux de la faSiion Efpagnole excitent le Pape à tenir ferme. Le Pape cjiyoye deux Brefs a fon ]>{once pour le Sénat de Venife,
Mort
I 5o 7*
S.OMMAIRES. xvij
Mort du Do^e Gvimani 3 Léonard Do?iato lui fuccede. Le iSenat enyoye Pierre Duodo k Sa Sainteté. Réponfe du Sénat Henri aux deux Brefs du Pape, Le Pape lance un interdit fur la République. Les Vénitiens ne gardent point l Interdit. Les 3e fuites iT les Moines de nouvelle fondation fe retirent de Venife. La République fait des préparatifs de guerre. Le Sénat fait écrire contre l Interdit. DoSîrine de Gerfon tou- ^hant les Cenfures. Le Sénateur Antonio Quirini écrit con^ •tre l'Interdit. Autre ouvrage contre ï Interdit. Précis de r Ouvrage de Fra-Paolo ^ Jur cette matière» Ecrit anonyme contre les Cenfures, refuté par Bellarmin , CT* juftifiépar Jean Marjïlio. Bellarmin réfute les deux opu feules de Gerfon. Au- tre ouvrage de Fra-Paolo pour réfuter Bellarmin. Divers écrits pour ou contre les Cenfures. Jean Marfilio e/i cité au \Jribunal de ! Inquifition de Rome. Ilfejuftifeparunécrit. Fra-Paolo e/i aufjî cité à ! Inquifition. Le Pape fait des préparatifs de guerre. Lettres artificieufes de Philippe II à Paul V. Politique du roi d'Efpagne. Il envoyé â Fenije François de Caflro en qualité d' Ambaffadeur extraordinaire. Le Cardinal de Joyeufe envoyé par Henri aux Vénitiens pour accommoder le différend , arrive â Venife. Plaintes du Sénat contre les Je fuit es. Ils font bannis d perpétuité. Le Sénat fou fer it aux demandes du Pape. Le cardinal de Joyeu* fe arrive a Rome. Le Pape lui donne audience s ^ refufe tou- tes conditions d'accommodement à moins que les Jefuites ne f oient rétablis. Le cardinal dn Perron tache de gàgmr le Pape. Le Pape fe rend aux raifons du Cardinal. Entre- prifes des Efpagnols pour empêcher l'accommodement. Le car^ dinal de Joyeufe retourne a Venife. Il publie le Bref de ré- vocation de l'Interdit. Les Efpagnols deviennent fufpeHs aux Vénitiens, Attentat contre Fra - Paolo, Le Senm Tome XIV. c
Henri IV.
1 507.
xvnj SOMMAIRES.
condamne les affajjins. Modération di^ Sénat»
SOMMAIRE DU LIVRE CXXXVIII.
DEfcription de la "ville de Bonne. Ferdinand Grand dm de Tafcane entreprend de la prendre. Route que prend fa flotte. La Vdle de Bonne eftprife <C^ pillée. Guerre dans les royaumes de Fe^ i^ de Maroc entre Muley-^idan ^ ^bdala. Les habitans de Maroc , ennuyés de la domination de Muley-^tdan ^ i Ahdala , proclament unanimement Mahamet Roi. Troubles dans l^fie. Révolte de Gambo^ lat. Il enyoye des députés au Grand Vi^ir Serdar ^ qui marche contre lui avec une armée. Serdar eft deux fois vaincu fm' Gambolat -, qui eft enfin obligé de fe mettre en fureté, Troubles en Folo^ne, Les mécontens prennent des réfolutiom contre le Roi. Ils proteftent contre la Diète indicfuée â VarfoVie. Mémoire contre les Jcfuites, Aff emblée des Etats à VarJoVte. Les Mécontens font fur pris <jr défaits parles troupes du Roi, Charle roi de Suéde furprend Weiffenfteuu Manifeftes du roi de Suéde aux Etats de Pologne, Lettres des Etats de Suéde aux Etats de Pologne. Troubles en Hongrie. Colonkh enlevé aux Turcs la vdle de Nevvfel, Brigandages des Heiduques i^ des Tartares. Ambaffade du roi de Perfe au roi dEfpagne. V ambaffade ur de Perfe fe rend à Vienne ^ pour détourner l Empereur de faire la paix avec le Turc. Convocation des Etats de Hongrie à Presbourg, Aff emblée de la ^bleffe â Vienne. Les Heiduques pren- nent les armes. Ils attaquent la ville de Budnoch Ils font hattus par Homonnai. A lafollicitation des Bâchas de Bude <^ d^gria tU affiégent FiUeck^mais fans fucces. Troubles-
SOJvîMAlRES, ^ix
en Allemagne. Ceux de JFirt^hourg attaquent la Ville de =^-'— ^ Dordhighen, Ils font chajps. Araire de Donayert, Les H e n R ï Princes <sr les "villes du Cercle de Suahe s'affemhlent à IJlmi ^ ' Affaires d Angleterre, IsloWSielle formule du ferment prefcrit far le Roi, Brefs du Pape à ce fujet aux Catholiques d'An- gleterre. Lettre de Bellarmin à George Blackwell. Réponfe de Blackyyel a Bellarmin, Ecrits pour O" contre le nouveau ferment, hiondations en Afigleterre. Malheureux yojiage des Anglois dans la Virginie, Deux compagnies établies pour les Colonies. Combat ISlayal entre les Efpagnols (jr les Mol- landois au détroit de Gibraltar, L' Amiral Heemskerch eft tué. Pompe funèbre de Heemskercke. Deux yaiffeaux Hollandois reViennent des Indes Orientales, Defcription de ïifle de Saint Maurice, Les Hollandois mettent en mer mie flotte de treize yaiffeaux pour les Indes. Les troupes d'EJpagne fe ré'voltent en Flandre, Henri Frédéric levé un corps de trois mille hommes. Il prend de force la Ville d'Er- kelens. Le roi d'Efpagne pejife à faire la paix ayec les Pro^ Vinces'Unies, Les Archiducs font preffentir les Provinces-' Unies fur la paix. Le Père Nej Cor délier eft envoyé par les Archiducs aux Etats, Sufpeufion d'armes entre l'Efpa- 2ne <ts* la Hollande, Les rois de France <^ d' Angleterre * <ir plufieurs autres puiffances ^ enyojent leurs députés aux Etats. Difficultés qui s' élément au fujet de la forme de faHi de renonciation du roi d'Efpagne,
Fin des Sommaires du quatorzième Volume*
HISTOIRE
STO
D E
JACQUE AUGUSTE
DE T H O U
LIVRE CENT VINGT- SEPTIEME.
^^^^^ P R e' S avoir conduit mon Hiftoire juf-
qu'à la naifTance augufte du Prince fi long- Henri tems defiré qui règne heureufement aujour- 1 V. d'hui fur la France fous l'aimable nom de i 5 02." lÊi Louis , je ceflai dV travailler il y a fix ans. ,, Nouvelle
Sf^J . , \ *■ . ^ , ■' ^ , , . Préface de
Alors je comptois qu aucune conlideration l'Autcuu H ne feroit capable de me rengager à un pa- reil travail , que je regardois plutôt comme entièrement fini , que comme niterrompu. Auffi croyois-je avoir aiïez fait pour îe public Ôc pour ma réputation , d'avoir continué l'Hiftoire de la guerre civile j la plus funefte qui ait jamais été , jufqu'à Tome XIF. A
2 HISTOIRE
,1a paix générale, dont tout l'univers efl: redevable à lajuftîce» YT _ ôc à la valeur de Henri le Grand. En effet depuis ce tems-là
I Y il ne s'eftrien pafTé de mémorable, ôc il ne le preientoit à mon 1602 ^^P^'^^ ^^^ quelques faits domeftiques , triftes pour la plupart qui ne méritoient pas d'être mis en parallèle avec les évcnemens dufiécle paffé. Outre cela bien des raifons, m'éloignoient d'y penler ; entr'autres la mémoire encore récente de Ja manière indigne dont on avoir reçu cet ouvrage , fruit de tant de veil- les que j'avois confacrées à l'utilité publique , & à la gloire du nom François. J'avois beau jetter les yeux fur les tems pafles , 6c fur ce que nous voyons aujourd'hui; je ne pouvois me fla- ter que l'avenir me dût être plus heureux , fur tout ayant à vivre avec des gens , qui s'étant jufqu'ici toujours montres in- juftes à mon égard,, alloient infailliblement, (i je continuois, devenir mes ennemis implacables. Pour comble de maux , dans le tems que je fongeois à gagner le port , la Fortune , qui m'a toujours perfecuté, venoit de me rentraîner au milieu des écûeils de la Cour, où je me voyois attaché, fans fçavoir ce que j'allois devenir : ôc au lieu qu'auparavant je trouvois mon repos dans ma foumiffion parfaite à la loi ^ nouvel efcla- ve j'ai VÎT ma liberté affervie , obligé de pafTer au gré d'autrui, un foufle de vie , dont il ne rn'étoit pas permis de difpofer» Ainfi la jaloufie qu l'adrefTe de ceux dont je dépens , en me mettant hors d'état de mener une vie privée, m'a encore im- pofé la trifte néceflTité de me livrer de nouveau à un travail in- grat , ôc d'affronter encore une fois l'envie Ôc la haine redou- table de plufieurs perfonnes puiffantes. Si je recule, je paffe- rai pour un lâche i fi je perfifte à fuivre la méthode que j'ai obfervée jufqu'ici, on me traitera d'opiniâtre ôc d'incorrigible : car il n'eft pas croyable combien l'innocence de ma viepaffée & rattachement inébranlable que j'ai marqué pour la vérité , m'ont fait d'ennemis dans la Nation j combien ma franchife ôc mon averfion pour tout déguifemenr, Ôc pour tout ce qui a l'air de parti, m'ont attiré d'affaires fâcheufes. Je puis donc compter que toutes mes actions ôc mes paroles vont être éplu- chées. Si je mollis , on dira que je tremble : fi je montre de la fermeté , on penfera que je cherche à me venger j ôc qui penfera ainfi ? C'eft le grand nombre ', ce font tous ceux qui jugent de la réputation, Ôc des fentimens d'autrui, non fur la.
D E J. A. DE THOU,Ljv. CXXVII. 5
ralfon & fur la jufticfe , mais fur leurs idées , 6c fur leur préven- tion. Ces reflexions* ôc beaucoup d'autres qui me paiïoient par i'efprit étoient capables de faire abandonner le plus beau projet ^ i^^ du monde à l'homme le plus ferme ôc le plus intrepidej qu'on ju- ge fi à l'âge où je fuis , ôc me voyant toujours en bute aux coups i 0 o 2. de la Fortune obftinée à me perfécuter , elles dévoient me faire fonger à chercher le repos ôc à renoncer à un travail pénible > qui m'a fait tant d'ennemis. Mais qu'il eft aifc de faire chan- ger de fenriment à un homme zélé pour fa patrie y ôc qui a toujours préféré fhonneur ôc la probité à tout ce qu'on ap- pelle les biens ôc les commodités de la vie, fur tout lorfqu'il «'agit de l'engager à facriher les intérêts particuliers à l'utilité publique ! Mes amis m'exhortoient de toutes parts à rentrer dans la carrière. Il eft vrai qu'il y en avoit beaucoup en Fran- ce qui me confeilloientde me tenir en repos , dans la crainte qu'il ne m'arrivât quelque fâcheux accident. Mais ceux que j'avois en Efpagne , en Italie , en Allemagne , en Angleterre, aux Payis-bas, en Hongrie, ôc jufqu'au fond de la Livonie , m'écrivoient fans cefle de continuer, ôc n'oublioient rien pour m'encourager , ôc pour ranimer en moi par la vue du bien pu- blic, cette ardeur ancienne que l'ingratitude de mon fiécle avoit prefque éteinte. Cet empreffement unanime de tant de perfonnes , dont le zélé ne pouvoit m'être fufpett, m'ébranla ; je me laiflai enfin perfuader,ôc jeréfolus au premier loifir que j'aurois , de contenter leur defir , Ôc de facriher mon repos à l'utilité publique. J'avois cependant peine à commencer , foie que la face des affaires , qui ne prefentoit que de triftes ob- jets, émoulTât en quelque forte mon génie, foit qu'un long repos l'eût rendu lâche ôcpareffeux, foit qu'il fût devenu irré- folu par la mémoire encore récente des chagrins , que cet ou- vrage m'avoit attirés , je trouvois de jour en jour de nouvel- les raifons de différer. X'étois dans cette incertitude, lorfqu'il arriva un accident qui tient du prodige : accident déplorable, non-feulement pour les François , mais pour tous les peuples du monde : ce fut la mort de Henri le Grand. Ce malheur diffipa tous mes doutes. Ce grand Prince qui fembloit être defcendu du ciel pour finir nos calamités , avoit fignalé fon régne par tant d'atUons éclatantes , qu'il n'y avoit point de bon citoyen qui ne craignît de lui furvivre , ôc que les méchans
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4 HISTOIRE
_ même fouhaitoient pour leur fùretc qu'il vécût long-tems. Henri -^^"^^ ^^ mort funefte fit des impreiïions fort différentes fur les jY efprits. Les uns pleuroient leur perte particulière; les autres 1602 ^)'^^^ ^^5 \i\QS plus générales , prenoicnt part à la douleur pu- blique, & croient indignés contre ceux qui s'en ctoient ren- dus les auteurs. D'autres enfin au milieu des maux prefens qu ils fentoient vivement , envifageoient avec effroi ceux dont on ctoit menacé à l'avenir. A mon égard, comme j'avois pour mon Roi l'attachement le plus fort & le plus tendre, je regardai comme un devoir indifpenfabie pour moi de rendre des hon- neurs finguliers aux mânes de ce grand Prince , à qui la Chré- tienté a tant d'obligation. Voilà ce qui m'a déterminé à répren- dre cet ouvrage fi pénible avec la même facilité que je l'en- trepris autrefois > ôc à tirer d'un oubli éternel la mémoire des événemens qui fe font paffés de nos jours. Inébranlable aux mauvais difcours & aux calomnies de mes ennemis; content du témoionao^e de ma confcience, ôc tranquile fur tout ce qui en peut arriver, je vais dégager la parole que] ai donnée a mes amis; ôc puifque Dieu a voulu que je furvécuffe à ce grand Roi contre mon efpérance, ôc contre mes vœux, j'ai réfolu de confaa-er le peu de loifir que je puis trouver à la Cour à continuer fon hiftoire, & à écrire les dix dernières années de fa vie. J'en étois demeuré au fiége d'Oftende , qui a duré qua- tre ans , je vais le réprendre.
Commua- L E PREMIER de Janvier FArchiduc falua les affiégés par d'o/"/^°^ la décharge de toute fon artillerie, ôc fit courir le bruit dans tous les Payis - bas qu'il alloit attaquer Oftende avec toutes fes forces. Le 7 du même mois , après deux mille coups tirés contre les baftions de Sandthil , d'Helmont Ôc du Porc-epic , il ordonna que les troupes fe tinffent prêtes pour aller fur le foir , lorfque la marée fe retireroit , efcalader la vieille ville. C'étoit François de Veer , ôc fon frère Horace qui étoient chargés de k défendre. Farnefe commandoit l'attaque à la tcte de deux mille Italiens. Il étoit fuivi de deux mille Flamans comman- dés par Charle de Longueval comte de Buquoy, ôc le gou- verneur de Dixmude avec deux mille autres ,eur ordre d'atta- quer en même-tems le Porc-epic. Cependantf Archiduc étoit y\fQs batteries, ôc flnfanie Ifabelle fon époufe, au Fort, qui
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portolt fon nom. Les troupes donnèrent en même - tems de tous côtés 5 mais les* Efpagnols s'y prirent trop tard > & la fj £ ^ ^ i marée commençoit déjà à être fort haute : au refte l'avantage ysj, ne fut pas grand de parmi d'autre. De Veei abandonna la demi- 1602* lune à deffein , afin que l'ennemi occupé à s'y établir attaquât moins vivement les autres défenfes de la place , après quoi il fit lâcher les écîufes, qui incommodèrent beaucoup les aflail- îans. Pendant ce tems-là la demi-lune fut prife : mais le ca- pitaine Day à la tête des Anglois étant forti du baflion du Sud , vint fondre fur les Efpagnols , 6c les obHgea d'abandonner ce pofte , après y avoir perdu trois cens hommes. Les afîiégés firent un grand carnage des Efpagnols à cet affaut , qui ne réiilîit pas,. Gambaloita colonel d'un régiment Italien, & D. Diegue Durango colonel Efpagnol , y furent tués , & il y eut beaucoup de blefles , la plupart trcs-dangereufement. La perte des afîiégés fut beaucoup moindre , ils n'eurent pas plus de cinquante hommes de tués & environ cent bleffés. Les capi- taines Haefren, ôc Nicolas Vanderleur furent du nombre dQS morts , avec plufieurs lieutenans des troupes Angloifes. Horace de Veer y reçut une grande bleiïure à la jambe. Le lende- main les ennemis envoyèrent un trompette redemander leurs miorts pour les enterrer , & on les leur renvoya fur trois cha- loupes. Il s'y trouva une jeune fille habillée en homme, percée de plufieurs coups , elle portoit au col un collier de grand prix, ôc une chaîne d'or, ôc avoir , dit-on , combattu avec beaucoup de courage. Trois jours après arrivèrent quelques vailTeaux qui apportoient du fecours aux afîiégés. Ils furent un peu endommagés par le canon des ennemis avant que de pouvoir entrer dans le port : mais leur arrivée fit grand plaifir à la garnifon. Le lendemain il en entra feize autres •■> ils portoient un renfort de troupes , qui parurent aufTi-tôt en bataille furies baflions.
Le quatorze de Janvier dix vaifTcaux charges de provifions entrèrent par la Gueule à la faveur de la marée. Comme le ^J^'^t^Tln- vent contraire les retint long-tems , avant qu'ils pufient entrer, trcnt dans le ils fijrent fort maltraités par l'artillerie des ennemis. Cepen- ^ç^^^^J^ ^^ dant le convoi arriva heureufement dans la place. Le même, jour Daniel de Hartain fieur de Marquette y entra fuivi de «quatorze compagnies d'infanterie. Pendant tout ce tems-là ont
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5 HISTOIRE
-«— ■■"^-'-" fe canonna vivement de part & d'autre 3 cependant les affiégés
Henri ^7^"^ ^^^^ ^a revue de leurs troupes , il le trouva dans la ville
j.y^ quatre-vingts une compagnies d'infanterie de l'ancienne garni-
I d 0 o ^*^" ' ^ trente-une de nouvelles troupes. Cette revue fe ^it avec
beaucoup de cérémonie, & fut accompagnée de quantité de
falves de moufquctene. Peu de tems après arrivèrent trois
vaifleaux Anglois chargés de toutes fortes de provifions de
bouche. En même -tems on en rit fortir huit par la Gueule
chargés de foldats malades. Par malheur il s'en trouva trois qui
faifoient eau , & qui après avoir envain imploré le fecours des
cinq autres, tombèrent entre les mains des ennemis.
Le refte du mois fe pafTa à réparer les fortifications , & à en faire de nouvelles, fur tout à la vieille ville : c'étoit de Veer qui conduifoit tous ces ouvrages. Battembourg étant mort le vingt-deux, fut enterré dans la ville, & on lui fit desobféques magnifiques. Sur ces entrefaites on fçut par un deferteur que l'Archiduc avoir fait faire le procès à quelques foldats , qui avoient confeilléde rendre le Fort de S. André, ôc qu'on les avoit condamnés à mort. Nouveaux Cependant les affiégeans travailloient avec ardeur au Fort Forts bitis de qui ^toit au-dcffus de la Gueule, tandis que des baftions de paie au- jTj j|^£i-^,{3Qurg 5j ^^ Pekel les affiégés faifoient fur eux un feu continuel , qui les incommoda beaucoup. Le vingt- huit un vaifTeau fortit heureufement de la ville. Le cinq de Février on commença un nouveau fort au Pont aux Vaches y les affié- gés d'un autre côté entourèrent de palifTades le fort de Groo- rendorts, ôc continuèrent abattre vivement celui qui dominoit fur la Gueule. Le fept les Efpagnols lancèrent da;is la ville plufieurs flèches > aufquelles les affiégés trouvèrent des lettres attachées , par lefquelles l'Archiduc promettoit de grandes récompenfes à tous ceux qui voudroient pafTer à fon fervice: 6c comme le traitement fait à ceux qui avoient rendu le fort de S. André, avoit fort refroidi les autres, on tâchoit par ces lettres d'excufer ce que cette févèrité avoit paru avoir d'odieuxj ce qui donna lieu à beaucoup de déferrions. En même-tems on fit fortir par la Gueule beaucoup de malades , qu'on envoya enZelande, ôc l'on reçut dans la ville quelques troupes fraî- ches. Cependant l'Archiduc faifoit travrilier à la hâte à un fort fur les Dunes , oui étoit là principale batterie. Les afliégés
t.'C
D E J. A. p E T H O U, L I V. CXXVII.
1 <5 O 2*
de leur côte faifoient un feu continuel fur ce Fort , & éle- __^jw
voient en même-tems quatre cavaliers dans la vieille ville ^"'^ u £ ^^ j^ j le bord de la mer au Nord du baftion de Sandthil. Dès qu'ils j y furent en état , ils mirent deux mortiers fur chacun , firent un nouveau rempart ôc un nouveau foiTë , augmentèrent les an- ciens , ôc les poufTérent jufqu'à la mer. Il y avoir mille hom- mes qui travailloient fans relâche à ces ouvrages.
Le quinze de Février deux vaiifeaux fortirent de la ville , fans avoir fouffert aucun dommage , & il y entra quinze com- pagnies de troupes fraîches commandées par le fieur d'Ed- mond. Les afïiégés en tirèrent encore d'autres des vaifleaux qui étoient à l'ancre j mais ce ne fut pas fans danger qu'elles furent reçues dans la place. Trois jours après on apprit par un deferteur Italien, que l'Archiduc avoit abfolument réfolu de continuer le CîégQj que fon deffein étoit de jetter un pont fur le port fitué à l'Occident de la place , pour pafler fes troupes dans la vieille ville, d'élever du côté du Levant une digue qui s'étendît depuis les Dunes jufqu'à la Gueule, 6c de ruiner ieséclufes qui étoient fur la Gueule du côté de l'Occident. Sur cet avis les afïiégés mirent des troupes de ces côtés-là , ôc bâ- tirent des redoutes pour arrêter les efforts des Efpagnols. Ce- pendant l'Archiduc informé que le comte Maurice étoit en campagne , & ne doutant pas qu'il ne tentât de fecourir Often- de , raffembla le plus de troupes qu'il lui fut pofîible ; ôc ayant laiffé la conduite du fiége au colonel Jean de Rivas, il fe ren- dit à Gand. Le régiment Comtois, commandé par Marc de Rye marquis de Varambon, paiTa par fa démiflioa au baron de Ballanfon fon frère.
Sur ces entrefaites, la marée ayant crû extraordinairement, caufa un grand dommage aux afïiégés du côté de la Gueule vtrs le baftion de Pekel. Le mal fut encore augmenté par le canon des ennemis ; ôc <ie plus la digue qui aboutiffoit à la porte du levant fut rompue. Sur la fin du mois arrivèrent huit vaifTeaux , qui malgré le feu continuel des affiégeans entrèrent heureufement dans la ville ; les troupes qui étoient deffus avoient pour commandant le colonel Dorth, Cette même nuit la digue que la violence de la mer avoit rompue, fut ré- : tablie par le travail infatigable des afTiégés, qui réparèrent em' même-tems tous les Forts qu'ils avoient aux environs.
8 HISTOIRE
on. D'un autre côté les troupes des enncm'is fe mutinèrent , Ôc
Henri P^" ^'^" fallut qu il n'y eût une fédirion dans le camp , les JY^ ioldats murmurant hautement, ôc difant que ce n'ctuit pas i 6o2^ au combat qu'on les menoit , mais à la boucherie. Le premier de Mars il entra cinq vaifleaux dans la ville , & pendant que des deux côtés on étoit occupé à réparer les brèches , de Veer accablé de fatigues 6c de veilles , fortit delà place pour réta- blir fa fanté. Le colonel Vandorp,Dorth, Daniel de Hartaiii fieur de Marquette , Ôc Edmond fe chargèrent du commande- ment en fon abfence. Le lendemain trente-cinq bâtimens en- trèrent dans la ville. Cependant la deferrion fe mit parmi les troupes par le moyen de ces'lettres ^ que les ennemis jettoient dans la ville avec des flèches , & par lelquelles ils promettoient récompenfe à ceux qui voudroient fe rendre.
Il y avoir hors de la ville un terrain que les eaux y avoient amené infcnliblementj on appelloit cet endroit Poidre. D'a- bord on l'avoir fortifié avec beaucoup de foin ; mais la mec ayant gâté les ouvrages qu'on y avoir faits , on les répara par- faitement, & on nétoyale nouveau port, par oiale neuf de Mars il fortit pour la première fois un vaifTeau, qui fut bien-tôt fuivi de trente-trois autres ; le lendemain il en entra feize par le mê- me endroit , & le jour fuivant treize par la Gueule : enfin de compte fait plus de cent vaifleaux entrèrent dans la place ea onze jours. Le treifième du même mois il en arriva fept , ÔC deux jours après vingt-cinq qui venoient de Fleffingue , & qui étoient chargés de foldats, de vivres , ôc de machines de guer- re. Pendant les mois d'Avril , de Mai ôc de Juin , on ne fit au- tre chofe que fe canonner de part ÔC d'autre , fans aucun avan- tage fenlible. Le cinq de Juillet on célébra à Ofiende l'anni- verfaire du Ciége par plulieurs décharges de canon j ôc com- me il n'y avoir point de cloches aux Eglifes , les femmes ôc les enfans eurent ordre de prendre des chaudrons ôc de les bat- tre pour y fuppléer. Voyage de Frideric Spinola étoit venu il y avoit trois ans aux Payis-bas Spinoia eu ^yec une efcadre de quelques galères , ôc avoit fait beaucoup ^'^^"^* de mal aux HoUandois. Il fe tenoit caché aux embouchures des rivières , & lorfqu'il n'y avoit point de tempête à cramdre, ôc que le vei.t étoit favorable , il iorroit de Ion embulcade, fkifoit des courfes fur les fujets des Provinces unies , Ôc les
défoloic
DE J. A. DE THOU^Liv. CXXVII. ^
défoloit. Etant depuis retourné en Efpagne , il confeilla à Phi- '
lippe d'ajouter huit nouvelles galères à fon efcadre , de lui H E N R i permettre de lever fix mille Italiens, ôc de lui donner outre IV. cela deux mille Efpagnols de vieilles troupes , fous le comman- i ^ © 2. dément d'Ambroife Spinola fon frère : afin de pouvoir oppo- fer ce corps à l'armée du comte Maurice. Il ne fut pas diffi- cile à Spinola de perfuader à Philippe ce qu'il fouhaitoiti mais il n'en fut pas de même du comte de Fuentes , viceroi de Mi- lan, à qui le Roi l'avoir renvoyé. Ce Seigneur qui aimoit mieux faire trembler l'Italie , que d'y vivre en paix , jugea à propos de garder les vieilles troupes, fous prétexte qu'il en avoit befoin pour maintenir la tranquilité publique. Cepen- dant comme les Spinola payoient exa£tement les foldats , il ne leur fut pas difficile de trouver des hommes ôc de les difci- pliner : Frideric en forma deux regimens. Il donna le com- mandement du premier à fon frère , ôc nomma pour fon lieu- tenant colonel Pompée Juftiniani. II mit à la tête du fécond Lucio Dentici, qui étoit un vieil officier de réputation 5 ôc il lui donna pour commander fous lui Auguftin Arconato. Ces troupes prirent leur route par terre , ôc réglèrent leur marche pour fe rendre en Flandre dans le tems à peu près que Spi- nola y arriveroit par mer avec fon efcadre.
Vers ce même tems Frideric comte de Berg fît une tenta- Tentative; tive fur Breda : mais le comte Maurice étant accouru au fe- ^^^ B:tda, cours , ôc ayant été joint en chemin par Adolphe de Naflau fon frère , il fe donna un combat , où le comte de Berg fut blef- fé ôc fait prifonnier.
Cependant Ambroife Spinola ayant traverfé les Alpes, étoit defcendu par la Franche-Comté dans le Luxembourg , d'où il prit la pofte pour fe rendre auprès de l'Archiduc , qui étoit à Gand. L'armée des Etats s'étant mife en marche , étoit alors . aux environs de Nimegue , ôc fe difpofoit à pafler la Meufe. L'Archiduc de fon côté avoit formé une armée pour oppofec à celle des ennemis , ôc il en avoit donné le commandement général à François de Mendoza Amiral d'Arragon, ôc colo- nel général de l'infanterie légère dans les Payis-bas, avec or- dre de marcher en diligence vers Tillemont. Spinola fut char- gé de le joindre avec les troupes, qu'il avoit amenées d'ItaHc, .& qui étoient déjà arrivées à Namur. Elles fe rendirent donc Tome Xir. B
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to HISTOIRE
à Tillemont. Aîendoza cependant ayant hiffé derrière lui cette place j alla camper plus avant dans le payis de Liège à trois lieues au plus de Tillemont. Les deux armées ayant demeuré ainii quelques jours dans l'inadion , Maurice décampa & fe re- tira. Sur quoi les Efpagnols délibérèrent s'ils le fuivroient ou s'ils dévoient prendre Dieft , traverfer enfuite la Campine ôc arriver les premiers aux environs de Bolduc ôc de Grave y pour cou- vrir ces places, fur lefquelles on croyoit que le Comte avoit des defleins : maib" comme de l'armée de Mendoza il n'y avoit que les deux regimens de Spinola qui fufTent payés , &c que le relie n'avait ni argent , ni vivres , ni bagages , ils commencè- rent à fe mutiner , de forte qu'on renvoya l'affaire à l'Archiduc; mais ces longueurs leur firent perdre l'occallon de harceler ôc de fluiguer les ennemis. Prife de Ls quatorze de Juillet Maurice vint Camper devant Grave, Grave par le après avoîr pris fur fa route le château d'Helmont , pofte de jked^NjiiTu". P^" d'importance, mais qui auroit pu l'incommoder , s'il l'eut laiffé derrière lui. Grave eft fituèe fur la Meufe , elle eft défen- due par un foffé profond , ôc du côté du Brabant elle eft en- tourée de marais inaccefTibles. Mais les digues qu'on a faites fur les deux bords de la rivière pour empêcher les déborde- mens , font caufe qu'il eft aifé de faire des lignes , ôc d'inveftir la place. Maurice éleva les forts tout autour avec un foin ex- trême pour fermer les avenues au fecours î après quoi il tira les lignes, ôc ouvrit la tranchée.
Antoine d'Avila étoit dans la place avec cinq cens hommes * > il fe prépara d'abord à fe bien défendre. Le Comte commen- ça par faire attaquer un ouvrage avancé , qu'il emporta après un combat opiniâtre : il s^approcha enfuite de la ville , où il fit lancer des feux d'artifice qui embraférent plufieurs maifons. & qui incommodoient extrêmement la bourgeoifie Ôc la gar- nifon. Mendoza cependant fe rendit àRuremonde, pour être plus à portée de fecourir Grave. Là il tint confeil de guerre , Ôc les avis furent d'abord affez partagés. Les uns vouloienc qu'on attaquât quelque place importante , comme Rhinberg ou "Wachtendonck , pour obliger par là l'ennemi àleverlefié- ge ; ou qu'on fe faifit de Ravenftein , afin d'empêcher les
1 II y a erreur dans cet endroit, puif- j qu'il y eut 800 hommes de la garni- que M. de Thou dit lui-m.cme enfuite [ Ion tués pendant le iîége.
DE J. A. DE THOU^Liv. CXXVII. ir
«convois d'arriver au camp , en fe rendant par là maîtres
de tout ce qui remonteroit la Meufe. C'étoit le fentiment de i-j g ^ j^ i Grobbendonck gouverneur de Bolduc , qui connoiflfoit par- jy faitement lepayis , & Mendoze penfoit de même 5 mais ladif- 1502, ficulté étoit fur la route qu'on devoir tenir. En effet pour af- fiirer leur marche , il falloir que les troupes fiffent un grand cir- cuit , qui tiendroit au moins cinq jours , ôc pendant ce tems- là les ennemis pouvoient fe rendre maîtres de Grave. Si on prenoit au contraire la route des marais , qui étoit beaucoup plus courre, on expofoit les troupes à un péril évident. Ainii il fut réfolu qu'on tenteroit de forcer les lignes proche de Ra- venftein , ôc de jetter du fecours dans la place. On chargea de l'exécution Thomas Spina colonel d'un régiment nouvelle- ment recruté? ôc le colonel Antunet Portugais , eut ordre de le fuivre avec mille hommes d'élite. Pendant qu'ils feroient en marche , Spinola devoir en même-tems attaquer les lignes à la tête de deux mille hommes. Mais il fît toute la nuit un tems fi pluvieux , ôc les chemins fe trouvèrent tellement rom- pus , que les troupes ne pouvoient avancer ; enforte qu'elles furent obligées de revenir, fans avoir tenté l'entreprife. Men- doze voyant qu'il n'y avoit pas moyen de faire entrer du fe* cours dans la ville , décampa ôc marcha du côté de Venlo.
Maurice de fon côté ne fortit point de fes lignes , ôc ne fongeoit qu'à prelTer vivement la place. Il y fît donner un af- faut le fept de Septembre j mais fans fuccès ; ôc la garnifon ayant fait une forrie, il y eut une a6lion affez vive. Enfin les afîiégés ayant perdu la demi lune, qu'ils avoient défendue jiif- que-là avec beaucoup d'opiniâtreté , ôc les foldats étant con- fidérablement diminués par les maladies Ôc par les fatigues , la place fe rendit le vingt de Septembre. Les aflîégés perdi- rent huit cens hommes à ce fiége > de ce nombre furent Tho- mas Diano ôc Nobih : Placido di Sangue , ôc Corretti , y fu- rent dangereufement bleffés. Maurice étant entré dans la place en prit poffefîîon comme d'un bien héréditaire.
Pendant ce tems-là les Efpagnols qui aiïiégeoient Ofîende inventèrent plufieurs machines pour fermer fi-bien le pafîhge de la Gueule ^ que les vaifTeaux ennemis ne puffent ni entrer ni fortir par là. Tandis qu'ils y travailloient , ôc que les afîiégés jnettoient de leur côté tout en oeuvre pour l'empêcher , les
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Henri IV.
,1 602.
Mutinerie ^cs troupes jj'Efpagne à Hunont,
12 HISTOIRE
maladies ravageoient la ville, & même le camp. Cependant les afîiégés ayant remarqué que les ruines des bâtimens , que le canon renverfoit, étoient en partie caufe de ces maladies, tra- vaillèrent à les rebâtir , & difpoférent les rues de manière que le canon ne pouvoit pas y faire grand mal, parce que le bou- let fe trouvoit d'abord étouflfé.
Mendoza , qui étoit alors à Thorn ^ entre Ruremonde ÔC Maeftrick, ne fe trouvoit cependant pas moins embarrafle parla nouvelle qu'il reçut dans le même tems , que les troupes qui étoient àHamont dans le voifinage, s'étoient mutinées. AulE- tôtil marcha de ce côté-là j ôc ayant fait pointer le canon con- tre les mutins, il les effraya tellement , que la cavalerie aban- donna fur le champ l'infanterie , qui fit fa paix ôt fe fournir. En même-tems on donna ordre à Belgioiofo de pourfuivre les rebelles ; ils marchèrent du côté de Hocftrat , & s'en ren- dirent maîtres par la trahifon d'un Wallon , qui leur livra la place. Le bruit s'en étant répandu, plus de mille hommes vin- rent fe joindre à eux. L'Archiduc informé de cette révolte fe rendit à Diell, & envoya ordre à Mendoza de s'y trouver. En- fuite cepofte étant foible, il fongea à le fortifier, & travailla en même-tems à ramener les mutins à leur devoir: enfin com- me ils ne vouloient écouter aucune propofition, il fit le dix- neuf de Septembre une Ordonnance, par laquelle il les ban- niffoit de tout le payis, ôc mettoit même leurs têtes à prix. Ils lui répondirent par un écrit très libre ôc très-injurieux , que les^ Etats généraux eurent foin de répandre.
Pendant que ce Prince marchoit vers Hocftrat, il apprit que Grave s'étoit rendue î que Maurice avoir envoyé du fecours ôc des vivres à Breda , où il y avoit eu quelque émotion ; ÔC qu'il étoit en marche avec fon armée. Sur cet avis il prit la route de Venlo , parce qu'on difoit que la bourgeoifie ne vou- îoit point recevoir garnifon : il y en mit cependant une , quoi- qu'avec peine , ôc ayant fait la même chofe à Gueldre , à Ru- remonde , ôc à Maeftrick , il laifla pour Gouverneur général de la province, Hcrman comte de Berg , ôc il fe retira dans le cœur du payis. Cependant Maurice congédia fa cavalerie Alleman- de, ôc comme l'Automne approchoit , l'Archiduc mit fes trou- pes en quartier d'hyver. Les Hollandois lui taillcrent en pièces
ï ?etir bourg à environ trois lieues de Ruremonde.
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deux compagnies de cavalerie auprès de Maeftrick. .
De lace Prince s'étant rendu à Tillemont , renvoya la plus ZZ ^ grande partie de fes troupes au fiége d'Oftende : il donna le ^ xr gouvernement de Tillemont à Frideric comte de Berg, avec ordre de s'oppofer aux courfes des révoltés. Les Italiens de ^ ^^* Spinola , quiéroient fort diminués , furent mis en garnifon dans Herentals , à Wert , à Lierre , & à Dam. Ces difpofitions fai- tes , Albert fe rendit à Gandpour faluer l'Infante. Sur ces en- trefaites Mendoza repafla en Efpagne , & fut remplacé par D, Louis de Velafco. Le commandement de l'artillerie qu'avoit Velafco , fut donné au comte de Buquoi, & on donna à Phi- lippe de Torres le régiment Wallon de ce Comte. Celui de Trivulce * , qui venoit de retourner en Italie , avoir auffi d'à- ^ Theot?ore, bord été donné à Alfonfe d'Avalos, & il pafTa quelque-tems après à Louis Melzi.
Sur ces entrefaites arrivèrent au camp des Efpagnoîs deux hommes de la première diftindion. L'un D. Pedre Giron duc d'Offone 5 & l'autre, Jean de Medicis qui s'étoit acquis beau- coup de réputation en Hongrie. L'empereur Rodoife fit re- venir Belgioiofo , pour aller fervir de ce côté là. Cependant les révoltés battirent les troupes de l'Archiduc à Hugarden j ôc à Judoigne , ôc Louis de Naflau s'étant jette en même-tems dans le Luxembourg à la tête d'un détachement , ravagea S» Viit , & mit tout le Duché à contribution.
Pendant que tout cela fe paflbit du côté des Payis-bas, Fri- Manv3i\ rv.c^ deric Spinola partit de Seville avec huit galères i fcavoir , la *^" ,'^" ^'p^- o. Louis commandce par Keudonna Irinite, par D. redre de Fergas; l'Occafion , par d'Avilaj la S. Philippe, par Ro- drigue de Nervafio ; l'Aurore , par Pierre PoUiado i la S. Jean, par Ferdinand de Vargas j l'Hiacinte , par Chriftophle Mon- gis 3 & la Padilla , par Jean de Sofa. Elles portoient deux mille quatre cens hommes de débarquement. LaTrinité ôc l'Occafion furent coulées à fonds fur la côte de Portugal par Robert Luflen^ officier Anglois qui rcvenoit des Indes avec quelques vaif- féaux. Spinola fe retira à Lisbonne avec lesfix autres: & Phi- lippe l'ayant rappelle de là à la Cour, il ne pût fe remettre en mer que fur la fin de l'été, & ne parut dans la Manche que le trois d'OQobre. Deux vaiffeaux Hollandois nommés le Ti- g.re ôc le Pélican furent les premiers qui les apperçurent. Robert
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i4 HISTOIRE
^___^ Manfel qui commandoit une efcadre Angloife au détroit de
Henri ^^^^^s> ^^s découvrit enfuite , ôc fit tirer un coup de canon de IV. l'Amiral, pour avertir les vaifTeaux Hollandois qui croifoient
I 5o '>. ^^ c^ côté-là. Au fignal j ils fe raflemblerent promptement, ôc attaquèrent les galères de Spinola : la Philippe & l'Aurore après un combat très-opiniâtre, & qui recommença plufieurs fois t pendant lequel elles furent jettées tantôt fur la côte d'An- gleterre , ôc tantôt fur celle de Flandre , enfin coulèrent bas , après avoir perdu beaucoup de monde , le refte de leur équi- page fut fait prifonnier. Des quatre galères qui reftoient à Spinola , deux gagnèrent Nieuport ; une autre ayant fait naufra- ge auprès de Calais , on mit la Chiourme en liberté, la der- nière que montoit Spinola lui-même, alla échouer auprès de Dunkerque j de forte qu'il n'en refta que trois, que Spinola fit radouber le mieux qu'il put ; ôc ayant embarqué deflus un régiment Efpanol commandé par un cavalier Portugais nom- mé D. Juan de Menefés , il fe rendit à l'éclufe , où fon frère Ambroife vint aufli-tôt le faluer. Là ils tinrent confeil enfem- ble fur les moyens defe dédommager des pertes qu'ils avoient faites.
Ils commencèrent par envoyer ordre à Pompée Juftiniani de leur amener huit compagnies; après quoi ils réfolurent de faire une défcente dans lifle de Walcheren en Zélande. Le jour fut fixé au vingt-quatre de Décembre : mais une tempête qui furvint , rompit leurs mefures. En même-tems l'Archiduc leur écrivit de renvoyer en Brabant les huit compagnies de Juftiniani , pour s'oppofer aux courfes des mutins.
Vfacliten- Vers ce même tems Mathieu Dulchen gouverneur de Strae- doiickpns& ]en penfa furprendre 'S^7achtendonck par le moyen d'un fol- dat de la garnifon. Le château eft féparé de la ville par une petite rivière; ce foldat y ayant été introduit avec treize au- tres, qui éioient cachés dans un bateau plein de pailles , ôc avec Dulchen , ils fe jetterent fur la garnifon , firent main- bafl!e fur tout ce qui fe rencontra , ôc arrêtèrent le Gouverneur. Ceux delà ville qui étoient de l'autre côté du ruiffeau , confler- nésdelaprife du château , ôc voyant arriver en même -tems le comte de Berg , qui attendoit près de là le fuccès de l'entreprife , à la tête de quelques troupes, fe difpofoient déjà à fe rendre , iorfqu'ils apperçurentun corps de Hollandois qui les ralTûtéreBV,
D E J. A. D E T HO U, Li v. CXXVIÎ. i^
Herman de Berg étaht arrivé trop tard au fecours de Henri fon i ■ «n» .
frère : en effet lesHôllandois avoient déjà raffemblé trois mille Henri hommes de pié ôc mille chevaux des garnifons de Meurs, de jy^ Rhinbergue , du fort de Sekenck , ôc de Nimcgue. Ainfi dès ^ ^ q 2, qu'ils parurent devant le château , ceux qui venoient de le furprendre , le rendirent à des conditions honorables. Celafe pafiafur la fin de Tannée, ôc vers le retour de Trivulce , qui à fon arrivée d'Italie , obtint la lieutenance générale de la ca- valerie fur la démilTion de Nicolas Bafte , à qui fon grand âge ne permettoit plus de l'exercer j celle de Belgioiofo fut donnée à BarthelemiSanchez.
hes guerres de Flandres me conduifent naturellement au ré- Différends cit des affaires de Frife. Les Comtes de la Frife Orientale fu- entre les com-
,j. ^ / 1 •/ ^'^•^'vîTUJ tes de Frife &
rent réduits cette annce aux dernières extrémités a Jimbden , javiiied'Emb- où ils font maîtres de la citadelle qui commande cette ville, dcn. Ils avoient fi-bien fortifié ce pofte , qu'ils otoient aux habi- tans l'ufage de la rivière d'Ems , qui paffe au pied. Les Etats généraux s'entremirent d'abord pour les accommoder : mais depuis ayant été informés que le frère du Coaite étoit à la cour de l'Archiduc , ils ne doutèrent point que ce ne fut à la folli- tadon des Efpagnols , que le comte de Frife avoir entrepris de molefter la ville > ainli ils envoyèrent du fecours aux habi- tans, 6c ils réduifirent ce Seigneur à une telle extrémité , qu'if ne put fe difpenfer d'entrer en accommodement avec ceux d'Embden. Dans cette vùë il envoya des députés à la Haye, pour fe juftifier auprès des Etats fur ce qui s'étoit paUé , ôc pour les affùrer qu'il étoit difpofé à exécuter le traité, dont on étoit convenu à Delft. Les Etats de leur cotéfejufti fièrent au- près de l'Empereur & des Electeurs , d'avoir envoyé du fecours aux habitans d'Embden qui appartiennent à l'Empire , contre le comte de Frife, qui les inquiètoit mal à propos. Ils repré- fenterent. Qu'ils n'avoient eu en cela aucun deflein , ni de contefter le droit de l'Empire, ni de préjudicier en rien à ceux de l'Empereur : Qu'ils ne l'avoient fait que pour leur fureté par- ticulière ', parce qu'ils étoient pcrfuadés que les comtes de Frife n'avoient entrepris toutes ces violences contre la ville d'Embden qu'à l'infiigation des Efpagnols, & pour leur faire plaifir : Que ce foupçon étoit d'autant mieux fondé , que le irere du Comte tenoit un rang diftingué à la cour de l'Archiduc,
là HISTOIRE
. & que ce Prince lui-même avoit pris le titre de comte delà Henri ^""^^"^ Orientale au traité de paix , qui vênoit d'être conclu à jY Vervins : Qu'ainfionne devoit point être étonné qu'ils euflent I do £ cherché à foûtenir en cette occafion leurs intérêts, auffi-bien que ceux de leurs voifms & de leurs amis. En conféquence on renoua par l'entremife des Etats la négociation, qui étoit com- mencée entre les comtes de Frife & les habitans d'Embden. Je rapporterai dans la fuite quel en fut le fuccès. Mo-t du ^^ ^^^ ^^ p^^^ rien de fort particulier en Allemagne : tout duc de Mer- y étoit pourtant en mouvement à caufe de la guerre de Hon- grie. Le duc de Mercœur à qui le fuccès qu'il avoit eu à Albe-
cm\ix,
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Royale , caufoit un plaifir d'autant plus grand , que la compa- raifon, qu'on faifoit de la victoire qu'il avoit remportée, avec la perte de Canife , lui donnoit un luftre nouveau , s'étoit rendu à Prague, où l'Empereur le reçut avec toute la diftinc- tion que méritoicnt fes fervices. Lorfqu'il prit congé de fa Majefté Impériale , il lui donna parole , que dès qu'il au- roit mis ordre à ks affaires domeftiques en France, il revien- droit avec la permilTion du Roi , fe mettre à la tête de l'ar- mée de Hongrie , dont on l'avoit de nouveau déclaré Gêné* ralifTime j mais la mort qui le furprit à Nuremberg fempêcha de tenir parole , & de contenter un Ci louable defir. Ce Prin- ce avoit un efprit élevé , & né pour les grandes chofes , joint à une prudence confommée 5 un peu trop lent peut-être à fe dé- terminer à l'approche du péril , quand il s'y voyoit engagé , il s'en démêloit avec toute la préfence d'efprit, & toute l'ha- bileté pofTible. Comme il avoit été en France le plus puiffant de tous les généraux de la ligue après le duc de Mayenne, ôc qu'il s'étoit acquis une grande réputation à la bataille de CraoH , fâché de fe voir par la paix réduit à la condition de (impie par- ticuher 5 il avoit faifi avec joye l'occafion d'aller fe fignaler en Hongrie , réfolu d'y pafler le refte de fes jours loin de fa pa- trie , de fa femme, & de fa fille héritière de Cqs grands biens, plutôt que de languir chez lui dans une Idche oifiveté, & de donner lieu depenfer qu'il préférât la faveur peu durable d'une cour fainéante, au foin de conferver la gloire qu'il avoit déjà acquife, ôc qu'il ne pouvoit manquer d'augmenter après un dé- but fi brillant. Il mourut le dix-neuf de Février âgé de qua- rante-trois ans.
A fon
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A fon exemple CHarle de Gonzague de Cleve duc de Ne-
versjaprés avoir parcouru différentes cours de l'Europe , fe ren- Henri dit en Hongrie 5 ôc tout jeune qu'il étoit , il voulut auffi avoir j y^ part à une guerre, où il y avoit tant de gloire à acquérir. La i (^02, première chofe qu'il alla voir fut le fameux camp d'Oftende, dont toutes les parties croient difpofées avec un artfi merveil- ducX^^Ne-'* leux. Il làlua enfuite l'infante à Nieuport , ôc il en fut très-bien vers en Hon- reçu 5 de là il paffa en Angleterre , où la reine Elizabeth lui fit ^^^^' de même de très-grands honneurs. D'Angleterre il retourna en Zelande , & enHoilande, où il admira l'opulence des vil- les, le bel ordre du gouvernement, les forces ôc la puiffan- ce de ce nouvel Etat, qui commençoità fe rendre formidable aux Efpagnols mêmes : il traverla enfuite l'Allemagne, falua en paffant les éledeurs de Saxe ôc de Brandebourg, rendit fes refpe6ts à l'Empereur à Prague, ôc pouffa fon voyage jufqu'à Cracovie,d'oùil revint à Vienne. De là après avoir lalué l'Ar- chiduc Mathias , ôc avoir fait fes équipages , il partit fur la fia du mois d'Août, ôc fe rendit à l'armée Impériale en Hongrie* dans le rems qu'Albe-Royale étoit preffée par les Turcs plus vivement que jamais.
Déjà les Heiduques , qui avoient défendu long-tems le faux- PnTcd'Aib&. bourg fortifié qui couvroit la ville, avoient enfin été forcés Koyalcparlg* dans un affaut , ôc prefque tous paffés au fil de l'épée. Les trou- "'"* pes du fecours s'affembloient auprès de Papa fous les ordres du comte Nadafti avec qui le duc de Nevers paffa deux jours. Ce fut pendant ce tems là que les Infidèles fe rendirent maî- tres de cette place, où \qs Chrétiens firent une perte confidé- rable.
Après la prife d'Albe-Royale, le Duc fe rendit à Javarin au " commencement de Septembre. Celui qui commandoit l'armée de -l'Empereur étoit Chriftophle de Rufworm grand Maréchal de camp. Le duc de Nevers le pria de trouver bon qu'il vi- fitât avec un détachement le camp des Turcs , qui étoit à une journée de là. Il y alla accompagné du comte de la Tour, Ôc ayant trouvé une garde avancée de deux mille de ces Infidè- les, éloignée d'environ une lieue du gros de leur armée , il les chargea, les mit en défordre j ôc quoiqu'il fe fut détaché un f lus grand corps de Turcs pour le pourfuivre, il fe retira heu- i.eufement. Cependant on étoit dans l'incertitude de ce que Tome XIF, G
Tt HISTOIRE
r les ennemis entreprendroient avec de fr grandes forces, on
Henri ig"c>^o^^ encore s'ils iroient en Tranfylvanie fecourir Tfchiak, -j Y^ qui étoit prcfTé par le gênerai Bafte , ou s'ils feroient le fiége de
s 5 o 2. ^ran j lorfqu'Ali Bâcha , ci-devant Gouverneur de Canire, ôc alors Gouverneur de Pefî: defcendant le Danube, pour aller au- devant du Grand Vizir Aflan , fut fait prifonnier par les Hei- duques , qui étoient en garnifon dans Comore. On fçut par ce moyen que le Grand Seigneur ne pafTeroit point cette année là en Hongrie : Qu'il avoir envoyé le Vizir pour reprendre Albe-Royale, 6c taire lefiége de Gran , ôc que les Tartares avoient ordre , dès que cette place feroit afîîégée , de ravagée tous les environs avec un corps de quarante mille hommes, & de jetter des vivres ôc des troupes dans Bude ôc dans Peft.
SiégedeBu- Sur cet avis l'Archiduc Mathias ayant tenu Confeil, il fut delaftsfuccès. ^r^^^^ ^,^^^^^ ^ g^^^ ^^^^^^ que l'armée des ennemis fut plus
nombreufe. Sur le champ Rufworm marcha contre cette place à la tête de vingt mille hommes de pié ; Ôc de cinq mille chevaux 5 ôc ayant ouvert la tranchée , Ôc remarqué beau- coup d'agitation dans la ville , il attaqua à l'inflant la partie baffe , ôc s'en rendit maître, les Turcs s'étant retirés dans la hau- te ville.
Il y avoit un pont de communication entre Bude Ôc Pefl: i . par ce moyen les Turcs paffoient d'une place à l'autre, ôcpor- toient fans danger des vivres ôc des fecours aux affiégés. En: rompant ce pont on rompoit cette communication , ôc on di- vifoit les forces des Infidèles. Ainfi nos Généraux mirent fur le Danube des barques pleines de feux d'artifices , ôc lorfqu'el- îes furent près du pont , ces brûlots ayant été lancés , ôc nos troupes fécondées du canon venant à l'appui , le pont fut rom- pu j en même-tems on donna l'efcalade à Pefl: » qui fut affailli vigoureufement , ôc où l'on fit un grand carnage des ennemis. D abord ils avoient demandé à capituler 3 enfuite comme oit ne les écoutoit pas , ils fe rallièrent dans les endroits les plus forts de la place î enfin on fe rendit maître de ce pofle , qui fut emporté ou rendu à compofition.
Il reftoit encore à prendre la ville qui eft de Tautre côté du: Danube. On racommoda donc promptement le pont, ôc on fe difpofoit à marcher à l'attaque , lorfqu'on vit paroître les Turcs qui veiioient au fecours. Aufli-tôt on envoya Golnita
Henri
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avec un détachemeiit de cavalerie pour les amufer par des ef- carmouches : mais comme ils étoient plus forts que lui , ils l'obligèrent à prendre la fuite; ce qu'il fit avec fi peu d'ordre ^j^^ que nos troupes qui attendoient de fes nouvelles devant Peft penierent être culbutées. Le duc de Nevers fe fignala beau- ^ <^ o 2. coup , ôc fit voir une grande préfence d'efprit en cette occa- fion. Le comte Martinengue fut tué à fes côtés , en combat- tant courageufement. Enfin lorfqu'onfut revenu de cette pre- mière frayeur t après avoir mis une bonne garnifon dans Pefi:, on réfolut de nouveau de donner l'afifaut à la ville de Bude5 & comme la faifon commençoit déjà à être avancée , on n'at- tendit pas plus tard que jufqu'au 22 d'Odobre. L'a£lion fut vi- ve de part ôc d'autre. Nos troupes fatiguées par la vigoureufe réfiftance des afiîégés commcnçoient à plier , lorfque le duc de Nevers , emporté par le feu de la jeunefife , fe mit à leur tête, pour les obliger à faire ferme j mais il reçut en ce moment dans l'épaule gauche un coup de moufquet , dont la balle pé- nétra entre le poumon , ôc le péricarde fans pourtant ofi^enfer les parties nobles î on l'emporta fur le champ hors de la mê- lée , ôc nos troupes rebutées , fe retirèrent 5 on compte que nous perdîmes deux mille cinq cens hommes à cet afl^aut. Après cette tentative, on commença à défefpérer de réufiir ,ainfi on remena l'artillerie au camp après avoir mis une garnifon nou- velle dans Peft. Les Turcs de leur côté jettérent des vivres Ôc des troupes dans Bude, ôc fe retirèrent dans les places des environs.
D'un autre côté le général Bafte pouffoit fes conquêtes en Exploits du Tranfylv^anie. Il avoir remporté l'année précédente une eran- S'^'!?'^^ !\^'^^ de victoue lur Battori; celle-ci il attaqua Biltricz, ou toute la me, Noblefie déclarée contre l'Empereur, Ôc les plus riches habi- tans du payis, avoient tranfporté leurs effets les plus précieux. Dès qu'il y eut brèche les Wallons ôc les Allemands montèrent fans ordre à l'afiaut 5 mais ils furent repouffés avec perte. Bafte jugeant donc qu'il falloit aller bride en main, tâcha d'intimider les ennemis, ôc de les obliger à rendre la ville , fans qu'il fût obligé d'expofer fes troupes. Dans cette vûë il fit publier dans tout fon camp , qu'un tel jour il donneroit l'afTaut , ôc qu'il aban- donneroit le pillage de cette ville opulente à ceux qui fe fe- ïoient le plus diftinguès dans cette adion. Toutes fes troupes
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^^^^^_^^^_,^^ fe dirpofoîent donc déjà pour cette grande journée, lorfqueîeàf _-. " habitans envoyèrent à ce Général , pour le prier de ne point
j^T ^ mettre contre eux la force en ufage , ôc l'affurer qu'ils étoient prêts de traiter avec lui.
On drefla donc un projet de capitulation; mais les afTiégés l'ayant trouvée trop rude ^ & Bafte ne voulant pas l'adoucir, on recommença à battre la place , au grand contentement du foldat, qui dévoroit déjà dans (on cœur le riche butin qu'il fe promettoit ; mais au grand regret des habitans qui crai- gnoient extrêmement d'être pillés. Enfin Baitori envoya Ug- nady pour demander la paix à Bafte , & pour lui donner pa- role de fa part , que les habitans fe rendroient à des conditions équitables, ôtqu'àfon égard il fe foumettroit à l'Empereur, ôc le ferviroit fidèlement. Bafte appréhendant que s'il pouiïbit encore les afTiégés , le défefpoir ne ranimât leur courage , les reçut à compofition, à condition qu'ils luipayeroientune amen- de de trente mille écus, qu'il feroit libre aux habitans de refter dans la ville; que ceux qui aimeroient mieux en for- tir, feroient conduits en lieu de fureté, & qu'ils auroientper- miiTion d'emporter tout ce qu'ils pourroient de leurs effets. La capitulation ayant été fignée, il fortit de cette ville environ trois cens hommes, avec quatre-vingt-dix charettes, quipor- toient leurs femmes , leurs enfans , & leurs meubles les plus pré- cieux. Bafte étant entré dans Biftricz, y fit chanter uneMefFe folemneîîe en atlions de grâces, 6c fit publier défenfe à fes troupes d'infuîter perfonne ni de parole, ni d'effet, & qui or- donnoit que tout ce qu'il avoit promis fut pon£luellement exé- cuté. Mais malgré cette ordonnance le foldat perfide emmena comme captifs ces trois cens hommes fortis de la place , & les dépouilla entièrement, malgré l'oppcfition vraie ou feinte de Bafte, ôc des autres officiers de l'armée.
Moyfe chef des Cicules . défenfeur zélé de la liberté de fa patrie, Ôc accufé pour cela d'être d'intelligence avec les Turcs, ne put fouffrir un procédé fi injufte. Ilfe mit à la tête de quel- ques troupes, ôc leur ayant fait voir que les loix que Bafte leur avoit impofées n'étoient pas du goût de la plus grande partie de la Noblefl^e, il en propofa de plus raifonnables. Cette en- treprife l'ayant fait déclarer ennemi delà patrie, il fe retira du côté de Mauris, mais ayant été défait dans un combat qui fe
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donna auprès de Wâ^ifTembouig, il le réfugia dans les monta- gnes. Bafte perdit eftviron cinq cens hommes dans cette ac- J-Ienri tion i & Moyie autour de trois mille , tous gens ramairés de dif- j.y. ferentes nations» ôc par conféquent peu foumis ôç^peu fidèles, j 50. 2-
Battori n'ayant plus d'efperance de fe foutenir, après s'être juftifié fur la révolte de Moyfe, à laquelle, difoit-il, il avoit eu fi peu de part , qu'il s'y étoit même oppofé , vint fe remet- tre entre les mains de Bafte. IirafÏLirade nouveau qu'il feroit foumis ôc fidèle à l'Empereur , & il foufFrit qu'on le menât captif, & comme en triomphe à Weiflembourg. Enfin l'uni- que grâce qu'il put obtenir, ce fut d'être mis par un privilège fpècial au nombre des Barons du Royaume de Bohême. C'eft là que ce Général , illuftre par tant de vi6loires , comme on le publioit partout peu de tems auparavant , ôc principalement en Italie, cejjf rince loutenu par Talliance del'Empereur, dont il fe vit déchu depuis à la honte de la nature, alla vieillir dans l'oifivetè ôc dans l'opprobre , fans autre revenu qu'une fimple penfion , qu'on lui faifoif.
Du côté de la Livonie Charle prince de Suéde, ôc Ré- gent du royaume, effuya pîufieurs revers, Ôcla demeure qu'il AfT-nres Je- y fit lui devint funefte , après avoir fait l'année précédente ^'^'û"^^- dans cette province une expédition dont lefuccès fut affez dou- teux. Mais avant que d'entrer dans ce récit , je prieleîedeurde ne pas trouver mauvais, fi je raconte ici tout de fuite ce que j'ai rapporté par lambeaux, ôc fous différentes années ,- dans l'our- vrage que je regardois comme fini. Ce qui m'engage à le ré- péter c'eft que des perfonnes dignes de foi , m'ont communi- qué depuis peu une relation écrite en Allemand par un hom- me , qui a été témoin oculaire de tout ce qui s'eft paflTé , qui par conféquent eft plus croyable que les mémoires qu'on m'a- voit fournis.
Les Livoniens avoient été tourmentés îong-tcms par la guer- re , par une famine horrible , par les bêtes enragées , qui met- toient en pièces les cadavres, dont la terre étoit couverte , ôc enfin par !a pefte, qui eft la fuite ordinaire de tous ces maux. Devenus la viâime des Suédois, ôc des Polonois , qui tour à tour avoient défolé leurs provinces , encore incertains du parti qu'ils dévoient prendre , ôc penchant fuccefiivement, tantôt pour l'une, ôc tantôt pour l'autre des nations prétendantes „î.t
Ciij
i2^ HISTOIRE
• ne leur manquoit pius^ pour les réduireVà la dernière mifére.
Hou pour les plonarer dans le plus affreux défcfpoir , que de fe E N R I • ^ r^ j • • -1 ri / 1 r ^ u-
j y voir expoles au dernier trait , qui leur rut lance , lorfque par 1 m- . ^ ' terdi£lion de la liberté de confcicnce , on les obligea d'être les témoins de Péxil des miniftres Protellans chaffés de toute la pro- vince j ôc de la ruine de tous leurs temples. On peut dire que c'efi: là ce qui les a révoltés contre les Polonois ; c^efl; ce qui a fait la force du prince de Suéde bien plus que fes propres troupes j c'eft ce qui lui a ouvert fi rapidement les portes de Pernau, de Solen, d'Uberpalen 6c de Leiffi fuccès, qui l'ont encouragea attaquer Félin, pofte tenu jufqu'alors pour impre- nable, qui s'eft enfin rendu, malgré la réfiftancedes Hongrois, qui y étoient en garnîfon.
D'un autre côté Farenfbeck à la tête d'environ quinze cens Livoniens ôc de cinq cens Polonois faifoit dejlcourles dans la Province^ attaquoit fouvent les Suédois, ôc leur tuoit beau- coup de monde. Il employa même la rufe contre eux. Un jeune homme alla fe rendre à Charle bâtard du prince de Suéde , fous prétexte que Farenfbeck l'avoir traité de la ma- nière la plus indigne. Après ce début il lui perfuada qu'il fe- roit aifé de prendre Karkus , où il y avoir une grande abon- dance de vivres, ôc où Farenfbeck avoir mis en dépôt toutes qu'il avoit de précieux. Le bâtard donna dans ce panneau ; il obtint de fon père cinq cens hommes , marcha de ce côté là avec fon guide perfide , qui le mena par des chemins cou- verts de bois , ôc lorfque le traître fut proche de la ville , il piqua fon cheval ^ fous prétexte d'aller donner le fignal à fes complices ; mais en effet pour avertir Farenfbeck , qui fit auffi-tôt fortir fes troupes de leurs embufcades , envelopa le bâtard , ôc le tailla en pièces. PrifeaeKar- Le piince de Suéde ne fut pas plutôt inftruit de cet acci- kas par le j^j^j. ^^g brûlant du défir de veiif^er fon fils , il invertit aufli-tôt
prince de 1 .„ , . r' J T7- 1 J • i •
5>ticdc. la place. La garniion etoit compolee de rinlandois que le roi
Sigifmond y avoit mis. D'abord ils fe défendirent courageufe- ment ; mais après avoir foûtcnu deux affauts , où le Prince fut repouffé, ils fe rendirent enfin à des conditions honorables, en- tr' autres, qu'ils fortiroient enfeignes déployées, ôc qu'on les conduiroit en lieu de fureté. On trouva réellement dans la pla- ce une quantité prodigieufe de provifions, ôc toutes les richeffes
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de Faren{beck. Sur«Jquoi quelqu'un lui ayant demandé ^ pour- — ^.».Luu..tu.> quoi il n'avoit pas mis fes effets en fureté à l'approche du Prin- }j p j^j ^ x ce de Suéde ? Il repondit avec fanfaronade que c'étoit parce j y qu'il étoit bien aife qu'à laprife de cette ville Charle vît qu'il , , '^ navoit pas affaire a un homme de rien.
Cependant au fond que pouvoit-il faire avec deux mille hom- mes contre un Prince vainqueur , qui en avoir vingt mille à fa fuite ? tout au plus fatiguer par quelques efcarmouches cette armée plus confidérablepar le nombre de fes foldats^ que par leur valeur ; auffieft-ce ce qu'il fit avec affez de bonheur jufqu'à l'arrivée de Chriffophle Radzevil gouverneur de tohuanie. Exploits (Je qui fe rendit de Vilna dans cette province à la tête des trou- pes du roi de Pologne. Alors les deux partis fe trouvant à peu près égaux, les Polonois d'un côté , les Suédois de l'autre avec quelques Allemands , exercèrent à l'envi les plus affreufes cruautés contre les malheureux Livoniens. Les cheveux dref- fentà la tête quand on ht tout ce que la licence du foldatleur fit fouffrir : de jeunes filles deshonorées impunément aux yeux même de leurs pères ôc mères : des femmes forcées en préfen- ce de leurs maris attachés à des pieux j ôc même fur leur corps. Pendant que les foldats étoient occupés à ces excès , les Lappons vinrent tout d'un coup fondre fur eux , auprès de Sysdgalî , 6c tuèrent douze cens de ces pillards à la vue de MathiasDe- binski , de Louis Weier^de Léon Sapyha, de Kriskewitz, & de quelques autres, ôc de Farenfbeck lui-même. Delà on alla camper à Wenden : les Suédois, qui croyoient être maîtres de la campagne, ôc que les ennemis n'oferoient paroître, fe voyant tout d'un coup attaqués par Spigel ôc par Fitting à la tête de l'infanterie ennemie, prirent la fuite, ôc la glace s'étanr rompue fous leurs pies pendant qu'ils traverfoient la rivière ,. la plupart périrent miférablement. Après cet avantage les Po- lonois repalTérent en Lithuanie , ôc pillèrent en chemin Koc- kenhaufen, où ils commirent les plus grandes cruautés. De- binski refia par cette retraite expofé à la fureur des Suédois: mais il fe réfugia dans fon château de Pohatge , où ayant été- bien- tôt après abandonné de tout le monde , il fut enfin pti^ par Farensbeck.
Après la retraite des Polonois, l'armée Suedoife vint atta- quer Derpt, qui eu la ville la plus riche de toute la Livanie
H E N R IV.
1602.
Tentative <îes Sicdois fur Kokcn-
24 HISTOIRE
m après Revel 6c Riga. La garnifon de la ^lace avoît pour com- j maiidans George Schenning , Henri Stammel , & Herman Wrangcl , qui après avoir fait plufieurs forties ôc foi^itenu di- vers aiîauts , ne voyant aucune efpérance de fecours , fe ren- dirent ôc demeurèrent prifonniers. Ce fut le peuple qui les for- ça à capituler. La ville fut fauvce du pillage i mais le château ~fut abandonné à la merci du foldat.
Dans l'efpace de fix mois , c'eft-à-dire, depuis le mois de Juillet \6oo, jufqu'au mois de Février i5oi, Charle conquit prefque toute la Livonie , moins parla valeur de fes troupes, que par la mauvaife conduite , ôc par la lâcheté des Polonois, à qui il ne refta que les places ôc les forrereffes fituées fur la Duine j comme Dunemonde , Riga , Kokenhaufen^ Schwane- bourg , ôc quelques autres fur la frontière de Mofcovie. Ce Prince écrivit enfuite aux habitans de Riga , pour les exhor- ter à fe donner à lui 5 mais ils lui réponduent : Que quand ii feroit maître de toute la Livonie , ils ne laifleroientpas défaire ce que le devoir demandoit d'eux. De là il entra dans le du- ché de Semigalen, après avoir palTé la Duine avecfon armée, qui à l'incendie près , fit dans le territoire de Riga tous les maux qu'on peut imaginer. Il fe rendit maître d'abord de Treiden, d'où il marcha à Refitten , oiiMathias Karkofski, écoit en garnifon avec deux cens Heyduques. Ce commandant ne fe fentant pas aflfez fort pour défendre la place , invita Star- berg commandant du fort de Ludzcn , qui n'étoit pas éloigné de là, à venir fe joindre à lui , pour attaquer les Allemands , qui n'étoient pas fur leurs gardes. 11 lui fit entendre qu ils fe- roient un butin confidérable , après quoi ils fortiroient enfem- blede la Province. Cette propofitionfit tant d'horreur à Star- be; -j , qu'il crut devoir avertir les Allemands du deffein de Karkofski, afin qu'ils prifient leurs mefures. Sur cet avis ils raifemblérent grand nombre de payfans, ôc ayant attaqué Re- fitten , ils prennent j maffacrent impitoyablement Karkofski , fa femme ôc fes enfans , 6c livrent enfuite la place aux Sué- dois,
Charle, animé par ces fuceès, va camper de là fur îa fin de Mars à la vûë de Kokenhaufen. Kouszoreki en étoit Gouver- neur. Il fit jurer à Staniflas Rubofskynski brave foldat , à Stau- rota, à Eziganski Bialoflbn , Ruifiea de nation , ôc à tous les
habitans
DE J. A. DE THOU. Liv. CXXVII. 2;
habitans qui étoient en âge de porter les armes , qu'ils verfe- »
roient plutôt jufqu'à la dernière goûte de leur fang , que de fj g |sj r i parler de fe rendre. Cependant le 22 de Mars le prince de j y, Suéde donna un aflaut général à la place, ôc dans cette atta- 1 (5 02» que il tua lui-même d'un coup d'arquebufe , Kniafz Polebinski. Le lendemain il la fit afiaillir une lèconde fois , ôc emporta la ville. Lès Polonois en fe retirant dans la citadelle, jettérent dans le foffé le canon dont Charle (ouhaitoit fort de fe rendre maître : il envoya enfuite un trompette t pour les fommer de fe rendre j mais au lieu de répondre, ils le tuèrent à coups d'ar- quebufe.
Cependant les Polonois , qui avoient abandonné la Livo- Exploits nie, ravageoient toute la frontière de cette province du côté dcSiansku de la Lithuanie , & tous les peuples de la Curlande fuyoient de toutes parts pour ne pas tomber entre les mains des Suédois. Dans ce defbrdre extrême, Sicinski un des plus confidérables gentilshommes de la province^ raffembla fix cens Polonois fu- gitifs ôc deux cens chevaux , ôc alla fe pofler à Bierfen ville de la frontière , qui n'eft qu'à fept mille de Kokenhaufen , pour y attendre les Suédois. Charle en avoir détaché environ qua- tre cens, qui étoient prêts à entrer dans la Lithuanie. Sicinski les arrêta ; ôc il fçut par un jeune homme pris par les Cofaques, que Charle étoit encore devant la citadelle de Kokenhaufen avec feize mille hommes j ôc qu'il avoit réfolu , dès qu'il feroit maître de cette place , d'entrer en Lithuanie avec fix mille hommes.
Ce bruit s'étant aufïî-tôt répandu parmi les Polonois, ils fu- rent prêts d'abandonner la ville, ôc defe retirer dans le cœur du pays. Sicinski eut beaucoup de peine à empêcher par fa fer- meté une fuite fi honteufe. Cependant Charle donna deux af- fauts confécutifs à Kokenhaufen dansl'efpace de fix heures j ÔC ayant été toujours repouffé , il voulut avoir recours à la mine. Les Livoniens l'en détournèrent , en lui repréfentant qu'il ne falloit pas ruiner une place fi~bien fortifiée. On recommcn(;a donc à battre vigoureufement la muraille, Ôc peu de tems après on y donna l'aiTaut , qui fut foûtenu avec beaucoup de valeur parues afiiégés. Pierre Stolp un des premiers colonels del'ar- niée Suedoife , y fut tué à côté de Charle. Enfin le froid com- pençanc à diminuer , Ôc les glaces à fe fondre, ce Prince leva Tome Xir. D
iï6 HISTOIRE
le fiége de la citadelle , ôc fe retira après avoir laiïïe dans la
ri ~ ville une grofle garnifon fous les ordre's de Schnenfen. En-
^ J^ ^ fuite ayant congédié une partie de fon armée , il diftribua le refte dans les places, fur rafifûrance que lui donna Tiefenshau- ^ '^* fen j qu'avant la fête de Saint Jacque , qui arrive le vingt- cinq de Juillet, il n'entreroit aucunes troupes Polonoifes en Livonie , & que s'il s'en préfentoit pour y entrer , il fc^auroit bien les en empêcher. Elles parurent cependant dès le commen- cement de Mai , ôc les Suédois payèrent cher leur fotre cré- dulité. Delà Charle fe rendit à Derpt, oli les AmbafTadeurs d'Angleterre l'attendoient.
Cependant les troupes qui étoient afïiégées dans la cita- delle de Kokenhaufen , follicitoient Sicinski de venir à leur fecours. Il éluda quelque-tems leurs prières i mais enfin crai- gnant que la place ne fût en péril , il prit avec lui huit ceni chevaux , ôc vint à la rivière de Memmel qui (èpare le Se- migaîen de la Lithuanie. Elle étoit alors débordée , ce qui effraya fa troupe > qui ne voyoit point de bateaux pour la paffer. Sicinski armé comme il étoit, entra le premier dans la rivière ) ôc la pafTa à la nage? le refte animé par fon exem- ple eut honte de fa peur, ôc tous pafférent , fans qu'il fe per- dît prefque un feul homme. Le chef piqué perfonneilement contre Frideric duc de Curlande, ne garda aucunes mefures , ôc il lâcha abfolument la bride à fes troupes. Tout fut mis à feu ôc à fang, fans aucune diftinèlion d'habitans du pays ou- d'Allcmands j ôc pour répandre plus d'effroi , Sicinski eut la- cruauté d'enfoncer des demi piques dans les corps à dix ou douze fourageurs qu'il avoir pris , & les fit planter ainfi vis- à-vis de la forterefie de Bekerhaufen , afin de donner ce fpec- tacle à la garnifon : ces malheureux vécurent encore plufieurs heures en cet état. 11 bâtit enfuite un pont , au-deffous de cet endroit , ôc tira Ces matériaux de plufieurs cabanes de bois , qu'il détruifit. Un gentilhomme du pays avoir tâché envain de Ven empêcher: ne pouvant en venir à bout, il envoya un de fes payifans donner avis aux Suédois , qui étoient dans la ville de Kokenhaufen , que Sicinski , étoit arrivé j mais ce traître , au lieu d'aller avertir les Suédois , rapporte le fait aux Pj^lo- nois même , ôc ayant reçu d'eux quelques foldats , il va pren- dre fon maître j Ôc le livre entre leurs mains, lis lui firent
Si
DE J. A. DE THOU, Liv. CXXVII. 27
donner la queftion^'ôc comme iln'avoûoit rien, ils le percé- 1 m
rent à coups d'efponton , fupplice qui en ce payis-là eft allés Henri ordinaire. j y.
Sicinski s'étant mis en marche fur la fin d'Avril , alla d'à- 1602. bord au fecours de la citadelle de Kokenhaufen , où les fol- dats manquoient d'eau : ôc il les alïïira que leur mauvaife for- tune finiroit bien-tôt, s'ils continuoient d'être fidèles. Dans ce même-tems Jean Tiefenhaufen , qui avoit affuré que les Polo- nois ne paroîtroient pas avant la fin de Juillet , ôc George de Refen s'étant charges de mener un convoi dans la ville de Ko- kenhaufen , où la garnifon étoit réduite à une extrémité fâ- cheufe , au lieu de faire diligence , s'amuférent à boire fur la route. Sicinski inftruit de leur marche les furprit lorfqu'ils s'y attendoient le moins auprès du village de Stockmashoffe, les tailla en pièces ,ôc prit leur convoi ôc leurs bagages. Cet évé- nement abatit autant le courage des Suédois , qui étoient dans la ville , qu'il releva celui de la garnifon de la citadelle : la face des chofes avoit tellement changé , que ceux de la ci- tadelle, qui étoient afiiégés auparavant , fembloient à leur tour affiéger la ville: car fur le bruit de cette vidoire il venoit tous les jours des Lithuaniens grofiîr le corps de Sicinski j ôc Rad- ziwil ) qui étoit retourné dans cette province pour marier fon fils , n'eut pas plutôt fini cette affaire qu'il fe mit à faire des levées , ôc affembla en peu de tems un corps de fix mille hommes.
Déjà l'armée étoit prête à fe mettre en marche j ôc quoi- qu'elle fût à peine de quinze mille hommes , les goujats ôc les valets dont elle étoit fuivie , en faifoient paroître cent mille. Radziwil fit outre cela venir de Riga trois cens Allemands ôc du canon , ôc le 19 de Mai il mit le fiége devant la ville de Kokenhaufen. Le Gouverneur craignoit fi peu qu'on ne l'at- taquât , qu'il fit de lui-même abattre une partie de la muraille pour engager les Polonois à venir à l'afi^aut : il avoit fait tirer en dedans un bon retranchement , ôc s'étoit pourvu de quan- tité de feux d'artifices j pour les bien recevoir : mais il man- quoit de vivres, ôc fes foldats après avoir mangé tous les ani- maux, dont les hommes fe nourriffent, ne vivoient plus que de chiens, de chats, ôc de cuirs.
Le bâtard du prince de Suéde informé de l'état où ils étoient
2.S HISTOIRE
I. ôc de la défaite de Tiefenshaufen , réfolut de les fecourir. Quoi-
Henri ^"^ rentreprife fut hazardeufe , il embarqua fon convoi fur la j Y^ Duina , ôc ayant fait embufquer des troupes en différens en- i6 o'-^ droits de la foret , il fe mit à Pavant-garde avec trois cens hom- mes. Aufli-tôt Liskowitz eut ordre de marcher à lui à la tête de quatre cens. Alors le Prince fe voyant attaqué , fe retira infenfiblement jufqu'à l'endroit , où fes troupes étoientcmbui^ quées : Liskowitz , qui le pourfuivoit toujours , fe vit tout d'un coup enveloppé , ôc fut tué avec tout fon monde, à la referve du colonel Simakouski, qui fut fait prifonnier par les Suédois. Cet échec n'étonna point Radziwil î il détacha fur le champ Sicinski fuivi de mille hommes d'élite, avec ordre de pour- fuivre l'ennemi , fier de fa viftoire , & de réparer la perte qu'on venoit de faire. Sicinski inftruit par un payifan de la marche du bâtard , & de fes troupes , les joignit au village d'Oelle. Ils avoient devant eux des tables bien garnies , ôc ilsfe difpo- foient à en faire bon ufage. Cependant ils ne furent point ef- frayés de l'arrivée de Sicinski , quoiqu'ils ne s'y attendiffent pas ; ils prennent les armes à l'inftant , & répouflent l'ennemi avec beaucoup de bravoure. Les Allemands fe diftinguérent fur-tout en cette occalion : il y a même lieu de croire qu'ils auroient eu le deffus, fi le bâtard ne les eut pas abandonnés. Comme il fe défioit du fuccès , il fe réfugia dans le château du lieu , oii ils étoient. Il perdit en ce combat Fabien Tiefen- haufen ancien officier d'une valeur éprouvée : ce fut un Po- îonois qui le perça de part en part d'un coup de lance. Jean Saf- fewegen demeura auflTi fur la place avec une vingtaine d'Alle- mands. Du côté des Polonois ôc des Lithuaniens il y eut plus de trois cens hommes tués , fans compter ceux qui mouru- rent depuis deleursbleffùresj cependant ils demeurèrent maî- tres du champ de bataille, ôc des bagages des Suédois. A l'é- gard du bâtard, il fe fauva la nuit du château où il s'éioit re- tiré. Sicinski vainqueur s'abandonna au pillage, mit tout à feu & à fang , ôc eut la cruauté de faire brûler dans un château voifm une troupe de femmes qui s'y étoient enfermées pourfe mettre à couvert de la fureur du foldat. La terreur qu'il répan- dit par-tout Ht rendre quantité de châteaux ôc de villes , qu'il faccagea cruellement , après quoi il s'en retourna joindre l'ar- 4ïiée. Son procédé irrita extraordinairement les Suédois ; c^*.
E N R
DEJ. A. DE THOU,Liv. CXXVII. ^9
'difoient-ils , fi les Pdjonois & les Lithuaniens dans une vi£loi- ^^ re aflez douteufe ont montré fi peu de modération, queferoit- tt ce s'ils avoient remporté une victoire complette l Que n'au- ^ ^ ' rions-nous pas à foufFrir de l'infolence de pareils maîtres f
Le bâtard délivré de ce péril , & réfolu de tenter encore la Dcfjue^des Fortune , prend mille hommes de pié > &c quinze cens chevaux , Suédois. rallie autour de lui tout ce qu'il y avoit de Suédois dans le payis , ôc fe met en marche pour tâcher de fécourir Koken- haufen. Il arriva le douze d^èr Juin à un mille de la ville, où il s'arrêta , & commença par fe retrancher avec fes chariots. Le lendemain cent chevaux Allemands étant fortis defoncamp ôc ayant attaqué les Polonois , après un léger combat , les deux armées fe mirent en bataille. Brangel faifoit la première ligne des Suédois avec les troupes qu'il avoit amenées de Derpt. Il ctoit fuivi de George Kindener de Rofenbergh, avec lesgar- nifons de Pernau Ôc de Venden. Dans l'armée Polonoife ce- lui qui commandoit la première ligne étoit J. Radziwil , fils de Chriftophle , avec fon coufin germain George Radziwil ôc l'étendard noir du .Vaivode de Troskow.
Ceux qui fe diftinguérent le plus dans ce combat furent les Allemands : ils mirent en fuite les Lithuaniens , les pourfuivirent une lieuë durant , ôc prirent leur canon dont ils encloûérent une partie. Sicin?ki avoit en tête l'infanterie Suedoife , qui faifoit un feu terrible de fa moufqueterie : mais malgré cela il ne bran- la point de fon pofte. Charle Koskowitz voyant que fes trou- pes commençoient à plier, court à toute bride, les arrête, ôc s'étant mis à leur tête il charge vigoureufement les Livcniens qui le reçurent de même. Cependant les Polonois perdoient plus de monde , que les Allemands. Le bâtard étoit à la tête de la cavalerie , ôc c'étoit de là que dépendoit la vi6loire : mais cet homme effrayé du nombre des ennemis , ôc ne fe fiant pas à la valeur de fes troupes , fongea trop tôt à le retirer , ôc fa retraite livra la vi£loirc aux Polonois. Les Allemands Ôc fin- fanterie Suedoife abandonnés par la cavalerie , mirent toute leur refilburce dans leur courage, ôc combattant en defefpércs ils firent acheter cher la vidoire aux ennemis. L'a£tion dura depuis fept heures du matin , jufqu'à deux heures après midi. Comme les Allemands ôc les Suédois avoient combattu avec une fermeté étonnante ^ fans quitter le pofle qu'ils gardoient ^
Diij
50 HISTOIRE
— — il y en eut environ deux mille de tues. Pu refte on fit peu de
Henri priri>nniers , les plus confidérables furent George Kindener de j V^ Rofenbergh , Thomas Bork, Wergandi, François de Warda, 1602. ^^ brave Hcrman Wrangel , Tiefenhaufen , & quelques Groen- landois. La perte des Poionois & dei. Litiiuaniens fut encore plus grande. Cependant comme ils reftérent maîtres du champ de bataille, Chriftophle Radziwil fomma la garnifon de Ko- kenhaufcn , de fe rendre j & après de longues conteftations , les Suédois y confentirent enfin, à él^ndition d'avoir la vie fauve. Après l'accord ils fe retirèrent dans une Eglife où les Poionois étant entrés, animés par la haine ôc la fureur, ils alloient maf- facrer ces malheureux qui n*étoient pas en état de fe défendre, lorfque Radzixv'il les tira de ce lieu par une petite porte de der- rière. De là ils fe hâtèrent de forrir delà ville par la porte qui donne fur îa rivière, hommes, femmes, enfans ; mais après avoir évité le fer des Poionois , ils allèrent fe précipiter eux- mêmes dans la Duine , ôc y périrent tous. Cette a£lion de defeG- poir fut diverfement interprétée :ies uns la regardèrent comme une punition deDieu,qui par là vouloir les punir de leur invafioîi injufte 5 Iqs autres crurent qu'ils l'avoient fait à deffein , pour en- flammer la haine desLivoniens contre lesLithuaniens & les Po- ionois , ôc les empêcher de fe foùmettre à de i\ indignes maîtres. Après tant d'heureux fuccès Radziwil ayant fait la revue de fon armée marcha du coté de Wenden avec lix mille hom- mes. Il prit fur fa route quelques petites places , que les Sué- dois avoient abandonnées. Cappel , qui ètoit dans Wenden, ne fe trouvant pas en état de s'y défendre , capitula à certai- nes conditions, qui furent obfervècs. Radziwil qui fe dèfioit des Poionois , lui donna trois cens Mofcovites qui fervoient dans fon armée, pour l'efcorter jufqu'à ce qu'il fût en fureté. Il envoya enfuite Sicinski pour réduire les poftes d'alentour. Cet ofBcier trouva moyen de furprendre le château de Geor- ge Kindener, qui avoir été fait prifonnierau dernier combat. Pour cela il fuppofa des lettres de ce Seigneur 5 ôc pendant qu'on ètoit en pour- parler, il entra dans la place, Ôc fît main- baffe fur la garnifon : ayant enfuite engagé les payilans à retirer leurs effets dans cette place, il les pilla, puis brûla le château, 6c retourna j àndre 1 armée.
Il ne reftoit plus que Roncbourg j mais il y avoit fur la
DE J. A. DE T H O U , L I V. CXXVII. 51
loiite le fort de HodirofTeri/ gardé par des Allemands -, ôc il . __<
étoit prefque imporfible de faire le fiége de Roncbourg , fans "4 g jvi {^ t être auparavant maître de ce Fort. Radziwil y envoya des Pc- j y lonois & des Tartarcs , qui attaquant la baffe - cour du château 1 k q o avec des cris épouventables, mirent le feu à quelques cabanes de bois , qu'on y avoit bâties j Ôc dès qu'ils le virent bien allumé , ils fe retirèrent dans la forêt voifme , comptant qu'après leur re- traite les Allemands retireroient leurs meilleurs effets , Ôc aban- donneroient ce pofte. En effet ces troupes , comme ils favoient prévu , fe mettant en devoir de partir, les Polonois fondirent fur eux à fimprovifte, & s'étant rendus maîtres du butin, ils retournèrent au Fort , où ils maffacrérent de la manière la plus cruelle des femmes groffes ôc des enfans qui y étoient reftésc L'obftacle qui avoit retardé le fiége de Roncbourg , étant levé, Radziwil fortifié de deux cens chevaux que le duc de Curîande lui donna , alla camper devant la place, ôc il envoya un trompette, pour la fommer de fe rendre. Mais on le ren- voya avec une réponfe fort fîére. Au bout de quarante jours le liège n'étant guère avancé à caufedes broùilleries perpétuel- les de Radziwil avec Chodkowitz, ôc le duc de Curîande mê- itie, à qui Sicinskifaifoit tous les déplaifirs qu'il pouvoir? en- fin on eut avis que le Prince de Suéde fe difpofoit à rentrer en Livonie avec une nouvelle armée. Les Lithuaniens firent alors la même faute , qui avoit perdu auparavant les Suédois , ils n'ajoutèrent point foi à cet avis, ôc ne fe tinrent aucune* ment fur leurs gardes. A la fin pourtant on détacha Sicinski , pour en apprendre des nouvelles : celles qu'il rapporta rempli- rent le camp d'effroi 5 on fe retira avec tant dedefordre, que cela avoir plus Pair de gens, qui s'enfuyent, que d'une armée qui va donner bataille. Les Suédois animés par la mémoire en- core récente de toutes les cruautés commifes par leurs enne- mis en firent un grand carnage, ôc le butin les dédommagea amplement de celui qu'ils avoient perdu. Prefque toutes les places , qu'avoient prifes les Lithuaniens , ouvrirent eiifuire leurs portes au vainqueur.
Jean de Nalfau fils d'un autre Naffau du mcme nom , ve- * • ' ,
J J r r 1 M • 1 r- r Arrivée de
noit de perdre la remme , dont il avoit eu pluiieurs enfans : jcan âc Naf- pour oublier s'il fe pouvoir fa douleur, il vint au»mois de Juil- ^^u nu c^mj» let trouver Chade de Suéde à Pernau ^ avec des lettres de
32 HISTOIRE
III _■ récommendatlon de réle£leur Palatin. Lp prince Suédois lui
Henri ^^^^^ ^^ charge de Général de fon armées. NafTau s'en excufa j Y^ d'abord : mais on lui fit tant d'inftances , que quoiqu'il vît beau- 1^02 ^^^P de confulion dans ces troupes, & que le jugement in- fluoit moins fur les délibérations , que le caprice ; que d'ail- leurs il y avoir grande difette d'argent ôc des provifions né- cefTaires à la guerre 5 cependant la peur qu'il eut qu'on n'im- putât fon refus à lâcheté , & la penfée qu'il ne lui feroit pas honorable de s'en retourner après un fi long & fi pénible voya- ge fans s'être fignalé par quelque exploit, le déterminèrent à accepter. Ce qui l'y engagea encore fut , qu'il reconnut que le foldat Suédois étoit brave, ôc que fi on le formoit fuivant la difcipline des troupes Hollandoifes > qu'il avoir apprife fous le comte Maurice fon coufm germain , on en pourroit tirer de grands fervices 5 parce qu'il foufïroit aifément le froid ôc la faim , qu'il étoit foumis aux ordres des officiers, ôc qu'il ne traînoit point après lui une troupe de femmes : mais il ne fe chargea de cet emploi , qu'à condition que Charle s'en retour- neroit, pour donner ordre aux affaires de la Suéde, qui n'é- toient pas bien affermies , ôc pour fe mettre à couvert d'un revers qui eft toujours à craindre à la guerre , ôc qu'il auroit foin de lui envoyer exa£tement tout ce qui feroit néceffaire pour l'expédition de Livonie. Il ajouta, Que c'étoit une maxi- me confiante parmi les grands Capitaines , qu'il ne falloir qu'une tête dans une armée ; Ôc que ce qui venoit d'arrivée aux princes d'Allemagne à l'affaire de Reez en étoit une bon- ne preuve : il demanda outre cela , Qu'on lui donnât dix mille hommes de pied , ôc cinq mille chevaux , parmi lefquels on pourroit recevoir des étrangers ; quinze pièces de canon de batterie , ôc quinze de campagne, avec de l'argent, des pro- vifions de guerre ôc de bouche , ôc des armes pour le foldat, qu'il feroit maître de difcipliner , comme on vient de le dire : Qu'il lui fût permis de plus de donner, de l'avis du confeil de guerre , les principaux emplois de l'armée , ceux de Tréforier, d'Intendant , de Maréchal de camp , d'Ingénieur en chef, de Capitaines des patrouilles , ôc des bagages. Il fit dreffer tous ces articles que Charle figna 5 mais il parut , qu'il le faifoit avec quelque répugnance: cependant il y ajouta que NafTau s'engageroit pour un aUjôc qu'il recsvroit pour fes appointemens
les
D E J. A. DE T H O U , L I V. CXXVJI. ^i
les revenus de l'éveGhé de Derpt , qu'on difoit monter à plus ■
de trente mille ccus , mais Naffau ne voulut prendre d'enga- u r m r i gement que pour trois mois, & ftipula qu'on lui fourniroitpar jy mois une certaine fomme pour fa dépenfe. Pendant ce tems la il arriva au camp huit mille hommes de troupes auxihaires. Charle ôc Naflau ibrtirent de Pernau pour s'y rendre, & lors- qu'ils y furent arrivés , le Prince proclama folemnellement Naf- fau Général de l'armée. Il ajouta , pour faire fon éloge, qu'il étoit fon parent, qu'il defcendoit d'une famille très-noble ôc très-illuftre depuis plufieurs fiécles , ôc qui avoit donné des Em- pereurs à l'Allemagne 5 qu'enfin c'étoit unhbmme, qui enten- doit parfaitement le métier de la guerre.
Naffau commença au(îi-tôt à mettre la main à l'œuvre. Tous les jours il rangeoit fon armée en bataille, Ôc faifoit faire l'exer- cice à Ces troupes. Cependant il confeilla à Charle , qui avoit réfolu d'alîiéger Riga , pour obliger les Polonois à lever le fiége de Roncbourg, de ne pas abandonner lagarnifon de cette place , puifqu'il avoit affez d'infanterie pour entreprendre de la fecourir. II l'avertit aufîî d'envoyer d'avance fa groife artille- rie devant Riga fur des vaiffeaux , qui fe tiendroient à l'ancre, en attendant que farmée de terre y arrivât , de peur que s'il attendoit à la faire venir, qu'on fut campé devant la place, il ne vînt des vents contraires, qui empêchalfent le canon d'ar- river, ôc qu'on ne fût forcé de lever lefiége honteufement, ôc avec perte : ce qui arriva en effet. On alla enfuite camper à Lenfel , ôc fur l'avis qu'on eut, que les Polonois avoient levé le fiége de Roncbourg , ôc qu'ils marchoient au-devant des , Suédois, le Confeil de guerre s'étant affemblé, on réfolut de leur épargner la moitié du chemin. Naffau faifoit cependant de grandes infiances , pour qu'on pourvût aux vivres , mais on n'y eut aucun égard. Charle naturellement impétueux, ôc ac- coutumé à faire la guerre fans ordre, ne pouvoit digérer les avis que lui donnoit Naffau. « La guerre, lui difoit-il , ne fe fait «.pas en Livonie, comme en Flandre. Ici le foldat doit fon- o5 ger à fa provifioni les bleds commencent à être murs , malgré » le dérangement de la faifon, ôc les pluies continuelles 5 c'eft s» à lui de pourvoir à fon entretien. « Comme il ne fe trouvoit à Lenfel aucun officier qui entendît les campemens , Naiïau fut obhgé de prendre ce foin 3 ii difiribua les quartiers , ôc affigna à Tome XIF. E
54 HISTOIRE
, chacun le polie qu'il devoit occuper. Comme on campolt fut Henri ^^ bord de la mer, il plaça la cavalerie le long des falaifes: j Y^ de l'autre côté c'étoient des bruyères j il y pofta Ion infanterie. 1^02. Au-deflbuss'étendoit une plaine , par où les ennemis pouvoient venir à eux î il y reftoit encore un vieux retranchement, qui avoir autrefois été pouffé jufqu'à la mer. Naffau y porta quel- ques compagnies d'infanterie , avec vingt pièces de campagne» Enfin il laiffa dans le camp même un efpace vuide^ où les trou- pes puffent fe mettre en bataille , ôc attendre l'ennemi , Ôc il arrangea tout autour les chariots qui fervoient à porter les ar- mes de l'armée. Jaloufic de Charle ayant confidéré cet arrangement , en fut Ci content,
Charle contre ,., r c • t-i • j ^ r •. •
Naffau. q'J ^l s^^ "t i^^^'^ ^^'^ tableau : mais peu de tems après , loit ja-
loufie > foit impatience, il le changea entièrement j il pofta des gardes avancées dans les bruyères , mais fi mal à propos , qu'el- les ne pouvoient fe voir l'une & l'autre ; & cela dans le tems, que l'armée du roi de Pologne n'étoit qu'aune journée dedif- tance. Naffau fentit parfaitement qu'on l'infultoit ; mais il ne fit pas femblant de s'en appercevoir,pour ne pascaufer du dé- fordre dans le camp dans un tems où l'ennemi étoit Ci proche. Cependant comme il appréhendoit le même malheur qui étoit arrivé depuis peuàWenden, fur-tout l'arméeétant comman- dée alternativement par des Généraux différens , il donna en particulier au prince de Suéde les avis qu'il jugea néceffaires; mais l'ayant trouvé réfolu à marcher, il le fuivit en bon ordre. Le bâtard de Charle étoit à la tête de la cavalerie Suedoi- fe ôc Finlandoife j Maurice Urangel Livonien , officier bra- ve ôc expérimenté , faifoit la fonction de Maréchal de camp générai , ôc avoir fous fes ordres mille Reîtres ; Jean Bengel- fon , qui avoit fervi long-rems en France , commandoit l'in- fanterie j ôc Naffau avoit avec lui mille chevaux, ôc une garde Allemande de çjo fantaffins. Outre ces troupes le prince de Suéde avoit deux compagnies de cavalerie Suedoife ôc cinq cens arquebufiers, forces fuffifantes pour exécuter quelque exploit confidérable , fi fa mauvaife humeur , ôc l'averfion qu'il avoit pour l'ordre ôc pour la difcipline , n'y euffent mis un obftacle in- vincible. Dans la marche les Forts de Clenine ôc de Rop fe ren- dirent aux Suédois, ôc l'onft^Lit que les ennemis avoient retiré îe corps, qu'ils avoient poflé fur la rivière proche de Wenden,
DE J. A. D E THOU, Liv. CXXVII. ^f
Plus avant ils trouvèrent trois pièces de campagne abandon- ^^^^__^^_^_ nées , ce qui marquoit des troupes qui s'enfuioient. Quoi- ~IZ "
qu'il fut nuit , Naflau croit d'avis de commander fur le champ ^^ ?^^ ^ la cavalerie pour les pourfuivre. Charlene voulut pas le per- ^^' mettre , que toute fon armée n'eut pafle la rivière : ainfi on per- i '^ o 2. dit le tems de la nuit ôc tout le jour fuivant à faire un pont , ôc on laifTa échaper l'occafion de défaire peut-être les ennemis. Deux efcadrons Suédois s'étant approchés de Wenden, la pla- ce fe rendit. Cependant l'armée ayant pafTé la rivière à Nid- den , ou Nittau , fe trouva à la vue des ennemis 5 mais l'empref- fement qu'on avoit eu , fut caufe qu'on n'exécuta rien , parce qu'on manquoit de vivres , ôc que les Polonois avoient rom- pu tous les chemins. NafTau , qui menoit l'avant-garde , ayant entendu un bruit épou ventable , jugea que les ennemis n'étoient pas loin : il les pourfuivit jufqu au fort de Newmolens , leur en- leva deux coulevrines, ôc quelques petites pièces de canon, ôc il apprit que ce grand bruit qu'il avoit entendu , venoit de ce qu'ils avoient mis le feu à leur poudre. En les fuivant jufqu'à Rodenpis , il combattit trois cens chevaux qui fe reti- roient en bon ordre ^ ôc il leur prit deux cens chariots char- gés de tentes : cent Polonois demeurèrent fur la place dans cette adion. Enfin NafTau s'arrêta à deux milles de Riga, en attendant que Charle arrivât avec le gros de l'armée.
Dans la retraite des Lithuaniens on avoit pris cmq cens cha- riots , fur quoi il s'éleva une difpute entre la cavalerie ôc l'in- fanterie , qui prétendoit devoir partager cette prife. Pendant la querelle tous les chariots de la cavalerie furent pillés, ôc fans ce butin , il en feroit mort un grand nombre de faim. Naflau vouloir qu'on fe fervît de l'occafion pour prefler Riga , ôc qu'on envoyât de l'autre côté de la Duinela cavalerie, qui étoitpof- tée fous les murailles de la ville. Charle fut d'un autre avis ; il alla d'abord à Ne\^molens , où il refta trois jours , au bout defquels il délibéra s'il ne feroit pas mieux d'afliéger Dune- monde. Pendant ce tems-là Farenfbeck s'étoit jette dans Ri- ga avec douze cens hommes , moitié Allemands , moitié Fla-^ mans ; ôc ayant bien fortifié le Fauxbourg , à la tête duquel il fit tirer un bon retranchement , il laifla fix cens hommes dans la ville avec quinze pièces de campagne , ôc fe retira. Lq ^^^p^Jf^^ Confeil n'ayant pas été d'avis d'afliéger Dunemonde , l'armée sucdois.
Eij
3(5 HISTOIRE
^^^^^ vint camper devant Riga le 50 d'Août ver/s minuit : Cela n'em-
* pécha cependant pas les afîiégés d'être informés de l'arrivée des
Henri Sue^Jois, ôc ils brûlèrent toutes les maifons des fauxbourgs, ^ ^' Le Fort que Farenlteck avoir élevé , fut pris d'emblée , ÔC ,1002. palifladé aulTi-tct : il y eut deux cens Polonois tués à cet- te attaque, le refte fe retira dans la ville. Les Suédois s'é- tant amufés ,les uns à piller, les autres à boire, perdirent auffi beaucoup de monde j ôc la plupart furent mis en pièces par le canon de la ville. Les Suédois relièrent quelque tems en ba~ taille, réfolusde préfenter le combat à la cavalerie des Lithua- niens : mais comme elle ne parut point, ils firent avancer le canon deftiné pour défendre le pofte qu'ils occupoient. Pen- dant ce tems-là Radziwil fe retira au-delà de la Duine , & can- tonna fes troupes fur les terres de Guillaume de Platemberg*, en attendant que le roi de Pologne arrivât. Staniflas Zolt- kiewski, qui avoit amené deux cens chevaux au camp, en fit de même.
Cependant la difette des vivres avoit déjà obligé plufieurs fois les Suédois à changer de camp. Enfin ils allèrent camper au folié aux moulins le long de la mer ,à un mille de Riga, ôc à trois cens pas de Duneraonde : là le foldat fe trouvoit fort ref- ferré entre les Dunes, ôcétoitobhgé d'aller fort loin au fou- rage. NafTau bâtit la nuit un Fort auprès de la ville : mais les fol- dats, qu'on y faifoit entrer tour à tour, pour le garder, éroient expofés au feu du canon des vailTeaux du Roi. Il furvint en même-tems de grandes pluies , qui furent fui vies d'un froid très- rude , dont les troupes étoient fort incommodées dans leurs tentes. D'ailleurs les convois arrivèrent vingt jours plus tard qu'on ne les attendoit, 6c fur ces entrefaites on reçût la nouvelle de l'approche du roi de Pologne. Tout cela joint à la ri- gueur du froid qui rendoit le tranfport des convois très dif- ficile , fit lever tumultuairement le fiége le s 8 d'Août. Les Heiduques de l'armée Suedoifes'étantfaius d'une barque , allé^ rent fe rendre aux Polonois , à qui ils apprirent que la fa- mine ôc la pelle défoloient l'armée Suedoife , ôc que leurs fol- dats étoient tous nuds, ôc manquoient de tout ce qui eft né- celTaire à la vie.
Enfin le roi de Pologne arriva le 7 de Septembre à Seel^ bourg dans le duché de Curlande , accompagrké de Jeaii.
D E J. A. D E T H O U. L I V. CXXVII. ^
Zamoyski grand Général de Pologne , ôc s'occupa à bâtir un pont de batteaux , en attendant le refte de fon armée. Il n'y H E N R i a point de cruautés que fes troupes ne commiflent dans cette IV. malheureufe province. Elles défolerent les maifons ôc les cam- i 5 o 2. pagnes , & les habitans infortunés fe virent expofés de leur part Arrivée du aux plus grands excès. Les filles ôc les femmes furent forcées roi de Polo- publiquement aux yeux même de leurs maris arrachés à des ^"^' pieux , comme je l'ai déjà rapporté , comme fi l'exemple rendoit permifes des adions auffi infâmes. Ce fut fur-tout contre les Allemands, que leur fureur fe lignala, il nelesap- pelloient point autrement que traîtres , ôc race de proftituées. Leur habillement tenoit lieu de convidion de tous les crimes? ôc fur ce feul indice ^ on' leur coupoit le nez ôc les oreilles pour les deshonorer. On inventa même de nouveaux fuppli- ces contre ces malheureux , qui étoit errans de côté ôc d'autre -, pour les forcer par la violence de la douleur à avouer ce qu'ils fçavoient, ôc fur-tout à montrer les endroits où ils avoient caché ce qu'ils pofTédoient de plus précieux. On n'épargna ni amis , ni ennemis. Les feize bailliages du duché de Curlande furent entièrement faccagés ôc réduits en uneaffreufe folit-ude. L'armée du Roi n'étoit que de dix mille hommes. Lorfqu'iî en eut fait la revue , il palfa la Duine , ôc vint camper aux en- virons de Kokenhaufen.-
Ce fut de là que le 25 de Septembre on adrefla un mani- Ecrit inju- fefte à Charle duc de Sudermanie; ôc à tous fes fauteurs Ôc ad- "^"^^ envoyé
, , . • r ■ rr %■ rf y, - ■ par Zamoyski
hcrans. Cet cent, qui etoit allez bien compote n etoit point au prmce de au nom du Roi, mais de Jean Zamoyski, de Staniflas Zolrz- Suéde, kiewski, Caftelan deLeopol , ôc Maréchal de Campagne, ôc des autres officiers ôc gentilshommes , tant Polonois que Li- thuaniens. Il portoit en fubflance : 3> Quoique nous n'ayons « aucun commerce avec vous , ni de droit , ni d'aucune autre « manière, puifque vous avez violé à notre égard le droit des *» gens, qui efl: le lien delà focieté; ôc que , fans avoir reçu au- » cun outrage de notre part ; vous nous avez déclaré la guer- sj ru, ôc avez pris les armes contre le roi, le royaume de Pologne^ 35 ôc le grand duché de Lithuanie , que vous avez envahi la Li^- « vonie , que nous avons achetée au prix du fang de tant de » Polonois ôc de Lithuaniens , ôc dont nous avons été pailî^ » blés poûefTeurs pendant tant d'ai;ncesi que vous vous ea-
E uj.
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Henri |
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IV. |
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I ; p> |
3« HISTOIRE
« êtes injuftement emparés dans un tems çle paix ; ou nous ne w devions attendre aucune hoftilité de vôtre part,ôc que vous 3' la retenez, comme vous appartenant de droite cependant nous w avons crû qu'il étoit de notre devoir de vous écrire, nous con- « formant en cela au droit des gens & à la coutume inviolable 0» de la république de Pologne , ôc du grand duché de Lithua- « nie 5 fuivant laquelle nos ancêtres n'ont jamais injuftement «5 fait la guerre à perfonne, mais fe font contentés de fe défendre •• lorfqu ils fe voyoient attaqués. Cela étant inconteftable , nous » vous déclarons par cet écrit que nous venons avec une ar- » mée, pour venger, outre l'injure atroce que vous nous avez « faite , le mépris avec lequel vous avez traité la majefté roya- » le , la République de Pologne , ôc le grand duché de Lithua- « nie. Nous efpérons que Dieu très-bon , très-grand , & très- » puiflant , protecteur de ceux qui combattent pour la jufticc, a> fe déclarera en notre faveur. Ainfifivous êtes de braves guer- » riers, ôc non pas des brigands ôc des lâches 5 fi vous croyez » avoir eu de bonnes raifons d'entreprendre une guerre , ou M pour mieux dire un brigandage fi étonnant , ôc pour ravager a> les provinces qui appartiennent à la république de Polo- »» gne , ôc au duché de Lithuanie , nous vous défions au com- » bat j armez-vous , paroiffez fur le champ de bataille 5 laiflez là «> vos retraites de Corfaires, ôc ne cherchez plus à fuir, ni à vous
_ a> cacher. Ne mettez plus votre appui dans la retraite. Que
03 le fer termine notre différend. Dieu juge toujours infiniment »> jufte Ôc infiniment fage , décidera fila raifonôc lajuftice font »» de notre côté ou du votre. Sa main ne punit pas auffi-tôt » que le crime eft commis 5 mais votre perfidie, Charle, votre à> impieté , votre parricide eft connu de tout l'univers. Vous M oncle, vous avez dépouillé votre neveu fils de votre frère, qui » étoit en même-tems, ôc votre roi ôc votre maître : Vous, fujet, » vous vous êtes emparé par un crime horrible des biens de » votre Seigneur j vous perfécutez vos voifins , qui ne vous en M ont donné aucun fujet. Pour venger une fi horrible injure , » notre bras ne manquera ni à notre Prince , que nous refpec- » tons infiniment , ni à notre République , ni à notre patrie, » Réponrede Charle, qui étoit l'homme du monde le plus emporté, fut
ce Prince, extrêmement piqué de ces lettres , ôc fur-tout de ce que Sigif- mond par mépris pour lui n' avoir pas daigné les figner. Aufli après
DEJ. A. DETHOU,Liv. CXXVIL sp
y avoir répondu de fon mieux , pour venger fur Zamoyski — ■ 1 outrage du mépris^ue le Roi avoit montré pour lui, voi- Henri ci ce qu'il ajouta : « Tu n'es pas mon égal j li tuTétois, ce j y^ » ne feroitpas i'épéeà la main que je voudrois venger l'infulte i 5 g 2 » que tu m'as faite , ce feroit avec le bâton 5 c'efi: le feul châ- y* timent que tu mérites i miférable fcribe , contente toi de cla- 9» bauder avec tes pareils.
Zamoyski ne fut pas moins piqué de cette réponfe , que Réplique de Charle l'avoit été de fa lettre î & voici une réplique aflez Ion- ^^"^^y^^f- gue qu'il y fit fur le champ avec la permifTion du Roi : « J'a- M vois bien oui dire, que vous étiez un homme emporté , Ôc •» dont la langue éroit aufîi peu réglée que la vie : je croyois M pourtant que vous aviez quelque efprit > mais je vois aujour- » d'hui que ce que vos plus intimes amis penfent de vous efî » très-vrai, que vous ne vous polTedez point, que c'eft toû- " jours la palîion . Ôc jamais le jugement qui vous guide. Vous » êtes étonné, dites- vous , que je vous envoie un cartel, n'e- stant votre égal, ni en naiflance, ni en dignité, puifque vous » fortez du fang royal : vous ajoutez, que fi j'étois votre égal » vous ne voudriez point d'autres armes contre moi qu'un bâ^ » ton. Voilà un trait de prudence digne de la Sudermanie. » Vous vous glorifiez d'être du fang royal, ôcvous propofez » un combat, non de gens qui font profefilon des armes, mais *» de crocheteurs. Eft-ce que la Pologne n'a pas des bâtons ôc » ôc des boureaux , qui après avoir bâtonné les gens , les atta- *• chent à des pieux plus gros ôc plus longs que ne font ces bâ- » tons dont "vous parlez ? N'eft-ce pas ainli que l'on traite ceux » qui fe révoltent contre leur maître f Si par la grâce de Dieu 5> nous n'avons point de ces traîtres en Pologne , nous en trou- » verons à la cour de Sudermanie. Quanta ma famille, dont » vous parlez > elle ne cède en rien à celles des gentilshommes a> lés plus diftingués, pas même de ceux chez qui l'on a pris » des rois j ôc je fuis né dans une maifon aufii pleine d'honneur, M qu'aucun monarque puiffe naître. Je n'ai point recherché le ti- 3> tre de Duc , on me la offert, ôc je l'ai rcfufé ; je me contente M de la liberté d'un gentilhomme Polonois. Pour vous , vous » ne faites pas de cas d'un gentiliiomme. Cependant Charle- 03 Quint , cet Empereur fi brave , dont la mémoire efl f\ ref- » pedée i difoit quand il vouloir qu'on le crût fur fa parole ,
4o HISTOIRE
« qu'il VzÇÇur: oit foi de Gentilhomme. Il nj.y a qu'une chofe eti Henri'* vous, par où je vous refpe6te, c'eft que' vous êtes de la même jY » famille que mon roi : fans cela je prendrois d'autres mefures I 6 Q2 °' ^^^^ vous. A l'égard des injures que vous me dites , qui font o> tout-à-fait dignes de votre caractère ôc de votre efprit, je « les méprife fouverainement. Vous me traitez de fcribe, & vous » dites qu'un fcribe n'eftpas fait pour manier les armes. Je fuis »» Chancelier : cette charge empêche-t-elle que les Electeurs r* de l'Empire , qui en font revêtus , ne tiennent le premier rang » dans le collège Eleûoral , & ne précédent tous les Ducs ? •» Pour moi je fuis Chancelier dans ma patrie , qui eft un des « plus grands royaumes de la Chrétienté, ôc mes droits ôc ma « dignité font auiïi confidérables qu'elles puilfent être en au- M cun autre endroit. Vous prétendez peut-être mefurer ma char- »> ge à celle d'un Chancelier de Sudermanie , officier de fi petite M étoffe, qu'il y a des Chanceliers de fimples Gentilshommes »' Polonois, qui ne voudroient pas fe comparer à lui. Mais je »' ne fuis pas feulement Chancelier 5 je fuis grand Général de » l'armée de la couronne de Pologne, je porte les armes pour » ma partie , ôc il y a plus de vingt ans que je fuis à la tête de •• fes troupes. Mon nom eft connu par toute la terre : il n'y a » aucune de mes adions qui ne m'ait fait honneur : mes périls> M mes travaux, ma dépenfe, tout a été pour la patrie. Pour » vous , vous feriez connu de peu de monde , fi vous n'aviez « envahi un Royaume, qui ne vous appartient pas. » Et com- me Charle avoir traité Zamoyski d'efprit brouillon Ôc féditieuj^, il ajoûtoit d'une manière un peu trop vive : » Vous dites que j'ai « troublé le repos de ma patrie j Ôc moi je dis que vous en avez s» menti, ôc à tout ce que vous avez dit ou écrit d'injurieux con- » tre moij'e dis encore que vous en avez menti , ôc je le dirai a» ôc l'écrirai toujours de même. »
Sigifmond écrivit en même tems de fon camp aux Livo- roi de Polo- mcns , pour les exhorter à abandonner Charle de Sudermanie,
gne aux Li- ^ à rentrer dans leur devoir. Il difoit qu'il avoit envoyé Za- voaiens. . • / r tr^
moyski avec une armée , pour lauver cette province , qu E-
tienne Battori fon prédécefleur avoit conquife , avec des frais
immenfes, ôc au prix du fang d'une infinité de Polonois, ôc
de Lithuaniens , ôc pour la délivrer de la tyrannie du prince
de Suéde j à qui ils avoient eu l'imprudence de prêter ferme ntî
Qu'au
DE J. A. DE THOU, Liv. CXXVII. 41
Qu'au refte ce ferment ne devoit pas plus les lier, que celui ....««i..^
que fait un voyageur^ à des brigands qui fortent d'une em- ~
bufcade, pour dépouiller, & aflairiner les paflansj parce qu'il -^l ^ N R i
n'y a point de convention ni de commerce entre un voleur
de grands chemins ôc le refte des hommes. >> Réparez donc , 1002.
" ajoûtoit-il , la faute que vous avez faite par quelque adion
=» éclatante , & par quelque fervice fignalé. Faites enforte que
« ce Prince injufte, qui ne me fait la guerre que pour m'en-
« lever ce qui m'appartient , ôc pour s'emparer de mes pro-
" vinces, tombe vif entre les mains de votre roi légitime, ou
" qu'il périfle en ce lieu , & que fon tombeau laifle à la pofté-
« rite un monument éternel de la punition de fon briganda-
« ge ^ & de fes crimes. Empêchez qu'il ne puilfe fe retirer à
» fes vaiffeaux , & repaffer la mer. Cela ne vous fera pasdif-
« ciledansle tems du combat, ou dans d'autres occafions. Si
=» vous le faites, non feulement j'oublierai tout le pafféj mais
>» il n'y a rien que je ne fois prêt de vous accorder, pour vous
« procurer tous les avantages que vous pouvez raifonnablement
»' efpérer j j'en donne ma parole de Roi. »
Des paroles on en vint aux armes. Radziwil accompagna le Roi jufqu'à Hapfel avec ce qui lui reftoit de troupes, qui montoient environ à trois cens hommes. De là il retourna dans fes terres, pour ne point donner d'ombrage aux Polonois. En effet on difoit que Chodkiev/itz l'avoit déjà accufé, & vou- loit qu'on lui fit fon procès. Ceux qui avoient engagé Sigif- mond à paffer en Livonie , l'avoient affuré que dès qu'il pa- roitroit , tout le monde abandonneroit fon ennemi ; cependant comme perfonne ne branloit, & que les Livoniens ne répon- doient pas à fes lettres , comme il l'auroit fouhaité , il fallut ïe refoudre à faire férieufement la guerre. Il alla camper au mois d'Odobre près de Wolmar, oii il perdit fix femaines à attendre fon canon. Pendant ce tems là le bâtard du duc de Sudermanie, qui étoit dans la place avec trois mille hommes , fatiguoit les Polonois par des forties fréquentes. A l'égard de Charle de Suéde fon père , on ne fçavoit ce qu'il étoit devenu depuis la levée du fiége de Riga : il courut même un bruit qu'il avoit abandonné la Livonie, ôc qu'il étoit repaffé en Suéde , pour apaifer des troubles qui s'y étoient élevés dans fon abfence.
Pendant ce tems là les Cofaques Nifo viens joints aux Tome XIF. F
42 HISTOIRE
TartaresPellicés, ainfi appelles, parce qu'ils ont des bonnets de r^ peau sjarnis de plumes noires , vinrent foiis la conduite de Koska
, ^ acl^ver de rumer par leurs courtes continuelles , ce qui avoit * échapé à la cruauté des Lithuaniens : c'en fut aflez pour réduire la Livonie à la dernière mifére. A la fin ennuies eux-mêmes de leurs ravages, ils fe retirèrent vers la frontière de Mofcovie; où ils furent pour la plupart taillés en pièces par les Suédois. Tout cela caufa dans toute la Livonie une difette ôc une cherté extrême de toutes les denrées ^ Ôc principalement de bière, dont le pot fe vendoit lix gros. Tout le payis n'ètoit plus qu'un dèfert, les forêts ètoient pleines de payifans défefpèrès, quife fortifièrent dans \qs endroits les plus inacceffibles , d'où ils fai- foient enfuite des forties fur les Polonois qui alloient au fou- rage. Ils furent fur- tout très-maitraitès en Curlande, quoique le Prince de ce payis fût dans l'armée Polonoife. Le 22 de No- vembre le Roi partit du camp de Wolmar, & arriva à Riga fept jours après, d'où il fe mit en marche le 4 de Décembre, & ayant paiTè par la fortereffe de Benska , qui appartient au duc de Curîande , il fe rendit à Vilna , où il reçut de la part
pour voir quel train pi nie , ôc il indiqua la diète pour le mois de Mars fuivant. Cependant Zamoyski perfuadé qu'il falloir brufquer le fiège W-oïmar*^^ ds Wolmar, y fit venir trois pièces de canon, & bâtit fi fu- 2amoyski. rieufement le château , qu'il fit ouverture à la muraille^ qui avoit l'èpaifleur de quatre murs ordinaires. Enfuite il ordonna l'af- faut pour le 10 de Décembre. L'infanterie que la famine avoit atténuée, avoit bien de la peine à s'y refondre j cependant la cavalerie ayant mis piè à terre , pour lui donner l'exemple, tout le refte fuivit. Les afliégès, qui de leur côté ètoient la plupart malades , fe défendirent pourtant d'abord avec cou- rage j mais le feu continuel du canon qui les défoloit , \cs ayant forcés de reculer, ils fe retirèrent dans le château, d'où ils arborèrent un chapeau noir, pour marquer qu'ils vouîoient parlementer. Après qu'on leur eut donné les fûretés qu'ils de- mandèrent, le bâtard du prince de Suéde vint avec Pontus de la Gardie trouver Zamoyski. Il en fut beaucoup mieux reçû^ qu'il n'efpèroit : ce Général non content de le traiter avec
DE J. A. DE T H O U , L I V. CXXVIT. 45
politefle , lui fit encore des préfens ', ôc après la capitulation _ _ii t lignée , il lui donna on grand repas. La garnifon Suedoife fut t j „ ^ « , conduite en lieu de fureté. On trouva dans Wolmar beaucoup t y de vivres , mais peu de munitions de guerre. On y mit une ^ garnifon de cent ' hommes commandés par Romsbach.
Le Bâtard avoir promis à Zamoyski que toutes les places qu'il tenoit, fe rendroient , dès qu'il leur donneroit ordre de le faire. En recompenfe le Général Polonois s'étoit engagé de lui rendre la liberté, auiïi-bien qu'à la Gardie, s'il tenoit fa pa- role. Il en fit l'efiTai fur la garnifon deRoncbourgi mais elle ne voulut point obéir à fes ordres j ni violer la foi qu'elle avoir promife au prince de Suéde fon père î elle allégua pour raifon, que le fils en perdant fa liberté , avoir perdu le droit qu'il avoir de leur commander. Ainfi Zamoyski envoya ces deux prifonniers fous bonne garde au roi de Pologne qui étoit alors à Vilna^ & il marcha du côté de Derpt. Il prit chemin faifant les châteaux de Helmet 6c d'Ermefs , dont il fit efcor- ter les garnifons jufqu'à ce qu'elles fuflent en lieu de fureté ; il alla enfuite à Antfen château très-fort , ôc très-agréable quiap- partenoit à George Schernknip. De là il écrivir aux Livoniens, ôc il leur propofa certains articles , en les aflïïrant, que s'ils vou- loient les figner ^ ils pouvoient compter qu'on leur accorderoit tout ce qu'ils demanderoient. Ces articles étoient conçus en ter- mes fort injurieux î ils portoient : Que Charle duc de Suder- manien'avoit aucun droit fur la Livouie : Qu'il avoir violé l'al- liance faite avec cette province : Qu'il avoitfait la guerre en Moldave , fans la déclarer : Qu'il avoir abandonné lâchement les places qu'il s'étoit chargé de défendre : Qu'il s'étoit caché pendant ce tems là avec le comte de Nadau : Qu'il n'avoit pris que des villes , où perfonne ne s'étoit préfenté pour lui réfif- ter : Qu'à l'arrivée des Polonois, il avoir honteufement aban- donné fes armes pour prendre la fuite avec fes partifans : Que rjon-feulement il avcit manqué aux Livoniens dans leur be- foin i mais qu'il cherchoit même à les couvrir d'opprobre : Qu'a- près les avoir ruinés par les exactions injuftes , il les accufoit d'infidélité , ou tâchoit du moins de les en rendre fufpe£ls. Il ajoûtoit enfuite : Que s'ils vouloient rentrer dans leur devoir,
T l! n'eft pr\s concevable qu'on ne mette que cent hommes pour garder une place» cil il y avoit une garnifon de trois mille Suédois.
F ij
44 HISTOIRE
-iE.^««««— & réparer leur faute , le Roi & les Poloçois, les défendroient
Henri ^'^^^'^^ ^^^^ hurs ennemis : Que non feulement on leur refti-
jY tueroit en entier ce qu'ils avoient perdu , mais qu'on y ajoû-
I 5 0*2 ^^^^^^ encore d'autres avantages : Que le paffc feroit oublié , &
qu'on étabiiroit chez eux des tribunaux , où l'on rendroit une
juftice égale à tout le monde : Que c'étoit là l'intention ôc la
volonté du Roi.
Ce Prince fit faire auffi quelques propofitions à la ville de Reveh dont voici les principales : Qu'on leur accorderoit une amniftie générale pour leur révolte , qui étoit, difoit-on, arrivée par une émotion populaire, à laquelle le Confeil n'avoir point eu départ, ôc qu'il n'avoit foufferte, que parce qu'il étoit tropfoi- ble pour s'y oppofer : Qu'on leur laiiïeroit la liberté de con- fcience fur le pié où elle étoit alors : Qu'on ne leur interdi- roit point l'ufage des temples : Que Ton confirmeroit leurs droits , libertés , ôc franchifes : Qu'on diminueroit les impôts: Qu'on prendroit des mefures pour augmenter leurs revenus ôc leurs récoltes , en mettant en valeur les terres incultes : Qu'on leur donneroit les mêmes privilèges dont joùifibient les habi- tans de Riga : Qu'on ne les tireroit point de leur reffort : Qu'ils neferoient point foumisà la jurifdi£lion des Gouverneurs : Que s'ils étoient attaqués, le Roi ôc le royaume prendroient leur défenfe. On promit aulTî une amniflie générale à la noblelTe d'Eftonie, qui avoit, difoit-on j fait une faute plutôt par légère- té, ôc par la crainte de l'ennemi , que par malice, ou mauvai- fe intention i mais à condition qu'elle abandonneroit fur le champ le parti de Charle. On ajoûtoit : Qu'on ne forceroit per- fonne à changer de Religion : Que l'ufage des temples feroit libre à tout le monde : Que dans la diftribution des emplois , des charges, des dignités ^ on auroit beaucoup d'égards pour les naturels du payis : Qu'on leur conhrmeroit tous les droits, dont ils étoient en pofleflion : Que fi la nobleffc d'Eftonievou- loit jouir des privilèges de la noblefie de Pologne , on les lui ac- corderoit conformément aux ftatuts du roi Jagellon, fuivant lefquels perfonne ne peut être emprifonné, ni dépouillé de fes biens, qu'après un jugement rendu dans les formes. On pro- mettoit outre cela que toutes les injures paffèes feroient oubliées: Qu'ils fe gouverneroient fuivant le droit de leur payis , ôc qu'on ne pourroit évoquer hors de la province les affaires qui les re- garderoient.
DE J. A. DE THOU, Liv. CXXVII. 4;
Tout celaétoit trq^-beau ôc très-raifonnable 3 mais lesefprits des Livoniensétoient tellement aigris par les cruautés inouies, qu'on avoit exercées contre eux, que c'étoit parler à des fourds, que de leur propofer des articles , fur-tout parce qu ils ne pou- voient croire qu'on voulût fincerement leur tenir parole (ur la liberté de conlcience qu'on leur promettoit. Ainii ils réfolu- rent de demeurer attachés au parti de Charle , quelque chofe qui leur en pût arriver , ce qui fut caufe que malgré les con- quêtes des Lithuaniens ôc deZamoyski, les Suédois à la fin de Janvier de l'année fui vante tenoient encore en Livonie les vil- les de Derpt , de Pernau , de Karchs , de Ringel, de Fehn , de Margenhaufen , de Schwanebourg, de Kirenlpek,d'Itfel, de Marienbourg, de Weiffenftein , de \\^efenbourg, deNerva, de Leal de Lode, de Hapfel ôc deRevel.qui après Derpt ôc Riga étoit la plus belle Ôc la plus riche ville de toute la provinces il eft vrai que dans l'année où nous fommes ^ ils en perdirent quel ques-unes.
Charle ayant diftribué fon armée dans les places, fe retira à Pernau avec Jean Adolfe duc de Holftein, qui lui avoit ame- né cinq compagnies de Suédois, qu'il laiiTa dans cette place. Après avoir recommandé fon armée à Naffau , ôc avoir exhorté tous les colonels à lui obéir , il lui défendit publiquement de ha- zarder une bataille 3 ôc de là il paffa à Revel. Sur la route il- rencontra Frideric duc de Lunebourg, qui venoit le trouver avec des lettres de recommandation de fon père ôc de fon frère.
Naffau ayant mis de bonnes garnifons à Félin ôc à Weif- fenftein, marcha du côté de Wolmar , accompagné de Reinard comte de Solms , qui étoit venu joindre Charle , lorfqu'il étoit campé devant Riga, du bâtard du prince de Suéde, de Jean Bengelfon , de fa cavalerie , ôc des regimens de Hill ôc de de la Gardie, ôc fuivi de dix pièces de campagne. Il y avoit entre lui ôc l'armée Polonoife la rivière d'Aha , qu'on pouvoir paffer à gué dans la faifon ou l'on étoit j ôc il en étoit Ci peu éloigné , que de fon camp il pouvoit voir les feux qu'elle fai- foit. Naffau avoit brûlé dans fa marche les châteaux de Cre- mon ôc de Treiden : là il fut joint par Las Jacobfon , qui lui amena mille chevaux de nouvelles levées ; de là il fit tranfpor- ter àWolmarles provifions qu'on avoit faites à Ropj il donna ordre aufïï à Hill d'aller avec fon régiment à Newenhufen, ôc
F iij
Henri IV.
I <J0 2.
l 6 O 2,
'^6 HISTOIRE
.i.i,,.^ à Marlenbourg, ôc quatre jours après il /entra dans Wolmat
TT avec une grande fuite. Il y laifla le bâtard, LaGardie, & un
■M y autre François nommé la Motte , avec une garnifon de mille hommes j 6c de là il fe rendit à Newenhufen fur la frontière, où ayant appris que les Cofaques étoient en marche pour join- dre Zamoyski, il fe mit en campagne pour les combattre , 3vant qu'ils euflent fait leur jontlion : mais la mutinerie des Suédois , dont il ne put fe faire obéir, qu'à force de remon- trances ôc de menaces , lui fit perdre cette occafion.
On intercepta fur ces entrefaites des lettres que Sigifmond ôc Zamoyski écrivoient aux habitans de Derpt, Ils leur mar- quoient , Qu'ils feroient bien-tôt à leurs portes , ôc que s'ils vouloient livrer les officiers de Charle, le Roi leur accorderoit une amniftie générale de tout le pafle , Ôc les traiteroit à l'a- venir avec toute la tendrefle d'un bon père. Là-delTus NafTau fe rendit en dihgence à Derpt , afin de prévenir les ennemis. Il donna un corps de cavalerie à Decrfeld qui y comman- doit , outre trois mille hommes de pied qu'il avoir déjà ; ôc après <ivoir ralTûré les efprirs des habitans, il réfolut d'aller trouver Charle à Revel, pour lui demander fon congé, les trois rnois aufquels il s'étoit engagé étant expirés. II s'y rendit fur la fia d'Odobre , Ôc il y trouva Charle toujours difpofé à blâmer , fuivant fa coutume , tout ce qu'il n'avoit pas fait lui-même , quoiqu'il n'eût été fait que par fon ordre. Il trouvoit fort mau- vais , qu'on eût féparé l'armée ôcdifperfé les troupes, pendant que l'ennemi triomphant, couroit librement toute la province fans trouver d'cbftacle. Enfin lorfque le premier feu de fa co- lère fut paffé, il congédia mille Suédois ou Finlandois, ôc ne conferva que Jacobfon avec fa cavalerie: cependant la fami- ne défoloit la campagne , Ôc même la garnifon de Revel.
Cependant NafTau ayant enfin demandé fon congé, Char- le changea entièrement de vifage en un inftant > il le pria inf- tamment de refter , ôc de vouloir bien accepter la charge de Gouverneur de Livonie , comme une récompenfe dûë à fes fervices ; l'afiR^irant qu'il ne manqueroit ni d'argent ni depro- vifions , tant de guerre que de bouche. Il i'appellcit fon fils , fon frère , il difoit hautement que Nafiau lui avoit rendu plus de fervices que n'auroit fait une armée de dix mille hommes : Que les chofcs étoient dans un état , où le falut dç troi^
D E J. A. D E T H O U , Li V. CXXVII. 47
provinces dépendoit abfolument de fa feule tête -, ôc que s'il ne
vouloit pas demeurer en Livonie^ il feroit forcé d'y relier lui- H E N R. i
même., Ôc de le prier d'aller tenir fa place en Suéde. 1^-
Naflau voyant bien que ce Prince vouloit le retenir à quel- 1 <5o 2. que prix que ce fût, pour fe fervir de lui , ou en Suéde, ou en Livonie , comme il connollToit fon humeur intraitable , ôc quil ne vouloit point fe mêler des affaires de la Suéde, il prit le parti de relier encore quelque-tems en Livonie , où il fe trou- voitdéjà. Ainfi après s'être excuCé long-tems d'accepter le parti que le Prince lui propofoit , il y confentit enfin j mais il drefla auparavant un plan de tout ce qu'il jugeoit à propos de faire ; ôc après plufieurs allées ôc venues du duc de Holftein , qui fai- foit la fon£lion de médiateur entre Charle & lui, il fe renga- gea pour trois mois, au bout defquels il auroit liberté entière de difpofcr de fa perfonne , à condition que C\ l'hiver ne lui permettoit pas de partir, fesappointemenscourroient toujours. On y ajouta une claufe. Que le duc de Holflein feroit nom- mé Gouverneur de la province , ôc que le Comte auroit le commandement général de l'armée dellinée à agir contre \qs Polonois. Il demanda fix mille combatans , fept cens traineaux pour fes convois , & une fomme de fept mille écus , qui fe- roit comptée avant le départ du Prince. Charle promit tout , fans aucune difficulté , en préfence du duc de Holftein , du duc de Lunebourg , du comte de Solms, & même de la Du- chelfe fon époufe , dans le tems qu'il étoit prêt de mettre à la voile 3 mais il tint aulli peu cette parole que les précédentes. Du refte, il défendit encore exprelTément de donner bataille, & il dit à Naffau de fe rendre à Félin , d'y refter quarante jours, & de fe contenter d'empêcher les ennemis de ravager la pro^ vince.
Ces ordres donnés, Charle repaffa en Suéde, fuivi du duc de Lunebourg , ôc du comte de Solms. Le duc de Holftein c! ^ric ea refta à Weilfenftein , pour travailler à de nouvelles levées. Naf- ^ue^e. fau de fon côté , au lieu de fept mille écus qu'il demandoit , n'en reçut que deux , ôc foixante-dix traineaux au lieu de fept cens ; ôc lorfqu'il fit la revue de fon armée au lieu de fix mille hommes dont elle devoit être compofée , il ne s'y trouva que cinq cens hommes de pied , ôc quinze cens chevaux , tan- dis que l'armée Polonoife étoit au moins foite de douze mille
48 HISTOIRE
^ — hommes , quoique Charle l'eut aflûré du contraire. Dans cette
Henri extrémité NafTau ne fe trouvoic pas fort en fureté à Félin. Ce- •* ^' pendant il n'oublioit rien pour gagner du tems , fans faire de I (îo 2. perte confidérable , en attendant qu'il lui vint dufecours. Ainfi U écrivit au bâtard , qui étoit afiTiégé dans Wolmar , de tenir bon , ôc il lui promit beaucoup plus de fecours qu'il ne pou- voir lui en envoyer : il compta que li ces lettres arrivoient jufques aux affiégés , elles leur releveroient le courage, &que Il au contraire elles étoient interceptées , elles donneroient de linquiétude aux ennemis. Cependant il reprit Karchs , & com- \ me il marchoit contre les Cofaques , il apprit que le bâtard
avoit rendu Wolmar , après foixante-dix jours de fiége , quoi- qu'il eût aiïuré hardiment quelques jours auparavant, qu'il pour- roit encore tenir quatorze jours.
Cette nouvelle obligea Naflau à revenir fur fes pas, pour Exploits de mettre à couvert Ermefs. En effet il y avoit apparence , moy^u. ^^^ Zamoyski marcheroit d'abord contre cette place. Après avoir appaifé les foldats , ôc fortifié ce pofte du mieux qu'il lui fut pofTible , il emmena avec lui les femmes ôc les filles , pour lefquelles il craignoit plus que pour la place , & fe re- tira à Helmet , où il avoit envoyé fes bagages. Zamoyski fui voit NafTau à mefure qu'il fe redroit, 6c il fe rendit maître dans cette marche d'Ermefs ôc de Helmet. Cependant les Généraux Suédois, que leur retraite avoit conduits à Weiffenf- tein , formèrent le projet d'enlever Zamoyski , qui s'étoit re- tranché à Antfen, où ils fçavoient qu'on faifoit affés mauvaife garde. Mais leur deffein fut découvert , ôc par conféquent ne put réûfTir. Mariembourg ôc Newenhufen fe rendirent tout de fuite à Zamoyski , qui engagea par rufe ôc à force de promef- fes les habitans de ces deux places à fe rendre. Les ennemis de leur côté fongérent encore une fois à furprendrece géné- ral. Ils gagnèrent un jeune homme, qui falla trouver en qua- lité de deferteur, ôc qui lui fit efpèrer de lui livrer la ville de Derpt. S'il y fût allé, il feroit tombé dans un piège qu'on lui avoit tendu. C'étoituntas de poudre , qu'on avoit placé proche d'une vieille Chapelle ,par où il falloir néceffairement paffer , il y en avoit aflez pour faire périr trois mille hommes : mais Za- moyski naturellement fin ôc pénétrant fe douta auffi-tôt de quelque embûche , quoiqu'il eût déjà donné de l'argent:, ôc
envoyé
Ï3E J. A. DE THOU, Liv. CXXVII. 45
envoyé des gens dans la ville pour prendre langue , il ne ju- ■
g€a pas à propos d'auer plus loin , 6c il ordonna à Farenfbeck Henri d'afîiéger le château d'Adzel, qui eiî peu de chofe , ôc qui fe j y, rendit à la feule approche du canon. ^ C02»
De là le général Polonois marcha àRoncbourg que les Li- thuaniens avoient inutilement alTiégé l'année précédente > 6c ayant bien fermé toutes les avenues pendant plufieurs mois , il força enfin cette ville à fe rendre faute de vivres. La gar- nifon fut conduite à Pernau. Zamoyski marchant avec toutes fes forces à Félin , ôc paflant à la vue de Derpt, les troupes de Naffau, qui étoient à Oberpalen , tombèrent fur Çqs baga- ges , 6c firent un butin confidérable i ils battirent aufîi dans quelques occafions les Cofaques qui s'écartoient pour piller : mais leurs plus dangereux ennemis n'étoient pas les Polonois, c'étoit la difette ôc la famine. Accablez de veilles ôc de fati- gues , ils étoient quelquefois des vingt jours entiers fans fel , fans bière , ôc fans pain , n'ayant pour toute nourriture que de la viande , ôc pour boiffon que de mauvaife eau , qu'on prenoit dans des marais très- mal fains. Du refte leurs malades étoient abfolumenr abandonnés fans fecours ? ôc il ne fe trouva pas dans toute la Livonie un feul Médecin qui voulut fuivre leuc armée.
Naflfau ayant jette cent chevaux dans Félin , s'arrêta à Oberpalen , ôc après y avoir laiffé une garnifon de cinquante hommes, il refta quelque-tems à Weiffenftein. Mais les fecours qu'on lui avoir promis ne paroiflant point , ôc les trois mois de fon engagement étant écoulés , il fongea à paffer en Suéde. Le duc de Holftein le pria inftamment de refter encore quel- ques mois , lui repréfentant qu'en l'état où étoient les chofes s'il fe retiroit toutes les places qui reftoient aux Suédois >ou- vriroient leurs portes à Zamoyski; que le Mofcovite étoitfur la frontière , qui n'attendoit qu'une occaiion favorable pour fe jetter fur la Livonie , ôc que c'étoit ce qui avoit empêché d'ar- river le convoi de Finlande qui étoit déjà en chemin. Naflau convenoit de tout ; cependaivt comme il n'y avoit pour lui au- cune efpérance d'être fecouru î ôc qu'il avoit la douleur de voir à fa honte les Polonois prendre tous les jours quelque place à fes yeux , il avoit peine à renouer un engagement > qu'il regardoit comme fini. Enfin touché des prières du peuple Tome XIK G
yo HISTOIRE
5_ ôc des grands , & encore plus de la mifére publique , iî
Henri ^^^^ devoir céder à la néceiTité , ôc confoler du moins par fa j V. préfence les troupes & les peuples des horreurs de la famine , 1602. ^ de la rigueur de l'hiver.
Famine hor- ^^^ ^'^"^ maux forent fi violens , que Ton compte qu'ils fi- ribie dans les rent périr plus de trente mille hommes. Les cadavres étoient Sucdois.*^" devenus ia nourriture des vivans , & il y eut des pères qui mangèrent leurs propres enfans. Dans Revelle marché , les pla- ces, les rues étoient jonchées de cadavres^ à peine les vivans pouvoient fuffire à enterrer les morts. Outre cela la mer étant glacée, & les Mofcovites paroiflant fur la frontière, il n'étoit pas poffible^que les convois de Finlande arrivafient, c'eft ce qui engagea Nafiau à relier quatre mois à Revel , de gré ou de force. Pendant ce tems-là Zamoyski mit le fiége devant Félin 5 mjais on y fit entrer huit cens hommes de renfort.
Cependant les Etats s'étant alTemblés , Naflau y déclara net- tement. Qu'il n'y avoit pas d'autre moyen de fauver la pro- vince , que de faire prendre les armes à toute la Noblelîe ôc à tout le peuple : Que c'étoit là l'unique voye de défendre leur liberté , Ôc de chaffer l'ennemi de leur payis: Qu'il valoir bien mieux mourir les armes à la main , en combattant contre les ennemis > que d'attendre la famine, ôc cent autres malheurs pour périr enfuite lâchement , ou tomber entre les mains de leurs ennemis : Que s'il les exhortoit à la confiance , il étoit prêt lui-même à leur en donner l'exemple, ôc às'expoferavec eux à toutes fortes de périls , pour les fauver. Son difcours fut très-bien reçu , ôc on réfolut de rafiembler toutes les forces de la Province , pour combattre l'ennemi. Les garnifons fe con- formant aux vœux du pubUc , fe rendirent de toutes parts aux ordres qui leur avoient été envoyés , embraffant avec joye l'oc- cafion d'une mortglorieufe qu'on regardoit comme une con- folation , après toutes les mifères , qu'on avoit efiuyées. La gar- nifon de Félin avoit fait efpérer qu'elle tiendroit vingt jours ;. mais les inondations caufées par la fonte des neiges , fermè- rent les pafiages aux fecours, qui dévoient fe rafiembler. Com- me ce qui reftoit de vivres pouvoit à peine fuflire pour troi» jours, on abandonna pour lors le deflein d'aller au fecours de la place, ôc on en remit l'exécution à l'été fuivant: ainfi après qua- rante jours de fiége , ôc quantité de forties, dans l'une defquelles
DE J. A. DE THOU.Liv. CXXVÎI. 5-1
Farensbeckun des plus confidérables officiers des Polonois,fut "
tué , lagarnifon ayant beaucoup fouffert d'une mine que les en- Henri nemis firent jouer ^ ôc étant furie point de foûtenir un aflaut, la I ^' ville fe rendit.On conduifit les Suédois à Pernau: mais malgré les 160 2. ordres qu'avoit donnez Zamoyski , les Cofaques les dépouil- lèrent deux fois , ôc amenèrent captifs tout ce qu'il y avoit par- mi eux de gentilshommes Livoniens.
Dans ce même-tems le roi de Pologne écrivit aux habitans de Revel qu'il leur feroit grâce de tout le paflfé , s'ils vou- îoientlui livrer la place ôcNaflau : ces offres ébranlèrent beau- coup ce peuple ennuyé de la guerre, ôc accablé de miféres. Ainfi le comte de Naffau voyant qu'ils balançoient fur le parti qu'ils avoient à prendre , ramalfa tout ce qu'il put trouver d'ar^ gent & de vivres, qu'il diftribua aux garnifons de Pernau, de Derpt , ôc de Weiffenftein , & il les exhorta à demeurer fidè- les au prince de Suéde : à l'égard de la cavalerie , n'étant pas en état de l'entretenir , il fut obligé de lui permettre de cou- rir lepayis. Cependant pour ne pas demeurer les brascroifés, il fît une tentative fur Dunemonde : mais elle ne réùiïit pas. La garnifon de Derpt fut plus heureufe dans celle qu'elle fit fur Antfen , où il y avoit cent Polonois : il eft vrai que les Suédois furent repouffés d'abord s mais ayant caché une par- tie de leurs troupes dans des écuries auprès du château , & y ayant jette un pont , ils firent unefaufTe attaque d'un autre côté. Les Polonois ignorant le piège qui leur étoit tendu , couru- rent aufli-tôt du côté que l'ennemi paroiffoit > mais tandis qu'ils combattoient, les Suédois foriantde leur embufcade , franchi- rent le retranchement à la faveur de leur pont, ôc fe rendirent maîtres delà citadelle, faifant main-baffe fur-tout ce qui fe trouva devant eux. Ils ne firent que neuf prifonniers , du nom- bre defquels étoit le premier officier de la cavalerie : le butin fut confidèrable en chevaux 6c en effets de prix. Foible reffour- ce contre tant de maux: comme les Suédois ne pou voient em- porter le vin , ils le répandirent. Jean Bengelfon comman- dant des troupes qui prirent la place , y fut bleffé dangereu- fément, ôc il mourut peu de tems après à Derpt.
Après la prife de Félin Zamoyski alla camper au pont de Nabbe. En paiTant il prit Oberpalen , ôc brûla la place, après en avoir enlevé les provifions , parce qu'elle n'étoit pas en état
Gij
1^0 2.
S2 HISTOIRE
' de foûtenîr un Ciége. Dans ce tems-Ià NaiTau écrivit à Zamoyskî
H^ , des lettres d'abord remplies de politeflTe ^ par lefquelles il fem- T y bloit rechercher Ion amitie. Les premières etoient Latines > ils s'écrivirent enfuite en François ; & à la fin ce commerce dégénéra en des reproches aigres ôc piquans de part ôc d'au- tre. Zamoyski quiétoitâgé ôc homme grave & ferieux , ne pouvoir fouffrir la liberté pétulante du jeune Naffau j ôc il ré- pondoit à fes plaifanteries , ôc à fes railleries par les termes les plus mordans.
Le huit de Mai on parla d'une trêve ; mais ce projet n'eut pas de fuites, quoique Zamoyski n'en fut pas éloigné , Ôc qu'il eût déjà donné des otages : Naffau ayant refufé de fe ren- dre en perfonne au lieu où fe tendent les conférences > la né- gociation fut rompue. Au mois de Juin l'armée Polonoife alla camper devant Weiffenftein , où il y avoit une garnifon de cent-cinquante hommes commandée par un Anglois fort bra- ve homme. Par malheur il fut pris dans une courfe qu'il fit contre des pillards , ôc ayant déclaré à Zajnoyski ce qu'il y avoit de troupes ôc de provifions dans la ville , il lui fit naître l'envie d'en faire le fiége. Deux jours auparavant Naffau y avoit envoyé une compagnie Allemande , ôc tout ce qu'il avoit de bled> de poudre , ôc d'autres provifions fous la con- duite d'un Efpagnol habile ôc brave > ce qui releva le coura- ge de la garnifon.
D'un autre côté le duc de Holftein qui avoit follicité NaP làu de refter en Livonie , fe trouvoit lui-même réduit à de grandes extrêmitez , ainfi voyant que les lettres du roi de Po- logne avoient ébranlé la fidélité de la plupart des places , ôî qu'on ne recevoit aucunes nouvelles de Suéde j il prit le parti d'y paffer. Les troupes n'étoient point payées , ôc on ne voyoît aucune efpérance qu'il dût venir de l'argent j les villes de Per- nau ôc de Revel étoient prefque déferres. Le foldat n'ayant reçu depuis très-long-tems qu'un écu ôc demi, ôc un habit de laine , la pauvreté l'avoir obligé de vendre fes armes , ôc de mendier fon pain , errant çà Ôc là un bâton blanc à la main^ Naffau lui-même qui avoit engagé des colliers d'or ôc d'autres joyaux qu'il avoit , pour foulager les troupes, fongea enfin fe- rieufément à fon retour , d'autant plus que perfonne ne le pc^f- Ê)it de reiler^ Dans cette vue il écrivit aux habitans de Derpt^,
DE J. A. DE THOU 3 Liv. CXXVII. 5^
6c à tous les Gouverneurs des places fortes , pour les affermir . dans le devoir , il les affûra qu'il alloit folliciter en perfonne Henri le prince de Suéde de leur envoyer promptement du fecours. jy Cela fait il s'embarqua à ReveL après avoir recommandé for- j ^ * tement cette ville à celui qui en étoit Gouverneur : mais il eut le vent fi contraire , que quoiqu'il fût parti dès le vingt de Juin , il n'arriva à Stokolm qu'un mois après , & il vit trois vaiffeaux du Roi brifés devant fes yeux par la tempête. Il ren- contra en mer un Gentilhomme i que Charle envoyoit avec mille écus , fomme fi modique , qu'elle étoit plus propre à montrer la pauvreté du Prince, qu'à foulager celle du foldat : cependant il lui donna ordre de fe rendre à Revel le plus promptement qu'il lui feroit pofiible. Pour lui , il pourfuivit ton chemin^
Le Prince , la Princefle & les premières perfonnes du Con- ^^toar an '■ feil le reçurent avec les plus grandes carefles j ôc après l'avoir fau c^n Eq^° remercié de fes fervices , qu'ils promirent de n'oublier jamais^ *^"^«' ils le follicitérent encore vivement de les continuer du moins pour trois mois , à cette province , qui lui avoit tant d'obliga- tions. NafTau commençoit à s'ébranler , lorfqu'il reçut des let- tres de l'éledcur Palatin , qui lui furent apportées par Henrt Severinski Gouverneur d'Heidelberg , par lefquelles ce Prince lui mandoit de revenir. Alors le prince de Suéde ne pouvant plus lui refufer fon congé , le pria du moins de vouloir bien fe charger des lettres qu'il écrivoit aux Ele£teurs , aux princes de l'Empire , 6c aux Etats Généraux , ôc d'être prefent au ju- gement qui feroit rendu par les commiffaires de l'éledeur Pa- latin ôc du Landgrave de Heffc, en qualité d'arbitres ; des con- teftations qu'il avoit avec la ville de Lubeck au fujet de la na- rigation. Naffau ayant enfuite donné un grand repas ( c'étoic Fufage du payis , ) à Charle , à la Princeffe la femme , aux prin- cipales perfonnes du Confeil ôc de la Nobleffe , fe mit en mec fur la fin d'Août, mais il fut battu d'une fi horrible tempête,, qu'il eut beaucoup de peine à aborder à l'fie de Bornholm ' qui appartient au roi de Dannemarck. Le Gouverneur lui en- voya des rafraichifl^emens dont il avoit grand befoin. Enfin il defcendit à Roftt)ch * i il étoit fi ennuyé de la mer , qu'il fe-
I Cette Ifle efl fur les côtes de la mer Baîtique.
t Ville fituee dans le duché de Mekelbourg fur la Wame.
Giix
f4 HISTOIRE
" rendit par terre à Lubeck , où il arriva le 3 d'Oflobre ; 6c il y
Henri afTifta aux conférences des commiiïaires de l'Eledeur Palatin>
IV. ôc du Landgrave fur le différend qui étoit entre cette ville ÔC
■1 (5 02. la Suéde; mais il n'y eut rien de décidé pour lors. De là il
paffa à Perlebourg château du comte de Witgenftein , où fon
père, fa mere^ ôc fes frères vinrent le recevoir.
^ , .. . Ce fut à peuprès dans cetems là qu'Adolphe de Vi^nacourt
Expéditions i ht ^ i i'^ j i ht i ^ • ^ , ,. .
des cheva- Grand-Maitrc de 1 Ordre de Malte entreprit une expédition hers de Mal- ^^ Afrique. De Malte à cette partie de la côte de Barbarie, * où eft fifuée la ville de Mahomete S on compte environ trois cens cinquante milles de trajet. Mahomete tire un peu vers l'Orient, ôc elle eft fur un golfe d'environ foixante mille de tour , entre Tripoli & le golfe de Capes , dont j'ai fuffifamment parlé ailleurs. Les habitans de cette ville, qui eft fort peuplée, ôc alTez bien fortifiée pour ce payis là , faifoient continuelle^ ment descourfes fur toutes ces mers. Vignacourt crut que s'il pouvoit arrêter ces pirateries , en fe rendant maître de ce pofte, il fe délivreroit d'un grand embarras. Il deftinoit pour cette en- treprife cinq galères bien armées ; mais Philippe les ayant ar- rêtées, fuivant le droit qu'il en avoit, pour porter des troupes à Gènes ôc à Naples , elles ne revinrent à Malte que vers la fin de Juillet. Enfin les troupes étant embarquées fur cette pe- tite flotte , compofée de ces cinq galères, ôc de quelques au- tres bâtimens plus petits , tant vaifleaux de charge que flûtes légères , on mit à la voile le 4 d'Août. Celui qui commandoit en chef étoit le Commandeur de Matha Comtois ancien oflii- cierj il avoit deux cens quarante Chevaliers^ ôc mille hommes de débarquement : ils arrivèrent le lendemain furie foir à Lam- padoufe ^ , éloignée de Malte d'environ quarante lieues. Là ils apprirent qu'il y avoit deux vaiffeaux Turcs, qui croifoient aux environs : la flotte leur donna la chaffe , ôc les prit : il s'y trouva cinquante-huit Turcs, qu'on mit à la chaîne. On n'arriva àla vûë de Mahomete que le treize, le jour commençant déjà à paroître ; les Maltois auroient beaucoup mieux aimé abor- der durant la nuit , afin de pouvoir fans péril reconnoître le terrain , ôc ranger leurs troupes en bataille. On mit à terre fept cens hommes , le refte fut laiffé pour la fureté des vaifleaux,
j A quatre lieues ou environ de Tunis. 9, Fecice iile longue d'environ deux lieues.
DE J. A. DE T H O U , Liv. CXXVII. ^^ \
Enfulte on chargea les Chevaliers Gadagne de Beauregard & ^m
Canremi, d'aller chacun avec vingt foldats appliquer le pétard Henri aux deux portes de la ville, dont l'une étoit du côté de la ter- j y re , ôc l'autre du côté de la mer > ôc on les fît foutenir chacun i < n'n par vingt hommes, tant Chevaliers que (impies foldats.
Tel fut l'ordre dans lequel ils marchèrent, malgré le feu du canon de la ville; les pétards ayant très-bien réuiïi , en même tems le refte du détachement appliqua des échelles à la murail- le, & fit une attaque fi vigoureufe , que malgré la réfiftance de la garnifon armie d'arquebufes , d'arcs ôc de javelots, la place fur emportée. Après la prife de la ville, il fallut encore com- battre au logis du Sangiac i où les plus braves des ennemis s'étoient retirés. Là fut tué d'un coup de lance Charle d'Ef- pinai de Saint Luc fieur de Harleu qui combattoit fans armes défenfives. Ce ChevaUer fut regreté généralement. On tranf- porta fon corps à Mahe, où on lui tit de magnifiques funé- railles. Pendant qu'on étoit encore aux mains ,'& que le foldat fongeoit plus au pillage , qu'à s'affûrer des habitans, onnégli^ gea un guichet, qui étoit derrière la ville, par où ilsfefauvc- rcnt prefque tous : on n'en prit qu'environ trois cens , qui fu* rent mis à la chaîne. Cependant comme les Turcs du voifma- ge commençoient à fe raffembler, & qu'il n'y avoir pas d'ap-^ parence de pouvoir garder cette ville , on y mit le feu , après l'avoir pillée : nous y eûmes quatre Chevaliers ôc vingt-fix fol- dats de tués, ôc environ quatre-vingt-dix de b 1 elles j de là la flotte vidorieufe rentra dans le port de Malte le i f d'Août, ôc Vignacourt fit rendre grâces à Dieu folemnellement pour 1 heu- reux fuccès de cette expédition.
Dans le même tems les Turcs eurent leur revanche. Leur Defccntedc* flotte commandée par le Bâcha Cicala ayant abordé à la côte Tuics en lu^ de Calabre, prit Reggio fur le Fare de Meffine , ravagea ^^' tous les environs, coupa les arbres, ôc emmena en captivité une grande multitude de Chrétiens. Là la mère ôc les frères du Bâcha l'étant venus voir à fon bord, il les embrafTas mais il fut infenfible aux avis faluraires de fa mère , qui le pria par tout ce qu'on peut dire de plus touchant à un fils , de fonger à fon falut, ôc de ne pas préférer une profpérité, ôc une puif- (lance, qui ne duroit qu'un moment, à une féhcité qui ne fi- nira jamais. Ces conûdérationi) ne firent aucune impreiEoij. iur
y^f HISTOIRE
Il I m le cœur de Clcala. Il a perfifté jufqu'à la mort dans la fe£le
Henri ^^^ Mahometans , fous l'empire derquels"!! a fait une très gran-
jY^ de fortune , ôc il alaiflé un fils héritier de fon courage ôc de fa
160*2. puiffance.
L'Ecrivain , qui depuis plufieurs années étoit à la tête des jfniiùatlJ^^ révoltés de l'Afie mineure, faifoit cependant tous les jours des courfes jufqu'aux portes de Conftantinople. Les Janiffaires pri- rent de là occafion de fe mutiner j ils s'atroupérent en armes à la porte du Divan j ôc avec une arrogance , dont on n'avoir jamais vu d'exemple, ils firent demander par leurs officiers aux Bâchas , qui étoient venus pour affifter à ce confeil , pourquoi les révoltes étoient fi long-tems tolérées, ou diiïimulées , ôc à qui en étoit la faute : Ôc en même tems ayant déclaré qu'ils ne vou- loient plus fouffrir ce défordre , ils demandèrent avec des cris terribles, qu'on leur livrât les auteurs du mal pour les punir; comme ils le méritoient. Le Grand Vizir Aflan qui vit bien que c'étoit à fa tête que l'on en vouloitWeur répondit : Qu'il ne tenoit pas à lui , ôc qu'il n'y avoit jamais tenu , que ces défor- dres ne finiflent : Que plufieurs fois il s'étoit mis en dévoie d'en inftruire fa HautefiTe, afin qu'elle fît marcher toutes les forces de l'Empire , pour exterminer ces rebelles 5 mais que le chef des eunuques l'en avoit empêché par ordre de la Sultane; fous prétexte qu'il ne falloit pas troubler le repos du Grand Seigneur pour une affaire, quialloit finir dans peu : Qu'on l'a- voit par là forcé au filence j mais qu'il n'avoir pas laififé de faire -? tout ce qui dépendoit de lui, pour qu'on arrêrât par la force des armes l'infolence de ces révoltés. Cependant comme mal- gré ces raifons les efprits des foldats s'échauffoient de plus en plus , le Sultan lui-même afiis fur fon thrône , ayant à fcs co- tés le Muphti, qu'il avoit mandé exprès, pour donner plus de poids à fes paroles, ôc faire refpe£i:er fes ordres , leur parla pour les appaifer. Les menaces du Souverain ne furent pas capables d'arrêter la fureur de fes miniftres. Ils continuèrent leurs cris, ôc forcèrent enfin ce Prince à leur livrer les chefs des Eu- nuques de la Sultane, ôc du Sultan fon fils. Tous deux eu- rent la tête tranchée; ôc on l'apporta enfuite aux féditieuxî cequi lesappaifa un peu. Il avoient aufïï démandé que la Sul- tane fut exilée j mais la mort des deux Eunuques les calma.
Le Sultan outré contre les Bâchas qui avoient favorifé la
fédition
DEJ. A, DETHOU, tiv. CXXVIL si
fédition des Janiflairesparjaloufie ou par haine contre le Grand Vifir , brûloir cependant du dellr de s'en venger , en les fai- fant périr de même par la main du bourreau : mais il différa H E N R. ! fa vengeance ? de crainte que s'il paflbit outre, il ne mît en I^* péril fa mère , dont le crédit n'étoit point diminué. Ils'accom- i 6 o 2« moda donc avec le Chef des révoltés d'Afie, ôc lui rendit fes bonnes grâces. En même-tems pour l'éloigner de ces provinces il le fit paffer en Efclavonie , le nomma Bâcha de Bofnie , ôc le chargea de porter la guerre en Hongrie. Le nouveau Bâ- cha s'y rendit fur le champ , avec dix mille de ces rebelles , qui le fuivoient depuis long-tems. Mais fon éloignement ne calma pas entièrement l'inquiétude du Sultan : ce Prince plon- gé dans la volupté , ôc trouvant des fujets de crainte où il n'y en avoit point , n'ayant pu décharger fa fureur fur l'Ecrivain -, ni fur les Janniffaires^, en fit quelque-tems après fentir les ef- fets à fa propre femme , avec autant d'imprudence que dé cruauté.
Les ennemis de cette PrincefTe rapportèrent au Sultan ; que par une inquiétude & une curiofité de femme , elle avoit voulu s'inftruire de la deftinée de fon fils , ôc qu'elle avoir confulté certaines gens pourfçavoir s'il fuccéderoit à fon père. Amurath prit cette démarche pour une preuve , qu'on attendoit fa mort avec impatience j ôc craignant que fenvie de régner n'engageât le fils ôc la mère à le faire périr, il crut îes devoir prévenir. Plein de cette idée , il fit étrangler ce fils ç^janté Ta aux yeux même de fa mère , Ôc la fit enfuite précipiter elle- sdtao» même dans la mer avec quatorze , tant hommes que femmes, qu'il crut d'intelHgence avec eux ; mais il ne fut pas long-tems fans être puni de cette cruauté aufÏÏ lâche que brutale. La per- te de Tauris , l'échec qu'il reçut auprès de Patras , ôc de Le- pante ; Ôc fa mort , qui fuivit de près , vengèrent cette a£lion (i barbare.
Ce fut auffi fur ces entrefaites que les Efpagnols s'empare- prife ^c rent de Final fur la côte de Gènes , après en avoir chaffé les F»nai par icâ Carretti , ou les avoir obligés du moins d'aller difcuter leurs ^'f ^S^o s, droits à la cour de lEmpereur. Le comte de Fuentes viceroi de Milan, chargé de cette entreprife,y envoya D. Diegue dePimentelfon parent ôcD. Sanche de Lune, avec des trou- pes qui entrèrent dans la place , d'où elles firent fortir la Tome XIF. H
5ê HISTOIRE
^ garnifon Allemande , en lui payant comptant feize montres
TT qui lui ëtoient dues. Ils fe rendirent obtre cela maîtres de la.
I y petite ville de Milefimo qui eft aux environs , & ils y mirent
^ * des troupes. On donna le commandement de ces deux poftes
^* à D. Pedre de Tolède , avec une garnifon de deux cens Ef-
pagnols.
On ôta en même tems le commandement général des ga- lères à Jean André Doria , à caufe qu'il avoir mal réuiïi en Afrique l'année précédente , ce qui l'avoit porté à donner de lui-même fa démiiïion. On nomma pour lui fucceder D.Juan de Cardone, qui équippa une grande flotte > ôc embarqua def- fus des troupes , qu'il ramafla en Sicile ^ à Naples ôc dans le Milanès. On faifoit courir le bruit que cet armement étoit def- tiné pour l'Afrique., où le roi de Fez, ami fecretde Philippe lui avoit fait efpérer qu'il lui donneroit moyen de furprendre Ja ville d'Alger , fur laquelle on avoit fait tant de tentati- ves inutiles. Mais ceux qui pafToient pour connoître le mieux les deffeins des Efpagnols , ne croyoient point du tout que tant de préparatifs regardafTent l'Afrique ou l'Afie 5 mais plû< tôt l'Europe ôc la France , ou les Efpagnols croient bien in- formés , que les factieux de leur parti fe difpofoient à exciter des troubles ; enforte qu'ils étoient bien-aifes de fe trouver ar- més , afin d'être en état de les foûtenir fi la Fortune commen- çoit à fe déclarer en leur faveur. D'ailleurs ils étoient en gran- de liaifon avec le duc de Savoye , Ôc le deflein de prendre Genève étoit fur le tapis» Si la chofe réuffiffoit, ils ne doutoient pas que le Roi n'employât toutes les forces de la Nation, pour en tirer raifon , parce qu'il l'avoit prife depuis peu fous fa pro- tection , comme une barrière néceffaire pour couvrir notre frontière. Ainfi tandis que le Pape fe difpofoit à oppofer fon autorité aux efforts que la France vou droit faire pour cela , Philippe étoit bien aife de fe tenir prêt à pouvoir les foûte- nir avec une armée. Mais nous parlerons de ce deffein lorf- que nous aurons fini ce qui nous regarde. Morts il- Au mois d'Avril de cette année mourut à Venife Lazare îuftres. Soranzo noble Vénitien , auteur d'un excellent traité fur l'état
S o\ aITo. ^^ l'empire des Turcs , où ce fçavant homme fait paroître également fon grand fens ôc fa prudence.
Prefque dans le même-tems MaHiiiio Margunio , Grec de
DE J, A. DE THOU, Liv. CXXVII. ;p
îiai/Tance ôc évêque de Cerigo mourut aufli à Venife. II a don- né au public divers 'traités des Saints Pères , qui fe font fau- Henri' vés fdu naufrage général, ôc qu'il avoir apportés avec lui. 11 y IV. a joint quelques pièces de fa façon d'un ftile très-élegant : car i ^ o 2.
il étoit grand Poëte. ' MargunÎo^'
Cette même année Paul Meliflus Schedius né à Melrich- ftad en Franconie , après avoir palTé la plus grande parue de lLJs^Sche" fa vie à faire des vers, ôc à voyager, s'étant fixé enfin à Hei- dius. delberg , où il étoit Bibliotéquaire de Péleâeur Palatin , y mourut le quinze de Février dans fon année climatérique.
Martin Ruland de Freifingue médecin de l'Empereur , ôc de Martin; Ecrivain célèbre , mourut de même à Prague le vingt - trois •^"^^*'^* d'Avril de la maladie de Hongrie, fur laquelle il avoit fait un Traité.
II fut fuivi peu de tems après par Gafpard Peucer natif de de Gaspard Pautzen en Luface , ôc gendre de Melanchton. Il étoit aulTi ^^""^• Médecin , ôc célèbre d'ailleurs par fon habileté dans les Ma- thématiques î mais plus fameux encore par fes écrits , par fa Ipngue vie , qui a été de 78 ans , ôc par fes malheurs. C'eft lui qui a continué l'Abrégé Chronologique de Carrion, ôc qui a revu l'ouvrage fur les divinations. L'éle£leur de Saxe Augufte l'avoit tenu en prifon pendant dix ans, lorfqu'ayant été enfin remis en liberté fous Chriftien fils de ce Prince , après avoir donné au public l'Hiftoire de fa détention j il finit à DefTaw * cette vie fi longue ôc fi remplie de traverfes au mois de Sep- tembre de cette année.
François Dujong natifdeBourge, mourut le mois fuivantde ^^^ François la pefte à Leyde âgé de cinquante-fept ans. C'étoit un efprit Dujong. qui n'avoit point de but arrêté. Il a entrepris bien des choies : fçavoir s'il en a fini quelqu'une, j'en laiffe le jugement aux fcavans.
Le dernier dont je parlerai fera Jean Paflerat né àTroies en de Jeah Champagne , fçavant profeffeur en langue Latine , qui s'acquit P^ssekat. beaucoup de gloire dans l'Univerfité de Paris par la facilité qu'il avoit à faire des vers tant Latins que François , à écrire élégamment en profe , ôc à traduire heureufement les bons Auteurs. C'étoit un homme d'un génie difficile , ôc qui trou- voit peu d'écrits à fon goiit. Aufli la dernière chofe , qu'il
î Ville de la principauté d'Anhalc,
m,
€o HISTOIRE
fouhaita èh mourant , fut que fes mânes ne gémifTent point
- fous le poids d'une multitude de mauvais vers. Son fouhait
Henri fut accompli '■> ôc dans la crainte de ne pas répondre à fes der-
I V. niers defirs , peu de gens voulurent fe charger de devenir fes
tl6 o 2, panegyriftes. Il mourut au mois de Septembre dans un âge dé-
€repit 3 ayant perdu la vûë ôc prefque l'efprit ; en un mot dans
un tems oui ceux qui craignent le plus de mourir çefTent de
fouhaiter de vivre.
Tin du cent'VÎngî'feptiéme Livre:
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HISTOIRE
D E
JACQUE AUGUSTE
DE T H O U.
LIVRE CENT-VINGT-nViriEME.
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'A N N e'e commença à la Cour de France par des fêtes , & par des bais, que la reine aimoit extrêmement , il s'en donna un entr 'autres où cette PrincefTe danfa la première en maf-
Henri IV.
i 5 o 2.
Continuation /^ -j 1 rr j dciaftaircsdc
que j en prelence des amballadeurs France.
des Princes étrangers , & du Légat
même. Céfar de Vendôme fils na-
>r^'-'^'7'nr^>mr^r^ turel du Roi , dont il étoit tendre- lis» f(âiMif)ir<y|\i£'ir<y,^t-(?)*j • ' -L • J n J' &^:^%:^MJ^&^:^\-^ mentaimc, marcnoit devant elle de-
guifé en Cupidon. Cependant tout étoit tranquille au dehors ;
mais au dedans Henri n'en étoit pas plus en fureté. Prefque
tous les Grands étoient mécontens , les uns parce qu'ils s'en-
îiuioient du préfent , les autres par la crainte de l'avenir i tous
H iij
Cl HISTOIRE
pour mieux dire, parce que le repos ne leure'toit pas foutena- Henri ble, Ôc qu'ils vouloient être occupés. Auffine parloit-on que \ \j de cabales ôc d'intrigues , qui fe ménageoicnt entr'eux, I 5o 2. ^^^ ^^ voyage que le duc de Savoye avoit fait en France, environ trois ans auparavant, il s'étoit tramé quelque com- plot fecret. Lorfqu'il s'en retourna, fans avoir rien obtenu de ce qu'il demandoit , fur ce qu'on difoit de lui par raillerie , qu'il ne remportoit de France que de la boue ; il répondit à ce mot par un autre , qui tenoit beaucoup de la menace : « Si « j'ai mis les pies dans la boue , dit-il, je les y ai enfoncés w Ç\ avant , 6c j'y ai lailTé des vertiges fi profonds , que la Fran- « ce ne les effacera jamais. « J'ai déjà rapporté ailleurs cette réponfe.
Nous étions alors en paix avec lui j mais il venoit d'ailleurs continuellement des avis au Roi, qu'il fe tenoit des affemblées fecretes en Guienne, ôc fur-tout dans le Perigord , oi^i Charle Gontaud de Biron , l'un des quatre premiers Barons de la Pro- vince , avoit grand nombre d'amis ôc de vaffaux. Sur ces avis, ôc fuivant le confeil de fes plus fidèles ferviteurs , Henri réfo- lut d'y faire un voyage. Cepayis eft fi rempli deNobleffe, qu'à peine peut-illa contenir. Les efprits,comme le marque l'étymo- logie de fon nom ', y font durs, querelleurs, Ôc remuans, tou- jours prêts à prendre feu à la première occafion qui fe préfente: ôc depuis que la Renaudie forma cette fameufe conjuration d'Amboife, qui a , pour ainfi dire, enfanté toutes nos guer- res civiles; on a remarqué qu'il n'y a pas eu enFrance de trou- bles de quelque importance , dont les premiers fondemens n'ayent été jettes en Perigord , ôc par à^^ gens du payis. Le ba- ron de Benac aîné de fa famille, fongeoit , difoit-on , à remuer de ce côté là dans l'abfence du maréchal de Biron , qui fe te- noit alors dans fon gouvernement de Bourgogne , pour être plus à portée du duc de Savoye , avec qui il entretenoit cor- refpondance. Aux anciens prétextes de brouiller, on joignit le motif fpécieux de foulager le peuple , qui étoit accablé par les nouveaux impôts , dont on avoit été obligé de le charger, pour rétablir les finances épuifées par les dernières guerres. Déjà même le mécontentement étoit prêt d'éclater dans leLi- . moufin.
I Petrocori , ce nom vient de ^sua qui fignifie ^'isïxe » xodxsr*
DE J. A. DE THOU,Liv. CXXVIII. 63
Le Roi fe mit donc en marche , pour fe rendre dans ces provinces. A Blois il eut une altercation allés vive avec le duc Henri de Bouillon :, qu'il foupçonnoit d'avoir part aux remûmens qui J y, fe préparoient , ou du moins de ne les pas ignorer. Le Duc j 602. quiétoit venu le trouver en cette ville ,iui parla avec un peu Voyage du trop de liberté , ôc il ne fut pas plus modéré dans l'entretien ^o'/'" P^"" qu il eut encore a roitiers avec ce rrmce. Ce procède rem- plit l'efprit du Roi de foupçons , qui furent encore augmen- tés par l'équippée hors defaifon, que le Duc alla faire en Li- moufin fort mal à propos ; voyage qui le jetta dans des per- plexités ôc dans des embarras fi longs ôc fi fâcheux , que de- venu errant , ôc incertain d'une retraite , où il pût mettre fa vie en fureté , il fut même fur le point de voir tant de projets , qu'il avoir formés , aboutir pour lui à une fin honteufe ôc fu- nefte.
Le Roi commença par abolir l'impôt de la Pancarte , qui étoit le prétexte dont les brouillons fe fervoient , pour exciter des troubles dans ces provinces. Enfuite ayant appris que le maréchal de Biron , dont hs menées avoient occafionné fou voyage, commençoit à fe repentir, Ôc qu'il ne feroitpas diffi- cile de l'avoir en fon pouvoir, en ceffant de le pourfuivre^ il réfolut de retourner à Fontainebleau.
Il fembloit que jufqu'aux affaires les moins importantes , Affaire des tout confpirât à troubler le repos de ce Prince. Pendant qu'il Avocats. etoit à Poitiers il en arriva une à Paris , qui penfa mettre en feu toute la capitale. A la mercuriale on parla de modé- rer le falaire des Avocats : le premier Préfident de Harlay étoit d'avis de remettre l'affaire au lendemain , parce qu'on avoir pafie la plus grande partie du jour à délibérer; mais le Préfi- dent Seguier * opina à régler cette affaire fur le champ , ôc il » Antoioc* obtint du confentement du premier Préfident, Ôc de tous ceux qui étoient bien intentionnés , qu'on iroit fur le champ aux avis. Cependant comme le jour étoit fort avancé , la Cour le contenta d'ordonner , que le lendemain on affembleroit les Chambres, Ôc qu'avant toutes chofeson délibéreroit fur cette affaire: c'étoit le treize de Mai. Il fut arrêté ^ Que conformé- ment au cent-foixante-uniéme article de l'Ordonnance de Blois , publiée Ôc enregiftrée il y avoir vingt-trois ans , mais qui jufqu'alors étoit demeurée fans exécution , quant à ce
^4 HISTOIRE
. point , les Avocats feroient tenus de déclarer par écrit ce qu'ils
Henri ^^^i^oient reçu pour leur honoraire , afin'^que les Juges réglaf- jY fent fuivant cette déclaration les frais ôc dépens , que la par- I 5 0 2 ^^^ ^"-^^ auroit perdu fon procès feroit obligée de rembourfer : Que s'ils refuioient de le faire , ils feroient dès-lors traités com- me concuiîionnaires. Les Avocats préfentérent une requête pour s'oppofer à cet Arrêt ^ ils publièrent en même-tems un mémoire , où ils expliquoient fort au long, pourquoi cet ar- ticle de l'Ordonnance de Blois n'avoir pas été exécuté , ôc ils firent entendre qu'ils étoient prêts à abandonner leur profef- fion , dès que ce ne feroit plus qu'un miniftére fervile.
En conféquence de cette démarche , la Cour donna un fé- cond Arrêt le dix-huit de Mai, par lequel il étoit ordonné aux Avocats , qui ne voudroient plus exercer la profeflTion , d'en pafTer leur déclaration aux Greffes ; ajoutant qu'après cette dé- marche, il ne leur feroit plus permis d'en faire les fondions ; à peine de faux. Du Hamel, Chouart , Ôc Lonel anciens Avo- cats également refpe£lables , ôc par leur grand àgQ , ôc par unç probité reconnue, firent jufqu'à deux fois des remontrances, qui n'aboutirent à rien , parce que le parti des jeunes Con- feillers , qui étoit le plus échaufé & le plus nombreux , l'empor- ta toujours fur l'avis des anciens. Ils s'aflemblérent donc dans la chambre des confultations au nombre de trois cens fept , qui déclarèrent unanimement, qu'ils renonçoient à leur profeffion. Enfuite après avoir tous figné cette délibération , ils fe rendis rent deux à deux aux greffes de la Cour , pour y en prendre ' acle. Ce coiicertfîtune efpéce de vacance dans le Parlement j ôc troubla fi fort l'ordre judiciaire , qu'il y avoir lieu decrain^. dre une fédition dans Paris.
Les gens du Roi favorifoient en fecret les Avocats. Ce- pendant comme les deux Arrêts du Parlement étoient fondés fur l'Ordonnance de Blois , ils n'oférent s'y oppofer ; le parti qu'ils prirent , fut d'en écrire au Roi ôc au Chancelier, ôc de leur infinuer j Qu'il feroit à propos d'apporter quelque tem- pérament à ces Arrêts , oppofant à l'autorité d'une Ordonnan- ce qui n'avoit jamais été mife à exécution , le mécontente^- ment du public. =' Il eft à craindre ^ ajoiuoient-ils , que fous 35 prétexte de faire le bien des parties, on ne deshonore un .« Qrdre qui ell d'un grand poids dans l'aduiuiifcration de la
=->juftice.
DE J. A. DE THOU, Liv. CXXVIII. 6*;
»juftlce,ôc qui compofe une partie confidérable du Parle-
» ment , Ôc qu'on ne fafle retomber fur tout le corps la faute Henri 9» de quelques membres en petit nombre. ^^ Ils repréfentoient j y^ que la févérité de ce règlement avoit quelque chofe d'ignomi- i ^ ç, o nîeux pour les gens de bien 5 ai que fi on ôtoit une fois le principe d'honneur qui doit faire le caradére principal de la
Ï)rofefIion d'Avocat, on ôtoit en même-tems la bonne foi ôc a confcience j enforte que cet honoraire alloit dégénérer en un falaire très-honteux.
Enfin tout ce tumulte fut apparfé par une ordonnance du Roi du vingt-cinq de Mai , qui fut envoyée parlapofte. Elle confirmoit l'Arrêt du Parlement 5 enjoignoit aux Avocats de fe conformer à l'ordonnance de Bloiss leur permettoit de ré- prendre leurs fondions, quoiqu'ils y euflent renoncé volon- tairement j enjoignoit très-exprefifément au Parlement de les y contraindre. Cette déclaration ayant été remife à la Cour , ceux même qui ne l'approuvoient pas , ne laifTérent pas d'o- piner d'abord pour l'enregiftrement , afin qu'on ne pût pas leur reprocher d'aller contre les ordres du Roi , fur-tout dans un tems fi fufped. Ils furent les premiers à confeiller aux Avo- cats de reprendre l'exercice de leur profeffion , ôc par ce moyen tout fut calmé. Il s'en trouva quelques-uns , mais en petit nombre, qui obéirent à l'Arrêt de la Cour, à la follicitation de ceux qui avoient été d'avis de le rendre ; mais dans la fuite on s'en difpenfa , fans que ceux-là même y trouvaffent à redire, & enfin on ceffa entièrement de l'exécuter.
Le Roi après avoir appaifé les troubles de Guienne revint à ,^w^"''-^^/°f Fontainebleau dans la réfolution de s'alfûrer de la perfonne je' Biron, du maréchal de Biron. Pour cela il envoya d'abord en Bour- gogne Pierre Fougeu fieur d'Efcures, ôc quelque-tems après le Préfident Jannin, Ils étoient tous deux fort amis de Biron , & le premier avoit fervi fous lui avec diftindion en qualité de Maréchal de camp.
Dès le mois de Mars, ôc avant que le Roi partît pour Poi- j^^rivée da tiers , Jacque de la Fin , qui d'abord avoit été le confident , fiem de la Fm ou pour mieux dire, l'auteur des projets du Maréchal, com- * '^^our. me je l'ai dit ailleurs , s'étoit apperçu qu'il commençoit à fe défier de lui, Ôc qu'Edme de Malain baron de Lux avoit tou- te fa confiance : il en fut fi piqué , qu'il fe rendit à l'inllam TomeXIF. l '
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fecrétement à la Cour 5 fe déclara l'accufateur du Maréchal , ôc dépofa entre les mains de M. le Chancelier toutes les preuves qu'il avoit de fa conjuration , écrites de fa propre main. La Fin pour mieux tromper M. de Biron Jui avoit écrit avant que de par- tir , qu'il avoit ordre du Roi de fe rendre à la Cour 5 mais il lui proteftoit en même-tems, qu'il ne diroit rien qui pût lui porter aucun préjudice 5 ôclorfqu'ileûtvû le Roi en particuher, il écri- vit encore au Maréchal , ôc lui réitéra les alîùrances qu'il lui avoit déjà données par fa première lettre. Dans lemême-tems le Roi dit au baron de Lux , qui étoit à la Cour lorfque la Fin y arriva , & qui fe difpofoit à retourner en Bourgogne , que l'entretien qu'il avoit eu avec la Fin l'avoit extrêmement foulage , parce qu'il avoit connu clairement , que la plupart des chofes qu'on reprochoit à M. de Biron étoient faulTes , ôc qu'il étoit ravi qu'un homme qu'il aimoit fincerement à caufe de fa valeur ^ fe trouvât innocent des crimes qu'on lui im- putoit.
Ce difcours du Roi acheva de tromper le Maréchal , natu- rellement préfomptueux , ôc enyvré de fon mérite. Dès qu'il fe crût en fureté du côté de la Fin , qui étoit le feul qui eût été confident de toutes i^QS menées , il n'eut pas de peine à fe rendre à la propofition que d'Efcures & Jannin lui faifoient d'al- ler à la Cour , fur l'affùrance qu'ils lui donnèrent , qu'il n'a- voit rien à craindre. Ainfi après bien des délais il partit en- fin malgré l'oppofition du baron de Lux , qui fit tout ce qu'il put pour l'en détourner, ôc il envoya devant d'Efcures , pour aflûrer le Roi qu'il (eroit inceflamment auprès de lui. En ef- fet il arriva à Fontainebleau le treize de Juin , lorfqu'on s'y at- tendoit le moins j jufques-là qu'on avoit fait même quantité de gageures , qu'il ne viendroit point. j: , „, . Dès la première entrevue Henri fit connoître au Maréchal
du Roi & du qu'il étoit prévenu contre lui , ôc le Maréchal de fon côté ne Maréchal de \^[Ç[^ ^ qq Prince aucun lieu de douter , qu'il ne feroit pas d'humeur à plier. Le Roi l'exhorta d'abord à avouer ingénu- ment fa faute , dont il étoit , difoit-il , informé d'ailleurs 5 il lui promit que tout fe pafferoit entr'eux deux , ôc qu'il pouvoit s'aflTûrer du pardon , pourvu qu'il voulût être fincére. Biron répondit hardiment , qu'il n'étoit pas venu à la Cour pour fe juftifier , puifqu'il étoit innocent j mais pour fçavoir les noms
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de fes accufateurs , §>c en demander juftice , ou fe la faire lui- même.
Le Roi avoir de la peine à fe réfoudre à agir en rigueur avec un homme qui avoit rendu de Ci grands fervices à lui, ôc à tout le Royaume. Il voulut lui donner le tems de fe recon- noitre. Ainlî le Maréchal ayant diné ce jour-là chez le duc d'Efpernon , le Roi ôc le comte de SoiiTons allèrent jouer à la paume avec eux. Après la partie Biron foupa chez le Comte. Après le fouper le Comte, par ordre du Roi, pria très-inftam- ment Biron d'accorder à S. M. ce qu'elle demandoit de lui ; il lui reprefenta , qu'il étoit à craindre que fon opiniâtreté n'irri- tât tellement ce Prince, qu'il ne fût plus poflible de l'appai- fer 5 6c qu'il devoir fe fouvenir de ce qu'à dit le plus fage des Rois , que la colère du Roi annonce la mort.
Tout cela n'ayant pas encore été capable d'ébranler le Ma- réchal; ôc le Comte ayant dit au Roi, qu'il n'avoit pu rien gagner fur cet efprit dur Ôc inflexible , cela n'alla pas plus loin ce jour-là. Le lendemain de grand inatin le Roi defcenditau jardin proche de la Ménagerie des oifeaux, ôc il envoya cher- cher le Maréchal. Après lui avoir parlé long- tems , il le pria encore inftamment d'avouer fa faute , parce qu'il vouloir fça- voir de fa propre bouche ce dont il étoit déjà parfaitement informé d'ailleurs j mais Biron , au lieu de le fatisfaire , lui ré- péta les mêmes réponfes qu'il avoit déjà faites.
Après fon dîner ^ le Roi prit en pardculier dans la galerie quelques perfonnes de confiance , ôc leur dit : Que n'ayant pu obtenir de Biron, qu'il avouât fon crime, il n'y avoit plus qu'un parti à prendre, qui étoit de s'en afliirer, ôc de lui faire faire fon procès : Que cependant il ne vouloit pas faire arrê- ter un homme de ce rang , qu'il ne fût bien afluré qu'il y avoit aflez de preuves pour le convaincre du crime de leze-majefté. Surquoi tous lui ayant répondu unanimement , qu'il y avoit des preuves de refte , on fit dire en fecret à Louis de l'Hôpi- tal ôc à Charle de Choifeûil , capitaines des Gardes , de fc tenir prêts pour le foir.
Le Maréchal étoit allé fouper chez François de la Grange fieur de Montigny , ôc on remarqua que pendant tout 1ère- r^^ ^?^ "^
•1 ". • f ' J r 1 1 - j^T-r 1 fl J fait arrêter.
pas il s etoit tort étendu lur les louanges des Kipagnols, ôcdu roi d'Efpagne , qui non -feulement combloient de bienfaits
6^ HISTOIRE
j" ceux qui les avolent bien fervis, mais qui les étendoient me-
H E N R I ^^^ ^ difoit-il , jufqu'auxenfans de ceux qui étoicnt morts à leur jy^ fervice. « Il eft vrai, reprit Montigny , qu'on a raifon de les I 5 0 -'. *^ louer là-deflus : mais il n'eft pas moins certain que c'eftune 05 Cour où on ne pardonne à perfonne , non pas même à fon » propre fils. Réponfe ingénieufe , & qui devoir apprendre à Biron à ne pas faire connoître fi ouvertement ôc 11 à contre- tems le penchant qu'il avoir pour les Efpagnols. Après fou- per ils allèrent chez le Roi ; & Henri , pour n'avoir rien à fe reprocher, preifa encore Biron d'avouer de lui-même ce qu'il fçavoit par d'autres voyes. Le Maréchal perfiftant dans fon refus , " Eh bien, dit le Roij puifque je ne fçaurois le fça- » voir de vous pour dernière tentative, je vais effayer fi je ne w le fçaurai point par le comte d'Auvergne : ^^ en effet il paf- foit pour être complice du Maréchal. En même-tems Sa Ma- jefté donna ordre de les arrêter tous deux. L'Hôpital s'étanî excufc d'arrêter le comte d'Auvergne, fur ce qu'il étoit fon ami intime , de Pralin fut chargé de cette commifTion. L'Hô- pital ayant arrêté Biron au fortir de chez la Reine , où il étoit allé jouer après fouper, lui ordonna de rendre fon épée, fur laquelle il avoir déjà porté la main : il obéit , mais ce ne fut pas fans peine. Le comte d'Auvergne de fon côté , fe dou- tant de ce qui fe tramoit , avoir fait tenir des chevaux prêts dans une place hors du château 5 mais Pralin l'arrêta avant qu'il y arrivât, ôc ils furent remis l'un & l'autre entre les mains àQS Gardes , qui eurent l'œil fur eux pendant cette nuit. Ce- pendant Biron s'abandonnant à fa pétulance ordinaire , ne ceffa point de parler de fes fervices ,ôc de l'ingratitude de ceux à qui il les avoit rendus.
Le lendemain matin on tint confeil fur ce qu'il y avoit à faire ; & il fut réfolu qu'on mencroit les prifonniers à Paris ; qu'on les mettroit à la Baftille , ôc qu'on inflruiroit leur procès en la manière ordinaire, Ainfi le quinze de Juin, on les mit fur la rivière , pour les defcendre à Paris , ôc on les condui- fit à la Baftille. Le Roi vint à Paris le même jour fur le foir , ôc entra par la porte Saint Marceau : il fut reçu aux accla- mations du peuple , qui venoit en foule fur fon palTage, pour le féliciter de la découverte de cette conjuration.
Trois jours après le Roi étant à Saint Maur, à deux petites
DEJ. A. DETHOU, Liv. CXXVIII. <?p
lieues de Paris , plufieurs Seigneurs s'y rendirent pour follici- '
ter la grâce du Maréchal. De ce nombre étoient Jean de Saint Henri
Blancart fon frère , Charle de PierreBuffiere Sr. de Chambaret> I ^•
Charle de Roie de la Rochefoucaud , comte de Rouffi ,Pons i (^ o 2.
de Lozieres de Themines , Charle de Rochefoj:t de Saint An- M^deTpor!
gel , François Gontaud de Biron de Salignac , ôc Jacque ce au Roi en
Nompar de Caumont de la Force, qui fe tenant à genoux , réSdc B?-"
quoique le Roi lui eût dit de fe lever , parla ainfi au nom de ron,
tous. =' S I R E , la confiance extrême que nous avons en la cle-
o' mence de Votre Ma jefté, nous fait efpérer qu'elle écoutera
M favorablement nos prières. Ce petit nombre de Gentilshom-
« mes , que vous voyez à vos genoux, vous parle au nom de
3^ cent mille hommes qui ont fervi fous Biron dans les der-
» nieres guerres , ôc qui joignent leurs prières aux nôtres ^ pour
*î vous demander fa grâce. C'efl; à votre miféricorde qu'il s'a-
55 dreflent , pour obtenir de vous que ce coupable fi digne
t>^ de compalTion ne foit point traité fuivant la rigueur des loix.
35 Dieu à qui vous êtes bien plus redevable de votre Couron-
3>ne, qu'à tous les efforts des hommes , demande de nous
3' que nous pardonnions les fautes des autres, comme nous vou-
^ Ions qu'il nous pardonne les nôtres. C'efl: principalement par
»5 la clémence que les Princes lui refTemblent. Je ne veux point
» ennuyer V. M. par un long difcours. Accordez la vie au
s> coupable , ôc mettez la votre en fureté , en le tenant en
so prifon en tel lieu qu'il vous plaira. . . Quel malheur , que
s> l'ambition ôc la vanité fe foient tellement emparées de ce
» génie violent > ôc emporté par le feu de l'âge , qu'il ait voulu
3i fe donner en fpe£lable à tout le monde , ôc faire envier fon
» élévation : mais , Sire , vous avés bien eu la bonté de par-
» donner à tant d'autres qui ne vous avoient pas moins outra--
30 gé. Tout ce que nos prières ôc nos larmes vous demandent ,
o' c'efl que fon fupplice ne nous couvre point d'infamie j quel-
» que jufte qu'il fait > il imprimeroit à nous Ôc à notre poflé-
» rite une tache ineffaçable. Nous vous demandons encore une
» fois grâce pour lui , ôc qu'il ne foit point traité félon la ri-
» gueur des loix. Nous fçavons qu'il a péché contre l'Etat :
» mais fon crime après tout eft demeuré jufqu'ici dans fa vo-
» lonté , fans paffer jufqu'à Fatlion. Prince plein de bonté ,
» fouvenez'Yous des fervices de fon père , fouvenez-vous des
9>
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70 HISTOIRE
w Tiens, fouvenez-vous des nôtres. Quoi ! V. M. qui a pardonné M à des ennemis déclarés des crimes conlbmmés, pourra-t'elle » refufer pour de (impies projets la même grâce à Biron , qui " a tant efluyé de travaux pour le falut du Royaume , qui vous » a fervi avec*tant de zélé, & qui par emportement s'eft laifle aller à des complots qui n'ont point eu d'exécution , dont peut-être il s'eft déjà repenti ? Permettez - nous. Sire, de mieux efpérer de votre clémence, nous l'implorons en fou- » pirant , & les yeux baignés de larmes , non-feulement pour 3» le coupable , mais encore pour l'honneur d'une famille à la- » quelle nous appartenons tous.»
Le Roi après ce difcours leur ayant ordonné une féconde fois de fe lever , leur parla ainil. ^ Jamais je n'ai rejette les 3' prières de mes ferviteurs , ôc tous ceux qui ont eu quelque «grâce à me demander, ont toujours trouvé un accès facile » auprès de moi : mais à l'égard des amis ôc des alliés des cou- 3' pables, non-feulement mes ancêtres ne les ont jamais écou- « tés dans un crime de cette nature : ils ont même rebuté en " pareil cas les frères , ôc jufqu'aux pères même , ôc aux mères « qui intercedoient pour leurs enfans. Tout le monde fçait « que François II fit retirer de devant lui la femme de mon »> oncle ' , qui venoit intercéder pour fon mari. Cette clémen- « ce que vous reclamez tant, mériteroit bien mieux le nom 3' de cruauté, que de miféricorde, fi j'accordois ce que vous M me de mandez : ce n'eft pas de ma confervation qu'il s'agit « ici, c'eft de celle de l'Etat. S'il n'étoit queftion que de ma » perfonne , j'irois de tout mon cœur au-devant de vos prié- 3' res , ôc la grâce que vous demandez feroit aflurée. Mais il » s'agit de l'Etat , ôc de mes enfans qui en font la portion la " plus confidérable : je leur fuis plus redevable, qu'à moi-même. » Quels reproches nauroient-ils point à me faire , fi par négli- » gence , ou par indolence je laiflbis impuni un crime qui peut «'avoir des fuites fi funeftes ? mais je fuis réfolu delaifleragir •3 les loix. A votre égard je vous permets de faire tout ce qui dépendra de vous pour défendre par des moyens juftes ôc lé- gitimes l'innocence de l'accufé pendant le cours de la pro- cédure : car après le jugement prononcé les loix ne permet- tent plus d'intercéder pour un homme qui a été déclaré con- 1 Louis de Bourbon prince de Condé.
i)
aï
D E J. A. D E T H O U , L I V. CXXVIIL 71
» vaincu du crime de leze-majefté. Père , fils, mari , femme, .._.^
=> tout cela n'eft plus écouté. Prenez garde qu'en marquant ~IZ
^' trop de zélé pour lui , vous ne vous attiriez ma haine ôc Pin- -^1^ N Ri
=' dignation publique. Vous craignez quefon fupplicene vous
« couvre d'ignominie , vous ne courez aucun rifque à cet égard. ^ ^ ^ ^'
" Du côté de ma mère je defcens du comte de Saint Paul
31 connétable de France , ôc j'ai hérité du duc de Nevers : leur
« crime m'a-t-il deshonoré ? Voulez-vous un exemple plus fen-
°' fiblef Le prince de Condé mon oncle auroit eu la tête tran-
=» chée , Il François IL avoir vécu un jour plus tard. Toutes ces
3' perfonnes cependant n'ont imprimé , ni à moi, ni âmes an-
=' cêtres aucune tâche d'ignominie : la faute & le fupplice de
3> Bironne vous feront aucun tort, pourvu que vous perfiftiez
« à m'être fidèles , comme vous l'avez été jufqu'ici. Bien
« loin de toucher aux emplois & aux charges , dont vous êtes
=» revêtus; je fuis bien plus difpofé à les augmenter, qu'à les di-
« minuer. Voilà S. Angel que Biron ne voyoit plus , parce qu'il
:>' eil ennemi de tout ce qui s'appelle parti : il fçait combien j'ai-
» mois celui dont vous demandez la grâce. Je fuis plus affligé
05 que vous de fon crime ; mais eft-il un homme fage qui puiflb
« excufer un ingrat , qui conjure contre fon bien-faideur? "
Le Roi ayant fini par ces paroles qu'il prononça avec un air de couroux : « Sire , dit la Force , en fe relevant , nous 35 avons du moins une chofe , qui diminue l'horreur de fa fau- 35 te , c'eft qu'il n'a point conjuré contre votre perfonne facrée. oy Faites , lui dit le Roi , tout ce que vous pourrez pour la dé- sî fenfe de fon innocence, je ne m'y oppofe point j je vousai- » derai même autant que je le pourrai. ^^
Le Maréchal ayant été informé de la réponfe du Roi, com- Requére éa mença à comprendre que l'affaire étoit férieufe; ce qu'il n'a- ^^[^'^^^^ ^" voit pu s'imaginer d'abord par cette confiance outrée, que lui donnoit la bonne opinion , qu'il avoit de lui-même. Dès ce moment il rabatit beaucoup de fon air de hauteur & de fierté. 11 courut même dans Paris un mémoire en forme de requête ; foit qu'il l'eût donné lui-même, foit que ce fi^it l'ouvrage d un de fes complices; ce que je ne fçaurois croire? dans lequel après un aveu fincére de fon crime , il demandoir pardon au Roi dans les termes les plus propres à exciter la compafîionj faifoit l'éloge de la clémence de ce Prince ; ôc fupplioit fa
7^ HISTOIRE
^ Majeflé, que fon fang ne fut point verfé pour fervk de fpe£lacle
Henri ^^ peuple j mais qu'il lui fut permis de le répandre en corn-
ly^ bâtant